Les aînés sont gâtés

par LES VOIVRES 88240  -  12 Décembre 2020, 03:02  -  #Municipalité

Les aînés sont gâtésLes aînés sont gâtés

"T'es là, Bernard ! "

Assis devant l'ordi, je sursaute, me demandant qui peut venir me rendre visite, ce vendredi à 11 heures du matin. C'est l'adjoint à la mairie, Michel Houillon, arrivant avec un grand sourire qui me tend le panier garni préparé pour les aînés. Comme l'avait annoncé dans son article, la conseillère municipale, Geneviève Marmiesse, il s'agit, en fait de panier, d'un beau sac en toile blanche, bordé d'un liseré rouge et décoré de la mention " J'aime Les Voivres " entourée d'un cœur.

Un message de sympathie signé du maire et de l'équipe du CCAS l'accompagne.

Traditionnellement, ces paniers garnis étaient destinés avant tout aux aînés qui ne pouvaient pas se déplacer. Tous les ayants-droits* autonomes étaient invités par la municipalité à participer au repas annuel. Celui-ci se tenait soit au restaurant Étienne, soit à la Guinguette pendant la brève période où elle ouvrit. Cela faisait rager Fernand qui considérait, à juste titre, que sa cuisine, sans doute moins exotique que celle de la Mère Guinguette, était cependant d'un bien meilleur rapport qualité-prix. Certains préféraient cependant ne pas y aller, calculant que pour la valeur d'un repas au restaurant, le colis offert durerait plus longtemps. D'autres, ne voulaient tout simplement pas se déplacer.

C'était le cas de ma grand-mère maternelle, Marie Étienne. Cette très brave femme, jugeait que dans le monde il y avait deux catégories de personnes : les Étienne et les autres. Pour elle, la seule chose qui comptait, c'était que sa famille se comporte correctement en toutes circonstances. Je ne pense pas qu'elle soit allée une seule fois à ce repas.

Mes grands-parents paternels, Georges et Jeanne, n'étaient pas de cet avis et se faisaient au contraire une joie d'y assister. Ils ne restaient cependant pas jusqu'à la fin, contrairement à ceux qui participaient à des tournois de belote après le repas, mais rentraient cependant assez tard en général.

Mon grand-père décéda en 1981

Jeanne y alla pour la dernière fois le dimanche 10 janvier 1982*, accompagnée par ma mère qui était alors conseillère municipale. Comme elle avait beaucoup de mal à marcher, nous l'avions chargée, installée dans son fauteuil roulant, à l'arrière de la R4 Fourgonnette de mon père qui les conduisit en fin de matinée à la salle des fêtes de la mairie où cette année, le repas avait lieu.

Depuis la mi-journée, une pluie verglaçante tombait et au fil des heures la couche de glace s'épaississait, recouvrant les champs et la route, chargeant les arbres.

Sur les toits, elle s’infiltrait à la base des tuiles, les soulevant de plus en plus en plus et provoquant de multiples gouttières.

A l'heure convenue, je suis allé rejoindre mon père qui avait fait la traite seul et nous partîmes rechercher la grand-mère. Ma mère, en tant que conseillère municipale, devait rester jusqu'à ce que les derniers invités soient partis.

Ce fut déjà toute une aventure pour rejoindre Les Voivres. La R4 se comportait vaillamment mais n'étant pas équipée de pneus clous, elle ne pouvait faire de miracles. Mon père réussit cependant à s'arrêter devant les escaliers de la mairie par où il fallait descendre la grand-mère sur son fauteuil. Apparemment personne dans la salle ne sembla trop se soucier de nos remarques sur l'état des routes :

"Ah oui, ça glisse. Dix de der. A moi la main. "

Il fallut remonter un bon bout la route de Bains les Bains avant de faire demi-tour, afin d'avoir l'élan nécessaire pour ne pas patiner dans la montée de Les Voivres.

Mon père jugea ensuite plus prudent de prendre par le Chaudiron pour regagner La Basse des Orges. Descendre la côte y conduisant aurait été du suicide.

Tout allait pour le mieux quand, arrivé au petit bosquet avant le carrefour en patte d'oie qui menait sur la droite à Gremifontaine et sur la gauche à la maison, mon père du s'arrêter. Un arbre était couché en travers de la route.

Je partis aussitôt demander du secours à cent mètres de là, chez Bernard Houillon. Il avait déjà à l'époque un  tracteur 4 roues motrices assez puissant. Il fallut malheureusement l'attendre. Il était parti aider son frère, victime lui aussi du verglas.

Pendant ce temps qui me parut interminable, j'entendais régulièrement de grands fracas. C'étaient d'autres arbres qui, surchargés par la glace, déracinaient l'un après l'autre. Je me disais que j'allais retrouver grand-mère aplatie comme une crêpe.

Quand avec Bernard, nous arrivâmes près de la voiture, celle-ci était encadrée par une dizaine d'arbres qui heureusement n'avaient pas touché la carrosserie.

Nous nous mîmes aussitôt au travail. Mon père et moi tronçonnant les arbres, principalement des bouleaux, et Bernard dégageant la route avec son chargeur frontal. Pour plus de sécurité, il nous accompagna jusqu'à la maison.

La grand-mère n'avait rien vu, ni entendu. Elle somnolait paisiblement quand nous la déchargeâmes.

Pour les joyeux drilles qui étaient restés tard dans la nuit à la mairie, jouant aux cartes et mangeant la soupe à l'oignon, le retour fut pire encore. Cette petite retraite de Russie marqua les esprits. A l'avenir, sur décision de la municipalité, le repas des aînés sera organisé beaucoup plus tôt, généralement au mois d'octobre. Au moins, maintenant tout le monde est sûr qu'il n'y aura pas de routes impraticables.

 

*L'orthographe de la langue française s'est comme les décisions du gouvernement. Si tu ne sais pas, tu ne peux pas deviner.
Au pluriel, le substantif « ayant droit » fait « ayants droit », sans « s » à « droit ».  Il faut écrire : Prenez contact avec les ayants droit si vous souhaitez utiliser cette photo. « Ayant », bien que participe présent, prend la marque du pluriel dans les substantifs « ayant droit » et « ayant cause ».
La marque du pluriel au premier élément est une trace de l'ancien usage, dans lequel le participe présent s'accordait en genre et en nombre.
*10-01-1982 : une "tempête de verglas" a paralysé le quart nord-ouest de la France. Les déplacements ont été impossibles, en véhicule tout comme à pied. 500.000 personnes ont été privées d'électricité.
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jean7288 12/12/2020 09:55

Je vais voir si, à La Flèche, nous serons aussi gâtés qu'aux Voivres. A chaque début d'année nous avions un spectacle, parfois aussi agréable pour les yeux que pour les oreilles et une remise d'un petit cadeau. Avec cette pandémie, je ne sais pas ce que la Municipalité a prévu... ou pas.

A moins que ce ne soit pas cette grand-mère-là, heureusement que les arbres ne l'ont pas « aplatie comme une crêpe » sinon ni vous ni nous par la même occasion aurions bénéficié de ses maximes pleines de bon sens comme la dernière citée " En attendant le foin, le veau crève.";

J'aime bien aussi la formule extrêmement concise mais probablement très juste concernant la seconde grand-mère : « les Étienne et les autres ».

J'ajouterai deux petites remarques :
- il me semble que votre belle leçon d'orthographe est mise à mal par ce que vous écrivez à la 10ème ligne « tous les ayants-droits* autonomes »
- voilà deux fois à peu d'intervalle que "ma réponse au commentaire du commentaire" (Trafalgar et place des personnes prioritaires) ne passe pas... mais ce n'est pas grave, il y a pire dans la vie.

LES VOIVRES 88240 12/12/2020 10:45

Oui, c'était elle qui disait cela.
J'avoue que j'ai du mal à écrire sur l'ordi.
Je voyais ce matin qu'à Saint Dié, c'est seulement à 80 ans qu'ils donnent un panier garni. Il y a beaucoup moins de bénéficiaires (174) qu'à Les Voivres ( 65) à proportion.