Vivent les conscrits ! par Marie Houillon

par LES VOIVRES 88240  -  19 Avril 2021, 03:09  -  #Qu'il est beau mon village

Vivent les conscrits ! par Marie Houillon

C'était une véritable institution, autrefois, que le conseil de révision.
Chaque année, au printemps, les jeunes garçons dans leur vingtième année étaient convoqués au chef-lieu de canton. Là, ils passaient devant tout un aréopage de militaires, médecins, notables (dont le maire de la commune) afin que soient évaluées leurs dispositions physiques et mentales à faire de bons soldats. Examen médical, entretien-questionnaire, se succédaient, à l'issue desquels le jeune conscrit était reconnu " Bon pour le service " ou ajourné, parfois. Le Service Militaire recevait ainsi son contingent annuel de jeunes hommes.

Quand une famille avait un conscrit, elle savait qu'il ne fallait pas compter sur lui pendant un minimum de deux jours ! En effet, le Conseil de révision ayant lieu en cours de matinée, les jeunes gens étaient libres, en général, pour midi. Alors la fête commençait ! Se groupant par village, les garçons envahissaient en premier lieu, les rues et les cafés du chef-lieu de canton. On achetait de quoi casser la croûte, puis on allait se munir des indispensables cocardes tricolores sans lesquelles il n'y avait pas de conscrits.

Elles étaient magnifiques, ces cocardes, avec leurs franges dorées ou argentées et les inscriptions " Bon pour le Service ", quand ce n'était pas " Bon pour les filles " ! On les épinglait sur le revers de la veste, ainsi que sur le couvre-chef lorsqu'on en portait un.

Et puis on s'en revenait au village, le plus souvent à pied. Là, on commençait la tournée des "conscrites ", c'est à dire des jeunes filles du même âge. Chez certaines c'était assez rapide : on embrassait la demoiselle sur les deux joues, la maman ( ou le papa) offrait un coup à boire, on bavardait un peu et puis on passait à la suivante. Mais chez d'autres on restait beaucoup plus longtemps, soit qu'on les connût mieux, soit que la maison fut très hospitalière. Il arrivait qu'on s'attable chez une pour un confortable souper. Chez une autre, on mettait en route les jeux de cartes, la nuit venue. Souvent, un des conscrits faisait partie d'une Harmonie, ou d'une clique. Il apportait alors son instrument, trompette ou clairon, et donnait l'aubade aux demoiselles, aubade dont profitait tout le voisinage, de gré ou de force ! Toutefois, la nuit s'avançant, les maisons ne s'ouvraient plus. Alors on occupait son temps autrement, car il n'était pas question de rentrer se coucher ! On montait des blagues énormes, des coups fumants, dont les victimes étaient toujours les mêmes : quelques familles peu évoluées, un tantinet simplettes.
C'est ainsi qu'un mémorable lendemain du Conseil de Révision, l'Arsène en se levant le matin, trouva ses escaliers de cave remplis de fumier ! Il avaient dû travailler dur, les conscrits, pour entasser une telle quantité de déchets d'écurie contre la malheureuse porte de cave qu'ils bloquaient hermétiquement !

Les gens qui passaient, ce matin là, interpellaient l'Arsène :

" Eco vo, Arsène. Mâ, qué hec ? " (Bonjour, Arsène. Qu'est ce qu'il y a ?)

Et le brave homme de répondre, en maniant la fourche avec rage pour dégager ses escaliers :

" Mâ ço co in tour dâ ouairailles dé conscrits- lé ! "

(Mais c'est encore un tour de ces vauriens de conscrits !)

Une autre année, ce furent les volets qui firent les frais du Conseil de Révision, démontés, remontés à l'envers, ils avaient triste mine, les pauvres !

Au petit matin, la fatigue commençait à se faire sentir. Alors, on soufflait un peu, chez l'un des conscrits dont la maison offrait un toit secourable. On somnolait de bric et de broc, vite réveillés par le remue-ménage de la ferme qui émergeait de la nuit. On prenait un copieux petits déjeuner. L'omelette au lard était de rigueur !

Et c'était reparti pour une nouvelle journée de visites. Quand ils en avaient terminé avec les conscrites, nos gaillards allaient voir les cousines, les copines, au besoin dans les villages voisins. Ils arrivait qu'ils décident une virée au bourg ou à la ville. Mais quand arrivait le soir, on commençait à envisager le retour à la maison. D'abord, on n'était plus très frais, il faut l'avouer, et puis on risquait les protestations énergiques des parents ! Car enfin, il faut ce qu'il faut, mais point trop n'en faut !

Cependant, on avait " mené la vie de conscrits " pendant deux jours et c'était une expérience unique dans la vie d'un gars ! Les cocardes, décrochées, se retrouvaient dans un tiroir, au coin d'une glace, à moins qu'elles n'aient été données à une conscrite. Il ne restait plus qu'à attendre l'appel au service militaire. Mais c'était une autre histoire !

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J
A supposer qu'il s'agit bien de la Commune des Voivres (ce qui semble confirmé par l'inscription sur le drapeau), j'en remets une couche avec ce lien :
http://www.loomji.fr/les-voivres-88520/vie-locale/qui-quand-ou-30834.htm
Répondre
J
Je ms suis, bien sûr, posé la question mais :
- 1901 Les Voivres (88) 577 habitants ; Voivres (72) 580 puis 600 en 1968 et plus de 1 000 seulement à partir des années 2000 pour arriver à 1 377 en 2018,

- sur le drapeau figure bien l'inscription COMMUNE des VOIVRES,

- il me semble aussi que (selon WP) : [ Le nom de la localité est attesté sous les formes Vodebris au IXe siècle7, villa Vodebis et juxta Vuodebris vers 840, Vedobris en 1014, de Voevrio et de Voovrio en 1134 et 1136, de Voveriis au XIIe siècle8, de Voivres vers 1206 et Voyevres en 1294. Il serait issu du gaulois vidu-, « bois », et briga, « montagne ».
En 1933, Voivres est adjoint du locatif lès-le-Mans. Le code officiel géographique retient la règle des traits d'union et de la minuscule pour les articles non initiaux des toponymes de communes, contrairement à la référence à la commune du Mans qui inciterait à écrire Le Mans. ]

J'en déduis donc que l'inscription devrait être COMMUNE de VOIVRES (avant 1933) ou COMMUNE de VOIVRES-LÈS-LE-MANS (après 1933). En tout état de cause jamais, comme la notre, COMMUNE des,

- par ailleurs, le catalogue Delplanque précisait (ce que je n'arrive plus à retrouver actuellement et qu'il se soit trompé lui aussi) que la photo/carte provenait bien de Les Voivres.

Peu importe finalement, au regard du "charivari" actuel cela n'a pas grande importance !
L
Est-ce bien Les Voivres 88240 ou Voivres dans la Sarthe. 11 conscrits, sans doute autant de conscrites, il faudrait pour cela une population de plus de 1 000 habitants, ce qui correspondrait mieux au deuxième cas.