Sous l'occupation allemande par Marie Houillon

par LES VOIVRES 88240  -  16 Février 2021, 03:47  -  #Qu'il est beau mon village

Sous l'occupation allemande par Marie Houillon

Notre village, comme toute la région, a subi l'occupation allemande de 1941 à 1944.

En particulier, les agriculteurs étaient soumis à des obligations draconiennes : ils devaient déclarer le volume de foin engrangé, le nombre de quintaux de céréales récoltées, le nombre de bovins à l'étable, de chevaux à l'écurie, de volailles au poulailler et de porcs à la soue. Ensuite, ils étaient imposés de contingents précis à fournir de toutes ces denrées, ainsi que de légumes divers.

Évidement, chacun s'arrangeait pour tricher de son mieux dans ses déclarations, mais ce n'était pas si facile, car on recevait la visite de contrôleurs (français), parfois compréhensifs, mais le plus souvent " Service, service. Jugulaire, jugulaire " !

Ce qui gênait le plus les agriculteurs du village, c'était l'interdiction de tuer le cochon comme on avait coutume de le faire, deux fois par an. Cela aussi était réglementé, contingenté. Et c'était une grosse privation pour des gens qui se nourrissaient quasi exclusivement avec leurs cochons, salés, fumés, en boudin, en saucisses, en jambons.

Alors , on se débrouillait. Mais il fallait faire très attention de ne pas être dénoncé par un voisin jaloux car l'abattage clandestin coûtait fort cher à celui qui se faisait prendre, amende et prison.

Le mieux était de s'entendre avec une famille sûre et discrète et de procéder de nuit. Il fallait, avant tout, préparer un bâillon (un beauyot, comme on disait) que l'on enfonçait solidement dans la gueule du cochon. Car ses excellentes bêtes avaient le gros défaut de pousser des hurlements stridents dès qu'on les prenait par les pattes pour les mettre sur la cuve ! D'où l'expression courante chez nous : " Crier comme un cochon qu'on égorge ". On réduisait donc l'animal au silence et on s'affairait, en pleine nuit, à tuer, ébouillanter, découper, faire les boudins et les saucisses et à saler les pièces de viande dans la grande cuve.

Mais la encore résidait une énorme difficulté : où cacher cette cuve pleine de viande salée ? Ce n'était pas une mince affaire, compte tenu de son volume.

Je me souviens d'une visite chez mon oncle Louis, à La Grande Fosse. Nous avions eu droit, maman et moi, au récit des péripéties nocturnes de l'abattage du cochon, un coriace qui avait failli avaler son " beauyot "! Mon oncle en terminant sa narration, dit à ma mère : " Et maintenant, Marie, devinez où on a caché la cuve ? C'est dans la chambre en haut, mais je suis sûr que vous ne le verrez pas. " Nous voilà donc tous montés dans la fameuse chambre. Rien que de très normal, en effet : un lit de coin ancien, avec son édredon et son couvre-lit au crochet, une table de nuit, quelques chaises, une table carrée, vraiment des choses utiles dans une chambre à coucher, uniquement. C'est alors que maman a une illumination : " Est-ce que le cochon ne serait pas au lit, par hasard ? " Grand éclat de rire de l'oncle et de la tante ! Mais oui, le cochon est au lit ! De ce dernier, on n'a gardé que la boiserie, évacuant matelas et sommier. Et à l'intérieur de cette sorte de cage en bois, la cuve et son chargement ont trouvé place ! Pour faire bonne mesure, on a remis sur le couvercle, le plumon rouge et le beau couvre-lit, et allez donc !

Le contrôleur peut venir, il n'y verre que du feu !

A suivre

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Comme il se dit en Sarthe et peut-être ailleurs aussi : « Dans le cochon tout est bon, de la queue au menton ».
Le lien joint
https://revolutionfrancaise1789.jimdofree.com/histoires-insolite-du-18i%C3%A8me-si%C3%A8cle/jugement-d-un-cochon/
narre une histoire, celle du cochon de Serécourt, qui aurait pu aussi coûter fort cher. à un marchand vosgien de Lamarche... au début de l'année 1799.
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