Reconfinement, le gouvernement peine à faire comprendre ses choix Analyse

par LES VOIVRES 88240  -  5 Novembre 2020, 03:19  -  #Covid-19, #maire, #santé

En bute à la grogne des commerçants et empêtré dans des polémiques depuis le reconfinement, le gouvernement est poussé à faire plus de pédagogie.

Reconfinement, le gouvernement peine à faire comprendre ses choix  Analyse
  •  « Il y aura de la contestation, mais elle sera moindre que si on l’avait fait un mois plus tôt », prédisait à La Croix un député de la majorité, quelques heures avant l’annonce du reconfinement par Emmanuel Macron. Une semaine plus tard, la contestation semble pourtant dépasser ces prévisions. À la colère des commerçants contraints de fermer boutique à deux mois de Noël, s’est ajoutée la fronde de certains maires, qui ont pris des arrêtés permettant d’ouvrir les magasins dans leurs communes.

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  • Pour clore la polémique, le premier ministre Jean Castex a annoncé, dimanche 1er novembre, la fermeture des rayons « non essentiels » des grandes surfaces, dans un souci d’équité avec les commerçants spécialisés. Mais le gouvernement a récolté en retour un débat sur le caractère « essentiel » ou non des différents produits. Mardi 3 octobre matin, l’imbroglio sur le retour d’un couvre-feu en Île-de-France, annoncé par le porte-parole du gouvernement et démenti dans l’heure par Matignon, a achevé de donner l’image d’un exécutif dépassé.  

  • Incompréhension des petits commerçants

    « Le gouvernement s’est planté », assène Michel Fournier, maire des Voivres ( Vosges) et vice-président de l’Association des maires ruraux de France. En particulier sur les librairies. « Tout est parti de là, estime l’élu, parce que le livre est le symbole de la culture par excellence. Depuis, ils courent derrière (les polémiques) ! » Pour l’édile jurassien, « ce qui est mal vécu, c’est que les petits commerçants se sont adaptés et ont respecté les gestes barrières, donc ils ne comprennent pas qu’on dise qu’on risque la contagion chez eux. Et on pourrait entendre que le but est de limiter les déplacements, sauf que les gens vont se rendre en masse dans les grandes surfaces. »

  • Dans la majorité, la condamnation est unanime : ces maires, et l’opposition qui les soutient, sont « irresponsables ». Ce qui n’empêche pas certains députés de regretter « un manque apparent d’anticipation et de discernement » du gouvernement. « Il y a peut-être un défaut de pédagogie, concède le député LREM de l’Hérault Jean-François Eliaou. Par exemple, personne n’a dit que si on fermait les librairies, c’était en grande partie parce que les gens touchent les livres, les feuillettent, puis les remettent dans les rayonnages, et que cela peut être vecteur de contamination. Les coiffeurs à domicile, c’est pareil », insiste l’élu, médecin immunologiste, en référence à une autre activité dont l’interdiction a fait polémique.

    Quant aux commerçants inquiets, « il faut leur expliquer qu’un confinement strict maintenant est le seul moyen pour espérer rouvrir début décembre ». À plus long terme, pour le député, ces commerces doivent « se transformer » en généralisant le « click and collect », seul moyen selon lui de lutter contre les géants du commerce en ligne, grands gagnants du confinement.

    Défaut de pédagogie

    Le message sur cette nécessaire pédagogie a été passé par les députés à Jean Castex en réunion de groupe, mardi 3 novembre. Selon nos informations, le premier ministre aurait reconnu que l’expression « produits essentiels » n’était pas adaptée, et qu’il faudrait lui préférer celle de « produits de première nécessité ».

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    Après sa prise de parole sur TF1 dimanche 1er octobre, il réfléchirait à d’autres interventions médiatiques pour expliquer ses décisions. Car au-delà des commerçants, ce reconfinement apparaît moins bien accepté par la population qu’au printemps. « Il y avait sans doute la première fois un effet de sidération qui n’est plus là », estime la députée LREM du Val-d’Oise Fiona Lazaar. « Mais la saisonnalité, avec l’approche des fêtes de fin d’année, joue évidemment beaucoup », poursuit l’élue, qui s’étonne aussi qu’on « parle peu de la surcharge des hôpitaux et des services de réanimation ». « Les gens ont beaucoup moins peur de ce virus, et on n’a pas su faire monter la préoccupation autour de la situation sanitaire », concède un conseiller de l’exécutif, qui prédit des « changements dans la communication gouvernementale » ces prochains jours.

  • Les difficultés du gouvernement interrogent pour l’avenir, alors que certains députés poussent déjà pour un durcissement des restrictions. En cas de prolongement du confinement, de perturbation des vacances de Noël ou de troisième vague, l’exécutif saura-t-il faire comprendre ses choix ? « L’anticipation politique dans cette crise est très compliquée, reconnaît Jean-François Eliaou. Les mesures d’urgence sont déjà impopulaires, comment faire accepter des décisions pour l’avenir ? » Même le maire Michel Fournier, pourtant critique, l’admet : « Je ne voudrais pas être à la place des décideurs. » 

  • Le conseil scientifique redemande un comité citoyen

    Le conseil scientifique conclut son avis du 28 octobre 2020 par la nécessité d’associer les citoyens aux décisions contraignantes liées à la crise sanitaire, afin de rendre celles-ci plus acceptables. « Il faut rappeler qu’a été demandée à plusieurs reprises par le Conseil scientifique la création d’un “Comité de liaison citoyen” dans des modalités à définir. Il n’est pas trop tard pour le mettre en place. (…) Le Conseil scientifique est également sensible aux difficultés d’adhésion aux mesures de restriction par une partie de nos concitoyens, notamment lorsqu’ils en subissent directement les effets ou qu’ils en mettent en doute la logique, la cohérence, ou la portée.

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