Les " Boîtes " par Marie Houillon

par LES VOIVRES 88240  -  17 Mars 2021, 02:37  -  #Qu'il est beau mon village

Les " Boîtes " par Marie Houillon

Les Voivres n'ont jamais été une commune riche mais on y a toujours eu la fibre républicaine. Dame, ce n'est pas pour des prunes que l'acte de naissance de la commune se situe en 1793, dans les flons-flons et les coups de cymbales de la Révolution française.

Aussi le 14 juillet était-il une fête dûment célébrée, au village. Oh ! il n'était pas question de retraite aux flambeaux, ni de feu d'artifice ! On n'était pas, financièrement, à la hauteur-là, dans les années 20.

Mais il y avait les cloches de l'église, que l'on sonnait à la volée, le 13 au soir, pendant un quart d'heure au moins. Il y avait surtout les " boîtes ", sans lesquelles on n'imaginait pas le 14 juillet aux Voivres.

Le grand magicien de ces fameuses " boîtes ", c'était le garde-champêtre de la commune, que tout le monde appelait le " Père Tailleur ". Depuis plusieurs semaines, il préparait son coup, recherchant des emballages de conserves vides, du cordonnet pouvant servir de mèche et surtout de la poudre à fusil, bien noire, bien sèche. Avec tous ces ingrédients il préparait des pétards, remplissant les boites de poudre, y ajoutant la mèche. C'était tout un art pour réussir dans cette entreprise : trop légère, la " boîte " faisait un petit "plouf " ridicule, trop chargée, elle risquait de provoquer des dégâts par explosion. Il fallait connaître le dosage, mais on pouvait faire confiance au Père Tailleur, spécialiste en la matière.

Le 13 juillet au soir, notre artificier apportait son matériel dans la cour de l’École des Grands, derrière la Mairie. Il attendait la fin de la sonnerie des cloches, qui coïncidait avec le crépuscule, et là, dans la pénombre, , Méphistophélès en casquette et pantalon de velours, il déchainait les feux de l'enfer à la grande joie des villageois attentifs.

Les " boîtes " disposées au milieu de la cour, il opérait un repli stratégique et prudent au seuil de la porte de l’École. De là, avec une longue tige terminée par une mèche enflammée, il portait le feu aux pétards, méthodiquement, sans précipitation. Et les échos du village retentissaient d'explosions ronflante, cossues, pétaradantes, pendant que la nuit s'illuminait.

Sur le seuil des portes, dans la rue, les gens commentaient la prestation :

" Ah ! Il tient la forme, cette année, le Père Tailleur. Vraiment réussies ses boîtes ! "

ou, au contraire :

" Pas fameux ce soir. C'est vrai qu'il a plu, c'est trop humide ! "
Mais quoiqu’il en soit, on avait dignement fêté le 14 juillet en faisant beaucoup de bruit et avec les moyens du bord. On n'enviait pas les gens des villes et leurs feux d'artifice : on avait ce qu'il fallait sur place !

Et jusqu'à 1939, Père Tailleur, le Magicien, continua à préparer ses " boîtes " et à les faire sauter chaque 13 juillet au soir.

Mais la guerre mis un terme à ces réjouissances explosives. Il n'était plus question de pétards, la poudre ne paralnt que trop dans le contexte du moment. Le Grand artificier fut mis à la retraite d'office et jamais plus on ne fit sauter les " boîtes " aux Voivres à l’occasion du 14 juillet.

" Tout passe, tout casse, tout lasse ! "

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