Le Dônage par Marie Houillon

par LES VOIVRES 88240  -  26 Janvier 2021, 03:15  -  #Qu'il est beau mon village

La Tranchée sous la neige

La Tranchée sous la neige

Une autre coutûme de notre village, entièrement disparue aujourd'hui, c'était le dônage, encore appelé les gaufres.

Les grands animateurs de cette tradition étaient les conscrits de l'année. Il y avait de la jeunesse, aux Voivres, au début de ce siècle. Les garçons de la " classe " se réunissaient chez l'un deux,  un soir d'hiver. Ils commençaient par établir la liste de tous les célibataires de la commune, garçons et filles, jeunes et moins jeunes.

Ensuite commençait le plus délicat du travail : il s'agissait de faire des mariages " pour rire " de trouver pour chaque demoiselle, le gars qui lui conviendrait le mieux.
Cela paraît simple à dire, mais c'était en fait très compliqué, car il fallait tenir compte des âges, des milieux familiaux, et ... des rancœurs plus ou moins avouées qui ne manquaient certes pas dans le microcosme du village !

Finalement, il fallait beaucoup de doigté et une bonne connaissance des gens pour établir une liste de couples qui ne susciterait pas de protestations majeures, malgré les malices dont on ne se priva pas.

Une fois ce labeur accompli, les jeunes gens allaient trouver le garde-champêtre de la commune, pour lui demander de "tambouriner " la date du dônage dans tout le pays. C'était aussi une figure marquante de nos villages, ce brave homme, coiffé de son képi et muni de son tambour, qui clamait à pleine voix, dans les agglomérations, toutes les nouvelles et les avis émanant de la mairie. Dame ! On ne parlait pas de téléphone, ni de radio, chez nous à l'époque. Alors l'homme de la situation, c'était le crieur public, qui travaillait surtout à la sortie de la grand-messe dominicale.

Il annonçait donc à tout le village et ses hameaux, que les jeunes gens de la classe " tant " procéderaient au dônage tel jour, à tel endroit. C'était toujours en soirée et dans un champ situé sur une hauteur, la plupart du temps au Trou de la Tranchée, en face de l'actuel lotissement. La jeunesse préparait un grand feu de bois, autour duquel le village se réunissait. Il était doublement utile ce feu : d'abord il réchauffait tous les assistants, car il ne fait pas chaud, les soirs de février. Et puis il éclairait la liste des crieurs. En général, ils étaient deux.

L'un clamait : "Dône ! Je dône ! "

L'autre lui demandait : " Qui dônez vous ? "

Et le premier reprenait : " Je dône Robert H... avec Marie-Louise C..."

Toute la liste y passait selon ce cérémonial. Après chaque annonce, l'assistance y allait de son commentaire, bruyant mais bon enfant. Et quand c'était terminé, chacun rentrait chez soi, les demoiselles devant préparer la reception de leur " dôneur. "

à suivre

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M
Bien qu'étant absent du village, les dôneurs m'ont dôné avec Lucie Thieblemont, une seule fois. Je suis allé voir ses parents s'ils étaient d'accord pour me recevoir à la maison, accord accepté pour un repas un dimanche soir et obligation d'apprendre une chanson, ce que j'ai fait, je me souviens, c'était une chanson rabâchée à longueur de journée "C'est la rue de nos amours". Quant au repas, un seul plat au menu des gaufres que la dônée devait confectionner elle-même.
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L
Je crois bien que mes parents se sont mariés après avoir été dônés l'un à l'autre.