Les culottes à Lili par Marie Houillon

par LES VOIVRES 88240  -  26 Mars 2021, 03:23  -  #Qu'il est beau mon village

Fontaine du Moulin des Voivres restaurée par Francis, le petit-fils de Marie, à qui Lili avait volé deux culottes...

Fontaine du Moulin des Voivres restaurée par Francis, le petit-fils de Marie, à qui Lili avait volé deux culottes...

Qui ne connaissait pas le Lili, dans les années 46-47, au village ? C'était un brave type de journalier agricole, plutôt simplet mais pas feignant, qui habitait à la Rappe, une maison qui tenait plus du taudis que du palais !

Il s'appelait Élie, ou Henri ? On ne l'a jamais trop su. Pour tout le monde, c'était le " Lili " !

Il travaillait où cela lui plaisait, car on ne commandait pas facilement le Lili ! Sa maison de prédilection, c'était chez Pauline François, la maman de l'ami Georges, bien connu au Moulin des Voivres. Il venait aider à tous les travaux, même au cassage du bois ou à garder les vaches dans les prés à l'automne.

Un jour, la voisine de Pauline, la Marie, était en lessive à la fontaine du hameau. Elle lavait les pantalons de ses deux grands fils. Ensuite, elle les suspendit au fil prévu pour cela, près des bassins. Le Lili dévorait des yeux ces deux pièces vestimentaires. Pensez donc ! Pour lui qui allait toute l'année en haillons, deux belles culottes de drap comme celles-là, c'était le supplice de Tantale !

Le soir, il dit à Pauline :

" Oh ! Pauline ! On soupe de bonne heure, hein ? Parce que je veux rentrer chez nous pour boucher la salade. La gelée commence. "

Pauline, habituée aux manières de Lili, lui répond :

" Bon, d'accord. Tu repars chez vous ce soir. Mais tu reviendras coucher ? "

" Non ! dit le Lili. Je reviendrais demain matin pour 6  heures. "

Six heures soit ! La Pauline ne voyait pas de raison de contrarier son journalier et elle ferma sa porte, derrière lui, le soir.

Le lendemain, il était ponctuel à son travail.

La voisine dans le courant de la matinée, vient se plaindre à Pauline :

" Mais tu te rends compte ! Je vais pour rentrer les pantalons de mes garçons et je n'en trouve plus un seul ! Tu n'aurais pas vu un traînard, un trimardeur, dans le coin, des fois ? "

" Non, répond la Pauline, perplexe. Je n'ai rien vu de ce genre. Mais tu crois qu'on les a volés ? "

" C'est quasi certain. Mais on n'en restera pas là. Les habits coûtent trop cher pour que cela passe sans rien faire. "

Et Marie d'envoyer un de ses garçons à la gendarmerie de Bains les Bains, pour déposer plainte.

Les gendarmes viennent aussi vite au Moulin des Voivres pour faire leur enquête. De fil en aiguille, ils remontent la filière et les voici chez Pauline, demandant à parler au Lili, qu'ils connaissaient bien, eux aussi.
" Dis Lili ! Tu ne saurais pas, par hasard, qui est-ce qui a pris les pantalons qui séchaient sur le fil ? Dis nous un peu ton avis ! "

Et Lili, tout à trac, de leur lâcher :

" C'est moi qui les ai pris. Ils sont chez nous. Et si je les ai pris, c'est que j'en avais besoin, na ! "

Bien sûr, c'est un point de vue qui se défend mais ce n'est pas prévu par le Code Pénal, et les gendarmes ne peuvent pas dire au Lili qu'il a raison !

Le brigadier, bon enfant, tape sur l'épaule du pauvre garçon :

" Bon Lili ! Tu as été franc, c'est bien ! Mais ces culottes, tu vas aller les chercher tout de suite et tu les ramèneras à la dame. Et on n'en parlera plus, je te le promet ! Mais ne recommence pas, sinon, c'est la prison ? "

Le Lili, penaud et dépité, fit ce que lui demandait le gendarme. Et l'affaire s'arrêta là, en effet. On était humain et on savait bien, surtout, que le Lili n'avait pas une once de méchanceté.

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M
Lili? c'est un souvenir, une année, avant guerre, ( ne pas confondre avec Georges, car au moulin des Voivres, il y avait Georges Guerre) c'était Lili qui avait bêché le jardin de mes parents, l'année suivante ce fut le Gugusse de La Dine qui s'est chargé de ce travail, Lili devait faire autre chose.
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L
Quand il était à la maison de retraite de Bains les Bains, Il y avait régulièrement des poireaux au menu. Ils provenaient du potager des sœurs qui, à l'époque, géraient l'établissement. Et Lili détestait les poireaux. Un beau matin, il prit une faux et alla couper ces légumes :
" Elles ne m'en feront plus manger, des poireaux !" disait-il tout en s'activant.