L'impossible oubli

par LES VOIVRES 88240  -  28 Janvier 2015, 06:40  -  #HISTOIRE

Le film d'Alain Resnais fut un des premiers à parler de la déportation. Pendant de nombreuses ce sujet était tabou en France.

Le dernier poème de Robert Desnos : J’ai rêvé tellement fort de toi…

Robert Desnos, poète résistant, est arrêté par la Gestapo le 22 février 1944 et amené à Compiègne. De là, il est envoyé à Buchenwald, puis à Floha, en Saxe. Au moment de l'arrivée des troupes alliées, il est déplacé vers Terezine dans l'ancienne Tchécoslovaquie. Une marche de 200 km à pied, des jours de souffrance et de désespoir pour ces hommes affaiblis, sous-alimentés, malades, que l'on achève en cours de route s'ils ne parviennent pas à suivre...

Quand les alliés arrivent à Terezine, Desnos est atteint du typhus. Il est transporté à l'hôpital militaire installé par les russes pour accueillir les malades. Ceux-ci font appel à des étudiants de la faculté de médecine de Prague pour enrayer l'épidémie.

C'est ainsi qu'un jeune tchèque, Joseph Stuna, lit dans les registres que Robert Desnos est parmi les prisonniers. Epris de poésie française, admirateur du surréalisme et de Robert Desnos, le jeune homme cherche le poète et croit le reconnaître dans les traits émaciés d'un malade; et comme on demande à ce dernier s'il connaît le poète français Robert Desnos, il répond :

Le Dernier poème

J'ai rêvé tellement fort de toi,

J'ai tellement marché, tellement parlé,

Tellement aimé ton ombre,

Qu'il ne me reste plus rien de toi.

Il me reste d'être l'ombre parmi les ombres

D'être cent fois plus ombre que l'ombre

D'être l'ombre qui viendra et reviendra

dans ta vie ensoleillée.

: J'ai tellement rêvé de toi de Robert Desnos poème,

Photographie Aurélia Frey, Groupe d'Enfants

Photographie Aurélia Frey, Groupe d'Enfants

Le Jardin

Un petit jardin
plein de roses, il sent bon
étroit est le chemin
où se promène ce petit garçon.

Un petit garçon si mignon
comme un bourgeon qui fleurit
quand s’ouvrira le bourgeon
le petit garçon ne sera plus.

Franta Bass (traducteur inconnu)

Children’s Drawings and Poems from Terezin Concentration Camp, 1942-1944,

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MUNIER Bernard 28/01/2015 15:20

La grande erreur serait de croire que nous, nous aurions été forcément parmi les justes. Des simulations ont été faites dans les années 70 par des universités américaines.
Un lot de tortionnaires qui punissaient un lot de prisonniers avec des charges électriques dont on leurs avait dit quelles étaient , selon l'intensité, très douloureuses et même létales.
En fait les prisonniers simulaient mais les " bourreaux " en croyant faire souffrir ont tous tourné leurs manettes à fond, sauf un. Pas de chance ce n'était pas par humanité mais car il ne supportait pas la vue du sang.
je crois que nul ne peux dire de quel côté il aurait pencher sous la pression de de cette époque sauf s'il a déjà lui-même "subi le feu". Ce qui n'est pas mon cas.
Je crois que savoir que l'homme est faible doit justement permettre de se méfier encore plus de la puissance du mal et d'essayer de faire face.
Une des raisons pour laquelle on a beaucoup accusé Céline est certainement d'avoir montré que nous sommes souvent entrainés par le courant. Si lui même n'était pas innocent, il a d'avantage été spectateur qu'acteur

LES VOIVRES 88240 07/02/2015 11:27

Une fois je me suis pris le chou avec quelqu'un qui condamnait un lieutenant américain qui avait tué devant Epinal un prisonnier allemand.
Comment savoir ce qu'on peut devenir après des mois de combats. J'ai été surpris à l'armée par l'impression de puissance que donne un fusil de guerre, même un vieux mas 49. Je préfère me méfier de mes mauvais instincts.

NOEL 07/02/2015 10:48

Oui, c'est toujours plus facile de juger a posteriori. Je me suis aussi souvent demandé quelle aurait été mon attitude à cette époque (où notre village ne semble pas avoir d'histoire) et à d'autres comme en Algérie par exemple.
Hier soir sur la 8, un magazine "Histoire interdite : la face cachée de la libération de la France" ne nous a pas montré que de belles choses à propos de l'épuration par exemple.

LES VOIVRES 88240 06/02/2015 06:31

Ils viennent de parler de l’exécution de Brasillach. J'avoue que ses articles me donnent froid dans le dos.

LES VOIVRES 88240 31/01/2015 15:39

Je suis d'accord avec vous j'écris " n'était pas innocent."
J'ai lu ces trois livres sur cette période, je ne le cautionne pas mais il attaque tout le monde il est anti-sémite anti pétainiste, anti milice et aussi anti lui même.
Le problème c'est que comme vous le dites certains de ces mots ont été triés par des anti sémites pour attaquer une seule catégorie de ,ici les juifs, et comme c'est un grands écrivain, ses mots font très mal.
On peut être un génie et un parfait salaud.
N'oublions pas à ce sujet le climat qui régnait en France depuis des années.
Les lois anti juif de l'état français allaient plus loin que les lois allemandes.
Mais encore une fois je ne sais comment j'aurais agi à l'époque. J'espère simplement que je me serais conduit dignement

NOEL 31/01/2015 14:55

« Si lui même n'était pas innocent, il a d'avantage été spectateur qu'acteur »
Oui, mais ses très violents pamphlets antisémites le discréditent à jamais. Les mots tuent parfois aussi sûrement que des armes.
Autant je peux comprendre, lui Médaillé militaire puis Croix de guerre, son antimilitarisme après avoir connu les affres de la Grande Guerre, autant il m'est impossible, bien qu'il ne soit pas le seul mais ce n'est pas une excuse, de comprendre une telle haine des Juifs qui ne cesse toujours pas de nos jours.

NOEL 28/01/2015 10:16

Je souscris naturellement à tout ce qu'écrit Bernard.
Pour ma part, voici un rappel sous forme de résumé, de 3 allocutions que j'avais prononcées devant les autorités civiles et militaires en 2005 (10 ans déjà !), paru dans un message « La nécessité de se souvenir », édité le 10 novembre dernier.
On y retrouve tout ce dont parle Bernard : les camps, les déportés, Alain Resnais et son film. Je dois aussi (à mon sens) décerner un satisfecit à France 2 qui n'a pas lésiné sur les moyens pour nous faire (re)vivre toute cette période noire, honteuse, inhumaine, inacceptable de l'Histoire mais dont il semblerait que tous les tentacules de cette hydre monstrueuse ne soient pas encore de nos jours définitivement coupés. Certains événements récents et tragiques le confirment.
[Nous commémorerons aussi, demain et dans le recueillement, l’horreur indicible de la Déportation, cette « machinerie conçue pour l’assassinat de masse », afin de raviver le souvenir et la connaissance d’un crime qui, « niant toute humanité et détruisant toute dignité », reste unique par son organisation et son ampleur.
Selon Elie WIESEL, « celui qui entend un témoin, devient un témoin ». Nous avons donc pensé que le court-métrage documentaire que nous allons projeter, "Nuit et Brouillard" d’Alain RESNAIS assisté pour le texte de Jean CAYROL lui-même déporté, serait un bon support pour nous souvenir et persister à construire ce nécessaire travail de mémoire et d’histoire. « Même si tout le monde l’a vue et que sa facture est très datée [puisque réalisée fin 1955], cette œuvre a eu un rôle historique. Elle est comme une stèle dans cet enfer », écrivait dernièrement un expert de l’époque. Ainsi la mémoire, même insupportable, est-elle préférable à l’oubli.
Auschwitz-Birkenau, Belzec, Bergen-Belsen, Buchenwald, Chelmno, Dachau, Dora, Ersterweger, Flossenburg, Gross-Rosen, Maïdanek, Mauthausen, Natzweiler-Struthof, Neuenbremme, Neuengamme, Oranienburg, Osnabrück, Ravensbrück, Sachsenhausen, Sobibor, Sonnenburg, Stutthof, Theresienstadt, Treblinka. « Plus jamais cela », s’est-on écrié ! Mais qui a pu empêcher le génocide khmer rouge, le massacre des Tutsis au Rwanda ? Que dire de la réaction tardive face à l’épuration ethnique en ex-Yougoslavie ou ailleurs ? Certains propos révisionnistes propagés ici ou là, le regain d’intolérance, de racisme et d’antisémitisme actuel, doivent tenir notre vigilance en alerte et nous rappeler, c’est en tout cas une explication d’Auschwitz par un ancien déporté, que « l’horreur peut toujours commencer par l’insulte qu’on entend dans la rue d’une oreille distraite ».

En cette Journée nationale du souvenir de la Déportation, il nous a paru capital d’évoquer, avec la seconde titrée fort justement "La Déportation de 1933 à 1945", ce qu’à été cet enfer. Ce sont donc 30 photographies qui témoignent de cette bestialité. On comprend mieux pourquoi il a pu être dit, à partir d’autres, prises à la libération des camps, notamment d’Auschwitz: « ces déportés humiliés, martyrisés, expriment un sentiment d’épuisement, d’hébétude, une sorte d’interdiction à jamais - après ce qu’ils ont vécu - de recouvrer la joie de vivre, le regard posé sans cesse sur leur tatouage, l’âme et la peau marquées de manière indélébile. Exclus de l’humanité pendant des années, ils ne peuvent la réintégrer ». Alors, pour barrer la route à la barbarie et ne pas avoir à porter un jour cette sinistre tenue rayée, « construisons [comme Francis TEITGEN l’écrivait récemment dans Ouest-France] l’avenir sur la mémoire en retenant enfin les leçons de l’Histoire ».