Le temps de vivre

par LES VOIVRES 88240  -  17 Février 2021, 03:53  -  #Société

Le temps de vivre

En septembre 1944, l'avant garde de l'armée de libération qui avait débarqué à Toulon, était arrivée à La Forge de Thunimont. Elle envoya des hommes en reconnaissance vers Gremifontaine.

Au même moment les premiers éléments des troupes qui arrivaient de Normandie atteignaient ce hameau.* Elle aussi fit une patrouille en direction de La Forge de Thunimont. Les deux unités se trouvèrent nez à nez au lieu dit La Cense des Coupes, à mi chemin entre les deux villages. Chacune croyant avoir affaire aux allemands, un échange nourri de coups de feu eut lieu. Pendant plusieurs minutes les balles de fusils et de mitrailleuses se croisèrent en tous sens, chaque soldat tirant sans doute au hasard.
En face de cette colline, une famille de cultivateurs, Alexandre de Gremifontaine, était occupée à faire la récolte de pommes de terre dans un champ en contrebas de la chapelle de Bonne Espérance.

Soudain les balles perdues se mirent à siffler autour d’eux. La femme et ses enfants se réfugièrent en toute hâte derrière l'édifice. Au bout de quelques minutes, le combat cessa et des hurlements, dont bon nombre devaient être des jurons anglais ou français, retentirent. C'étaient les officiers des deux unités qui avaient une petite explication, chacun accusant l'autre d'être responsable de l'escarmouche.
Pendant tout ce temps, le père, Jules, était resté dans le champ. Non seulement, il ne s'était pas mis à l'abri en se couchant mais bien au contraire, il avait continué de lier les sacs de pommes de terre comme si de rien n'était.

Quand sa famille l'eut rejoint, sa femme lui demanda :

" -Mais pourquoi est-tu resté là ? Tu voulais te faire tuer ?

--Mais non, ce n'était rien du tout et puis cela m'a rappelé les combats pendants la guerre de 14 ! "

Une autre fois, un de ses pays, Gabriel Munier, était gravement malade. Mon grand-père va le voir :

" -Comment vas-tu ,

-Hé, tu le vois, pas très bien, mais s'il faut ripper, on rippera. "

Cette philosophie toute simple, que la mort est seulement un mauvais moment à passer, est peut-être ce qui fait le plus défaut à nos sociétés contemporaines. Plus l'espérance de vie s'élève, moins on accepte facilement cette idée de partir.

Actuellement nous subissons la pandémie de Covid-19. De peur de tomber malades, certaines personnes en arrivent à rompre toutes relations sociales auprès de leur famille ou de leurs connaissances.

S'il est important de prendre toutes les précautions nécessaires pour ne pas être contaminé et ne pas contaminer les autres, la peur de mourir ne doit pas prendre le pas sur la vie.

Il n'est sans doute pas nécessaire d’aller aussi loin que les Mexicains qui affichent des repésentations de la mort pendants les jours traditionnels allant du 31 octobre au 2 novembre. Ils se maquillent également en squelette pendants que les enfants croquent des crânes en sucre d'orge.

Il est toujours douloureux de perdre son pére ou sa mère, quel que soit leur âge. Mais est-il besoin pour autant de demander aux médecins de se livrer sur eux à de l'acharnement thérapeutique sans autre résultat que de prolonger leurs souffrances ?

Le plus sain, à une époque où chaque annonce, chaque informateur, distille la peur n'est-il pas de se dire :

" S'il faut ripper, on rippera. "

*A moins que ce ne soit l'inverse, l'armée de Provence à Gremifontaine et l'autre à La Forge de Thunimont. C'était peut-être tout simplement deux sections de la même armée. Je m'en tiens au récit de mon père. La fusillade a bien eut lieu. Le loquet de la porte de la soue aux cochons de mes grands-parents était fixé à une cartouche de mitrailleuse coincée entre deux moellons. Elle avait été ramassée là, les jours suivants.

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
J
Au moment où je lis votre billet, me revient à l'esprit le titre d'un édito paru dans " Le PG-CATM" (février 2021-n° 1021), journal de la Fédération nationale des Combattants, prisonniers de guerre et combattants d'Algérie, Tunisie, Maroc :
UN PASSÉ PAS SI SIMPLE
UN PRÉSENT A L'IMPARFAIT
UN FUTUR AU CONDITIONNEL
tourné vers cette "affaire" de Covid mais qui pourrait refléter notre Histoire en général.
Un peu comme ce proverbe d’origine serbe(?) utilisé, un peu lugubrement je le reconnais, comme "message d’humeur" dans mon profil Skype : « Notre passé est sinistre, notre présent est invivable, heureusement que nous n’avons pas d’avenir »
Répondre