Massacre à l'église par Marie Houillon

par LES VOIVRES 88240  -  21 Décembre 2020, 03:47  -  #Qu'il est beau mon village

Massacre à l'église par Marie Houillon

L'église des Voivres s'enorgueillissait de posséder un splendide lustre en cristal, qui lui avait été offert par l'Impératrice Eugénie, épouse de Napoléon III. Ces altesses impériales venaient aux eaux à Plombières-les-Bains et, comme elles étaient amies avec l'Abbé Daubié, curé de la paroisse des Voivres, elles ne manquaient pas de lui rendre visite, se montrant généreuses pour les lieux de culte.

Mais, au début du 20ème siècle, notre village a été, comme beaucoup d'autres, profondément divisé par les querelles État contre Église et Église contre État.

Chacun réagissant selon son tempérament et ses capacités intellectuelles, on s'insultait sans retenue, on ne s'adressait plus la parole. C'était une ambiance explosive s'il en fut, et il suffisait d'un rien pour mettre le feu aux poudres.
C'est bien ce qui arriva, un dimanche de février, en 1909.

Il y avait, à la Basse des Orges, une famille très honorable, mais dont l'un des fils était débile léger, les Chassard*. Ce grand garçon, dans la vingtaine, taillé en athlète, n'aurait pas fait de mal à une mouche en temps ordinaire, mais l'alcool le rendait fou. Aussi ses parents le surveillaient-ils comme un enfant. Mais ce dimanche de février 1909, il alla aux Voivres avec ses copains et se retrouva au bistrot avec eux. Certains esprits forts (et bornés) trouvèrent fort amusant de le faire boire, tout en l'excitant du geste et de la parole : l'église était trop riche, il fallait détruire tout ce qui s'y trouvait, c'était un devoir, une nécessité...

Le pauvre Edmond, le cerveau complètement brouillé par l'alcool, était prêt à faire n'importe quoi. Comme un fou, il se précipita dans l'église, saisit la croix de procession et, s'en servant comme d'une massue, saccagea les statues sur leur piédestal, les vitraux et surtout le beau lustre en cristal donné par l'Impératrice Eugénie. Littéralement, dans un état second, il recevait des éclats de cristal sans paraître rien sentir, alors qu'il saignait de partout. Le curé de l'époque, l'abbé Plumerel, aidé de plusieurs hommes du village, eut toutes les peines du monde à le maîtriser et à l'emmener.

On prévint ses parents et la gendarmerie.

Monsieur Chassard (Bastien), le père, était effondré devant le massacre. Il disait à son fils, redevenu doux comme un mouton :

" Té viré en prijon, Mondmond, vé.  "

( Tu iras en prison, Mondmond, va. "

Et ce grand enfant de Mondmond de lui répondre :

" Té viré dvo lmi, neum ? "

" Tu viendras avec moi, hein.)

L'affaire passa en justice, il le fallait. Mais Edmond ne fut pas condamné, compte tenu de son état mental. Il fut rendu à ses parents qui l'emmurèrent littéralement dans une pièce aménagée spécialement à cet effet, pendant des années.

La famille paya toutes les réparations utiles mais on ne put rien faire pour le lustre en cristal, trop abîmé qui dut être remplacé par un luminaire plus modeste. Beaucoup de familles des Voivres ont conservé longtemps des pendeloques de cristal, en souvenir.

Quand aux mauvais génies du pauvre Mondmond, ils firent, évidemment, tout leur possible pour se faire oublier. L'injustice est de tous temps. La sottise également. Mais il est troublant de constater que ces mauvais conseillers moururent de mort violente, par suicide.

*En fait il s'agissait des Bastien.

La famille fit construire une petite maison attenant à l’habitation principale. Elle comporte sur deux étages deux pièces de 25 m² carrés environ. Edmond n'y fut pas emmuré pendant des années mais seulement enfermé quand il avait des crises. Autrement il pouvait sortir. Ma mère racontait souvent que, quand elle allait laver son linge à la fontaine des Bastien, en face de chez eux, il venait là. Elle avait peur de ses yeux qui n'exprimaient rien. Elle a toujours été persuadé que si ma sœur a eu dès sa naissance une très mauvaise vue, c'était parce que son regard l'avait marqué.

Mes parents ont racheté la maison à l'héritier des Bastien, Pierre Sartori, en 1956. Il y a toujours dans le grenier une statue de Saint Joseph portant l'enfant Jésus, dont la seule mutilation est un doigt cassé. Les Bastien l'avait récupérée après l'avoir remplacée. Ils n'avaient pas voulu écouter l'abbé Plumerel qui leur conseillait de la briser et de l'enterrer. Il est vrai que celui-ci était réputé pour ne pas y aller par 4 chemins.

D'après mes grands-parents, le fils du maire de l'époque, Grandgury Nicolas, élu de 1908 à 1912, aurait fait partie des mauvais conseillers d'Edmond. Ce serait aussi pour cette raison que l'affaire fut étouffée et que Marie Houillon parle d'injustice.

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M
Je n'avais jamais entendu de ce saccage à l'église du village. J'ai, cependant, assisté aux cours de catéchisme dispensés par l'abbé Plumerel, dernier prêtre à avoir résidé dans le presbytère local, je ne me souviens pas qu'il nous ait relaté ce qui c'était passé en cette église, pas plus que ma grand mère maternelle, " la mère Piraut" propriétaire du café-épicerie à l'époque, à qui je posais beaucoup de questions sur sa vie de "cafetière" ne m'a jamais parlé de cet incident.
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L
L'affaire a du être étouffée. Par contre mes grands-parents et mes parents en parlaient souvent. Il est vrai qu'ils étaient voisins des Bastien.