La pêche à la grenouille par Marie Houillon

par LES VOIVRES 88240  -  6 Novembre 2020, 05:43

Au bord du Ru Migaille

Au bord du Ru Migaille

Au cours des années 30, la pêche à la grenouille faisait fureur aux Voivres. c'est vrai que ça se vendait bien, et puis aussi, c'est délicieux une omelette aux cuisses de grenouilles.
C'était surtout au Moulin des Voivres, qu'on en pêchait, dans le Ru Migaille. mais c'était une pêche d'un genre spécial : à la nuit noire, munis de lanternes ou de lampes de poche allumées, on attrapait à la main les grenouilles attirées par la lumière et on les fourrait illico dans un sac que tenait un compère et qu'il fallait vite refermer. Il y fallait beaucoup d’adresse et de vivacité. Et il arrivait qu'on attrape un crapaud, ce qui ne faisait pas l'affaire !

Mais pourquoi la nuit, direz vous ? Eh ! Parce que c'était défendu de pêcher ainsi à la main. C'était un délit de braconnage. On ne parlait pas encore, à l’époque, d'espèces protégées, mais il y avait un peu de cela quand même.

Alors les gendarmes avaient ordre d'effectuer des rondes nocturnes et de verbaliser sans pitié toute personne surprise en train de pêcher la grenouille.

Bien sûr, on y allait à plusieurs, parfois en bande et on postait des guetteurs qui devaient donner l'alerte dès l'arrivée d'une visière de képi. Cela pimentait la chose. Le fruit défendu... vous connaissez ?

Là, nous retrouvons l'ami Jean qui avait si bien organisé la braderie des ustensiles au Tétin?

L’ami Jean donc, avait quitté le village pour s'engager dans la Garde Républicaine. Mais il y revenait en permission, chez sa mère, et il retrouvait avec joie le pays et ses copains.

Un beau soir, il avait passé la soirée chez son oncle Marcel et remontait se coucher chez sa mère quand il constata une agitation de fourmilière autour du Ru Migaille :

" Ah ! se dit-il. Des pêcheurs de grenouilles ! On va rigoler un peu ! "

Sortant de sa poche son sifflet à roulette, il s'en servit avec vigueur, entrecoupant les coups de sifflet par...des coups de gueule :

"Ah ! mes gaillards ! Ah ! je vous y prends ! Gare au procès ! "

Évidemment la réaction ne pouvait être qu'une pagaïe monstre ! Tout le monde courait se cacher, éteignant lanternes et loupiotes, trébuchant, se heurtant. Il y eut même quelques " ploufs " suspects.

Et, dans la cour de l'oncle Marcel, l'ami Jean s'étranglait de rire ! On peut même dire qu'il en riait aux larmes, car il ne vit pas devant lui, les brancards d'une voiture à foin (la limonière, comme on l'appelait) et... vlan ! Il s'y heurta de plein fouet ! Justice immanente !

" J'avais la gu...eule en sang, racontait-t-il plus tard. Mais ça ne fait rien, qu'est ce que j'ai rigolé ! "

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
J
A la différence des grenouilles en surface, je me demande si mon commentaire d'hier n'a pas rejoint la nuit noire d'un étang ou le fond d'un ruisseau, attendant que la lumière du modérateur le tire de là.
Répondre
J
J'ai bien connu Jean Chassard et son épouse Marie pour avoir passé beaucoup de moments avec Michel (sans nouvelles) dans leur maison au-dessus de la côte du Moulin des Voivres.

« des ustensiles », outre ceux du Tétin, il en a manipulé énormément puisque, si mes souvenirs sont bons, il s'était installé, dans une petite annexe, un atelier où il confectionnait ou plutôt s'occupait de la finition (polissage, etc.) de couverts, sans doute pour une usine du secteur.

S'agissant de la pêche à la grenouille et pour ce qui me concerne, c'était au chiffon rouge, fixé au fil d'un bâton, dans ce qu'était autrefois l'étang de mes parents mais qui me semble à sec depuis longtemps. Ma collecte, bien inférieure à celle de notre "Méhariste" préféré, était alors immédiatement traitée par ma regrettée mère.
Répondre
L
Effectivement je n'arrivais à afficher cet article.
M
C'était au printemps, en soirée, pendant la guerre, que nous allions ramasser les grenouilles à l'aide de lampes à carbure dans le ruisseau de l'étang de Georges Ory au Grand Bois, je dis bien ramasser car il suffisait de se baisser pour qu'elles atterrissent dans le sac en toile de jute porté en bandoulière. Mais que faisait-on des sept cents grenouilles, collecte de la soirée, nous en avions l'écoulement, il fallait les acheminer, à bicyclette à Epinal dans une poissonnerie du centre ville. Il faut dire qu'il y avait de la concurrence sur le bord du ruisseau "Ah c'est toi Roger" , plus loin c'était Paul, c'était Robert et puis des inconnus.
Répondre