Et cum spiritu tuo par Marie Houillon

par LES VOIVRES 88240  -  23 Avril 2021, 03:06  -  #Qu'il est beau mon village

Et cum spiritu tuo par Marie Houillon

Au tout début de ce siècle, il y avait un prêtre à demeure chez nous. Évidemment, il célébrait la messe tous les matins, au petit jour, dans l'église encore sombre. On n'avait pas l’électricité, et la lueur des cierges laissait de grandes zones d'ombre.

Plusieurs gamins venaient, à tour de rôle, servir la messe de Monsieur le Curé. Ce n'était pas une petite affaire, car il fallait alterner les répons en latin avec le célébrant, à point nommé, sans se tromper et en prononçant correctement.. Pour des gosses qui parlaient journellement patois avec leurs parents, ce n'était pas toujours évident.

Un matin d'automne, à 6 heure et demie, Monsieur le Curé commence sa messe dans la pénombre de l'église. Son servant du jour est le Nénesse, un brave petit gars, pas feignant, bien qu'il n'ait pas inventé la poudre. L'avant-messe se déroule normalement, Nénesse s'évertuant à répondre en latin comme il convient. Monsieur le Curé célèbre face au Maître-autel, Nénesse se tenant sur l'escalier en bas. Le moment des Oraisons étant arrivé, l'abbé prononce la phrase rituelle :

" Dominus vobiscum " ( Le Seigneur soit avec vous.)

Le servant doit répondre :

" Et cum spiritu tuo " ( Et avec votre esprit)

Mais, à la stupeur de Monsieur le Curé, Nénesse ne répond rien ! Rien de rien ! Silence complet !

" Tiens, se dit l(abbé, il n'aurait pas entendu, ce gamin ? "

Et il répète, un peu plus fort :

" Dominus vobiscum "

" Chût " répond le servant.

"Ah ! çà ! se dit Monsieur le Curé. Il exagère un peu ce mouflet ! "

Et il se retourne vers Nénesse en scandant à haute et intelligible voix :

" Dominus vobiscum "

Mais aussitôt, il entend une galopade discrète et son servant de messe qui déclame :

" T'éros pas tant biscoumet, j'éros pris ène rète ! "

(T'aurais pas tant biscoumé, j'aurais pris une souris ! )

En effet, le Nénesse avait vu arriver une petite souris, sortant des boiseries et venant vers l'autel. La main levée, la respiration suspendue, il s'apprêtait à la capturer, mais le mouvement et l'éclat de voix de Monsieur le Curé avait tout compromis, la petite rongeuse avait filé à l'abri ! D'où le répond d'un nouveau genre que le gamin servit à l'abbé !

 

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J
Au tout début du 20ème siècle, le « brave petit gars » Nénesse aurait donc été un de mes prédécesseurs (hormis le patois que je n'ai jamais pratiqué et une souris que je n'ai jamais vue) dans la fonction de cérémoniaire que j'ai assurée, sous la férule de l'abbé Mathieu, dans les années 50.
Vous vous souvenez : le diable qui portait l'Enfant-Jésus à la crèche...
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L
A l'époque pratiquement tous les garçons étaient enfants de chœur.