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LES VOIVRES 88240

Quand le Val de Vôge a décidé qu'il ne voulait pas mourir

Le bon saint qui fait danser... par Marie Houillon

Le bon saint qui fait danser... par Marie Houillon

La paroisse des Voivres est placée sous la protection de Saint Rémi, le grand évêque de Reims qui convertit Clovis, roi des Francs, et le baptisa en 491 dans la religion catholique.

Un large tableau, placé au-dessus du maître- autel, à l'église des Voivres, rappelle cet événement historique. Il a été commandé, en 1 847, par la municipalité de notre village à un peintre du nom de Balot, demeurant à Escles, pour la somme de 600 F.

Saint Rémi a donc droit de cité chez nous. De tout temps, on l'a fêté le premier dimanche d'octobre et on continue de le faire grâce à une dynamique association qui a pris le nom du grand évêque !

Mais les " Fêtes des Voivres " d'autrefois différaient beaucoup de celles d'aujourd'hui. Autres temps, autres mœurs !

Tout d'abord, c'était l'évènement de l'année, dans un village qui vivait à l'intérieur de ses limites. On s'y préparait longtemps à l'avance, invitant la parenté et les amis, concoctant des menus copieux et riches.

La matinée du dimanche était consacrée à la fête religieuse : messe solennelle, célébration de la confrérie de Saint Rémi qui réunissait les messieurs adultes de la paroisse, avec procession et offrande.

A la sortie de l'office, la fête foraine se mettait en branle : manège de chevaux de bois et sa musique aigrelette, balançoires, cris-cris (chaises volantes), stands de tir, boutiques de confiseries, de jouets, loterie. La place bruissait, chantait, criait dans un joyeux débordement. Les enfants s'étourdissaient de tout ce qui leur était offert.

On s'en donnait à cœur joie jusqu'à ce que les estomacs crient famine ! Alors, c'était le reflux vers les maisons où de succulentes choses attendaient les affamées : pâtées, tourtes, viandes rôties, légumes du jardin et les tartes aux fruits de saison ( pommes, prunes). La fête des Voivres ne revenant qu'une fois par an, l'heure n'était pas à la parcimonie ! On faisait bien les choses, c'était de rigueur !

Mais comme c'était dimanche, il y avait les Vêpres l'après-midi avec salut du Saint Sacrement. Et à la sortie, la fête foraine reprenait ses droits après une interruption de quelques heures ! Là, on avait tout le temps de s'amuser, jusqu'au crépuscule, et on en profitait ! Mais les jeunes gens et les jeunes filles regardaient avec envie vers le bal dont le chapiteau se dressait à quelques pas. Il faudrait attendre la nuit pour le voir ouvrir ses portes, lorsque les soins au bétail seraient terminés, que tout serait en ordres dans les fermes.
Alors, c'était le couronnement de la fête : le Bal !

 Il faut dire qu'on l'attendait avec impatience, ce bal de la Saint Rémi, quand on avait 20 ans et qu'on était une " bacelle " (jeune fille). En effet les filles de l'époque n'avaient pas souvent l'autorisation d'aller danser. Pour les congréganistes (Enfants de Marie) seuls étaient permis le bal de la fête des Voivres et les bals des noces où elles étaient invitées. Alors, la fête patronale était appelée de tous les vœux des demoiselles du village ! La veille, elles avaient nettoyé et orné l'église paroissiale. Et mademoiselle Madeleine, la préfète de la Congrégation, tout en astiquant vigoureusement la statue du saint Patron de la paroisse, s'exclamait :

" Ah ! c'est un bon saint, celui-là. Il nous fait danser ! Il faut le soigner ! "

On ne badinait pas avec la vertu des filles, en ce temps-là ! "

L'orchestre était simple, composé la plupart du temps de musiciens bénévoles qui étaient rémunérés au prorata de la fréquentation du bal. Le propriétaire du chapiteau leur donnait " la pièce " plus ou moins forte selon les entrées. En échange, toute la soirée, ils soufflaient dans leur piston, leur trompette, leur clarinette, ils malmenaient les boutons de leur accordéon ou frappaient en cadence sur la grosse caisse pour marquer le rythme. Pas question de sono, mais on entendait très bien !

On venait au bal en famille, les jeunes filles chaperonnées par leur maman. Ces dames s'asseyaient en bordure de piste sur des bancs, couvant d'un regard attendri, mais parfois sévère, la jeunesse qui évoluait devant elles.

Mademoiselle Madeleine (toujours elle ! ) entreprenait d'appendre à danser à ses " petites " de la Congrégation, des adolescentes de 15 à 16 ans.

" Çà, c'est une scottish : deux pas de polka, trois pas de valse. Allons-y ! "

La bonne volonté était au rendez-vous, mais le résultat n'était pas toujours brillant et le professeur bénévole s'impatientait :

" Mais enfin, c'est facile : deux pas de polka, trois pas de valse ! Mon Dieu ! qu'elles sont bêtes ! "

Il n'y avait pas de buvette sur le bal, habituellement. On allait se rafraîchir au bistrot voisin, où on retrouvait les pères de familles attablés à jouer aux cartes

Et la jeunesse gambillait à cœur-joie, jusqu'à ce que les mamans fassent savoir qu'il était tard (ou plutôt très tôt : 2 ou 3 heures du matin ! ) et qu'il fallait songer à rentrer au bercail, d'autant plus qu'une jeune fille sérieuse ne devait jamais " fermer le bal " ! Ô scandale !

Alors, l'on rentrait à la maison, la tête bruissante de musique, les pieds exténués. Il arrivait parfois une mésaventure sur le chemin du retour, ainsi qu'il advint à Maman Louise et à ses deux filles !

Maman Louise était petite, menue, gaie et quand elle sortait dans la nuit, entre Paulette et Marie, ses filles, on pouvait fort bien la prendre pour une " bacelle " ! C'est ce qui arriva ce petit matin là ! sortant du bal toutes les trois, elles furent, au bout de quelques mètres, assaillies par trois gaillards en quête d'aventure qui leur tombèrent sur les épaules en essayant de les désunir ! (Elles se tenaient par le bras.) Effrayées, les filles se mirent à crier, mais maman Louise ne s'affolait pas ! Et elle avait raison ! Son " agresseur ", la regardant de près, la lâcha aussitôt en braillant : " Eh ! les gars ! Y a une femme ! " Ce qui eut pour résultat de faire fuir la bande d'aventuriers ! Pas fous, hé ! Les filles, d'accord, mais si la mère est avec, alors, plus question !

Le lendemain lundi, un service religieux était célébré à l'église à la mémoire des défunts du village. toutes les familles avaient à cœur d'y être représentées, tout au moins par les enfants qui n'allaient pas en classe ce jour-là.

Et à la sortie du Service, la fête foraine repartait, jusqu'à midi souvent, pour reprendre vers 4 heures. L'après-midi, les invités s'en retournaient chez eux, après avoir mangé les restes du festin de la veille; Alors, on faisait la vaisselle, on remettait la maison en ordre, on flânait un peu, jusqu'à l'heure du " débarras ". (soins des bêtes) !

Et en soirée, le bal s'ouvrait de nouveau aux danseurs ! C'était le " lundi de la fête ". Très appréciée, cette soirée avait un caractère familial, tout le village s'y retrouvant quasiment en privé. On était " entre nous " ! Bien sûr, on ne prolongeait pas les festivités au-delà de minuit. Il y avait déjà la fatigue de la veille qui commençait à peser ! Et le lendemain, il fallait reprendre les travaux des champs qu'on avait délaissés pendant un jour. Les écoliers reprenaient leur classe, eux aussi, après les vacances d'été qui couvraient août et septembre.
Mais les forains restaient sur place, le chapiteau aussi, car le dimanche suivant on remettait ça ! C'était le " retour de la fête ", moins coloré, moins bruyant, moins fréquenté, mais bien réel tout de même. Le village faisait provision de joie, de plaisirs avant l'hiver qui s'annonçait, la grisaille, le froid.

Ô miséricordieux Saint Rémi ! Que de joies avez-vous procurées aux jeunes et moins jeunes de chez nous !!

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M
C'est très bien décrit, ça se passait avant 1940. À la fête des Voivres, il y avait le bal "monté"de Jean Perreaux, marchand de vin à Xertigny, je me souviens de la conversation d'Angèle à ma mère "J'aime mieux le bal Perreaux parce que que la musique est bonne, c'est pas comme chez celui de Blaise" . Monsieur Blaise, du Clerjus, était, comme J.Perreaux, un entrepreneur de bal "monté". Pour revenir à Angèle, il fallait l'entendre demander aux musiciens "Jouez les hirondelles" C'était le bon temps. Il y avait le retour de la fête le dimanche suivant. S'ensuivaient les commentaires sur les mauvais danseurs qui animaient les tablées de fêtards.
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J
« Maman Louise [...] entre Paulette et Marie, » : si ce sont celles à qui les prénoms me laissent penser, le chemin du retour n'était pas long. <br /> La fête des Voivres était en effet très attendue mais il n'en reste, malheureusement, plus grand-chose. Je crois que le chapiteau a fermé ses portes en octobre 2007, après la chute inexorable des participants.
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