Le Dônage par Marie Houillon-suite

par LES VOIVRES 88240  -  2 Février 2021, 03:27  -  #Qu'il est beau mon village

Le Dônage par Marie Houillon-suite

Car le dônage ayant lieu un dimanche soir, les " hommes de gaufres ", comme on les appelait, se présentaient le jeudi suivant chez leur dulcinée. Ils venaient passer la veillée et commander les gaufres pour le dimanche à venir, le tout se passant en famille, avec les parents de la jeune fille.

Ce fameux dimanche, les demoiselles étaient en ébullition dès le début de l'après-midi. Il fallait préparer la pâte à gaufres, ainsi que des gâteaux et de quoi les arroser, bien sûr ! En début de soirée, le garçon arrivait pour la veillée. On faisait cuire les gaufres dans le grand gaufrier de fonte à longs manches, posé sur une sorte de trépied au dessus de la flamme du bois sec et odorant. Et on les mangeait tout en jouant à la manille, à la belote, à la bourre, au noir-valet, toutes sortes de jeux de cartes dont plusieurs ont, eux aussi, disparu. Et l'on convenait de se retrouver encore le dimanche suivant, pour le " retour " des gaufres qui se passait de la même façon.

Ils arrivaient parfois que de vrais et bons mariages s'ensuivent, entre " hommes et femmes de gaufres " qui s'étaient appréciés au cours de ces trois soirées.

Il arrivait aussi que les jeunes de la classe organisent un bal, le premier dimanche, à l'estaminet du village, invitant les couples à s'y retrouver. Mais ce n'était pas apprécié de tout le monde ! Les jeunes filles sérieuses ne devaient pas aller au " Bal des Gaufres". Cela ne se faisait pas ! On parle même de jeunes " congréganistes " (les Enfants de Marie de nos campagnes) qui se virent rayées de la Congrégation de la Sainte Vierge parce qu'on les avait vu au Bal des Gaufres ! On ne plaisantait pas avec la sagesse des filles, en ce temps là !

Mais il arrivait également, bien que très rarement, que la demoiselle ne soit pas satisfaite du garçon qu'on lui avait attribué, auquel cas elle refusait de le recevoir. C'était vraiment une injure sanglante pour un homme de gaufres que de se voir claquer la porte au nez de cette façon et il mettait longtemps à s'en remettre. Mais c'était vraiment rarissime, tant les jeunes gens se donnaient du mal pour établir leur liste.

" Mais, où sont les neiges d'antan ? "

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J
A choisir, peut-être vaut-il mieux parler du « Bal des Gaufres » que du « Bal des Beaufs »... comme parfois en politique.
« On ne plaisantait pas avec la sagesse des filles, en ce temps là ! » : je ne sais pas trop quand notre chère Marie Houillon a écrit ces anecdotes mais le téléfilm "La petite femelle" (sur un fait survenu en 1951 mais avec des racines remontant à l'Occupation) programmé hier soir sur france.3 pourrait - pour partie - le démontrer.
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