Un taxi volant par Marie Houillon

par LES VOIVRES 88240  -  17 Mai 2021, 02:20  -  #Qu'il est beau mon village

Un taxi volant par Marie Houillon

Ce jour-là, le Raymond et son gamin le Christian étaient en plein travail de réfection d'un aqueduc sur le chemin qui mène du Moulin des Voivres à la Blanche Borne en traversant une partie de la forêt communale à la Faing Martin.

Ils avaient, comme de bien entendu, amené la camionnette avec leurs outils, ainsi que la bétonneuse. Et ils faisaient les choses dans les règles, ayant coupé la moitié du chemin seulement, la partie restante devant permettre la circulation.

Il était 10 heures du matin. Nos gens avaient bien mérité une petite pause et un bon casse-croûte, travaillant depuis 8 heures sans désemparer.

" Oh ! Christian ! dit le Raymond. Va chercher la musette dans la camionnette. On va manger un morceau. "

Le cantonnier communal, qui se trouvait être l'ami Jean Chassard, participant au chantier, s’apprêtait également à se restaurer avec le père et le fils.

La fouille ouverte béait d'un côté de la route, la bétonnière au repos en bordure.

Ces messieurs s'asseyent sur l'herbe, prêts à commencer leurs agapes, quand ils entendent le ronflement d'un moteur. Et ils voient arriver, sous les arbres, une automobile roulant à bonne allure.

" Ah ! Ça doit être le Paul avec le René. Bah ! Ils peuvent passer sur la moitié intacte du chemin. "

Pas de soucis à de faire, donc. Ils continuent leurs préparatifs.

Mais, brusquement ils constatent que le véhicule arrive droit sur la fouille béante ! Trompé par le clair-obscur du sous-bois, le chauffeur n'a-t-il pas distingué la tranchée ? Pourtant, avec la bétonneuse en bordure, elle est bien visible. Et cependant la voiture continue sur sa lancée ! Les trois hommes se lèvent gesticulent. Mais l'auto est tout près maintenant. Dans un réflexe brutal, le chauffeur, qui se rend enfin compte de la situation, appuie sur l'accélérateur. Et le véhicule bondit, volant littéralement au-dessus de la fouille... Tout au moins pour ce qui est du train avant, lequel se retrouve sur la terre ferme de l'autre côté du trou ! Mais les roues arrières ne suivent pas leurs compagnes, hélas ! Elles plongent dans la tranchée  et y demeurent, immobilisant le véhicule en équilibre instable ! Comme on dit chez nous, elle avait le derrière trop lourd, la pauvre !

Les trois ouvriers n'en reviennent pas ! Le Raymond qui est un paquet de nerfs, crie à tous les échos, invectivant le chauffeur :

" Bougre d'idiot ! Faudra t'acheter des lunettes ! On n'a pas idée de foncer dans une fouille signalée ! "

... Et autres amabilités du même genre !

Mais cela ne sort pas l'automobile de son trou !

Alors, le Paul et Le René s'en extirpent comme ils peuvent, les trois hommes prêtant main-forte, on tire, on pousse, on soulève, et finalement le véhicule se retrouve sur ses quatre roues sur le chemin du Moulin des Voivres. Il est solide le bougre, car il peut repartir sans difficulté malgré son plongeon !

Vite le Paul et le René remontent en voiture, poursuivis par les éclats de voix du Raymond qui conjure de cette façon la frayeur qu'on vient de lui donner !

Et le René, embrayant, dit à son père :

" Partons vite, papa. Il est capable de nous tuer ! "

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :