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LES VOIVRES 88240

Quand le Val de Vôge a décidé qu'il ne voulait pas mourir

On brade ! On brade ! par Marie Houillon

On brade ! On brade ! par Marie Houillon

Au Moulin des Voivres tout le monde connaissait bien Célestin Raimont ( le Tétin comme on disait ). C’était la crème des hommes, que ce grand flandrin. la Ninie sa femme, toute courte et ronde, n'aurait pas fait de mal à une mouche. Mais ils avaient un gros défaut, tous les deux, ils n'avaient aucun ordre. La ferme était un véritable caravansérail Tout y trainait de bric et de broc. Les instruments aratoires étaient éparpillés autour du bâtiment, une herse à droite, la charrue à gauche. Comme on disait chez nous :

"-Une vache n'y aurait pas retrouvé son veau, même en gueulant ! ".

Et, ce qui aggravait leur cas, ils ne voyaient aucune malice à encombrer les champs des voisins avec leurs machines. C'était tout naturel !

Quelqu'un qui n'était pas du tout de leur avis, c'était Jean Chassard, leur voisin le plus proche. Très méticuleux, très soigné, il en avait vraiment par dessus la tête du sans-gêne de la famille Raimont.

Comme il avait une vingtaine d'années, une intelligence développée et beaucoup de copains au village, il décida de monter un coup fumant, pour apprendre l'ordre au Tétin !

Une nuit, alors que les Raimont dormaient du sommeil du juste, une animation insolite régnait autour de la ferme.

Déménagés par une bande de costauds, joyaux lurons, tous les instruments aratoires prenaient le chemin de la place du village, devant le café : pioches, crochets, un canadien auquel la bande de loustic avait accroché de vieilles casseroles, se retrouvaient étalés sur un périmètre déterminé, signalés par une pancarte bien léchée ( l'ami Jean dessinait et peignait à ravir) et cette pancarte annonçait une " Grand Braderie"- Affaires à saisir-S'adresser à Célestin, rue du Moulin.

Au matin, le spectacle ne manquait pas d'admirateurs, au centre du village et l'on s'esclaffait sans retenue, une fois les explications entendues.

Mais au Moulin des Voivres, Célestin et Nini criaient "Au voleur ! ", ne retrouvant plus rien autour de chez eux ! Et l'ami Jean, pince-sans rire comme pas deux, compatissait à leurs tourments et faisait mine de les aider à chercher les outils manquants !

"-Non, mais regardez donc Célestin, dans le cerisier, c'est pas votre herse, des fois ? "

C'était bien une herse du Tétin et elle n'était pas montée toute seule en haut du cerisier, vingt bois !. Le pauvre homme s'étranglait de colère, commençant à saisir le scénario ! Mais où étaient passés les autres instruments ?

C'est alors qu'un comparse, passant comme par hasard sur le chemin, parla de la " Grande Braderie " qui se déroulait au village. Célestin marchait calmement d'habitude. Mais là, il vola littéralement sur le chemin du Moulin des Voivres ! Arrivé devant le café, il reconnut, évidemment, tous les objets proposés aux clients éventuels :

"-Mais c'est à moi ! C'est les miens ! Ils sont pas à vendre ! ".

Le pauvre homme ne savait plus à quels saints se vouer ! D'autant plus qu'une commère venait de lui signaler les noms des coupables.

Mais tout s'arrangea finalement ! On n'est pas des sauvages, quoi ? L'équipe de joyeux lurons redescendit à la ferme tout le matériel exposé, non sans commentaires, du genre :

"-Ben voyez, Célestin, si ça avait rangé dans votre grange, personne n'y aurait touché ; ".

On prétend que la leçon ne porta pas vraiment beaucoup de fruits et que le " foutoir à Tétin  ", s'il diminua une peu, ne disparut jamais tout à fait. La force de l'habitude ! Mais on avait bien rigolé quand même, dans le secteur !

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M
Pour labourer notre jardin, Célestin ne demandait pas mieux, pas d'argent mais en contre partie, il demandait la présence des gamins à la ferme. Bien entendu, en tant qu'aîné de la famille, j'étais tout désigné pour aider Ninie aux travaux de la ferme, préparer et porter la pâtée aux cochons dans la porcherie juste en face la ferme, cochons mal nourris puisque quand Célestin tuait pour constituer la réserve d'hiver, il salait les morceaux dans un saladier (sic). Ce qui me répugnait c'était au moment du déjeuner, les poules nous accompagnaient sur la table, pour Célestin et Ninie, c'était dans les normes, les poules faisaient partie de la famille.
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J
Plus tard, car pour que Jean Chassard ait 20 ans elle doit remonter à loin, le "petit homme" que j'étais ne voyait pas les choses tout à fait comme çà mais c'est une savoureuse histoire.<br /> En fait deux histoires contées par Marie Houillon et par Pierre Broggini que je salue et qui doit être retranché dans son fief pour cause de Covid.
L
Effectivement cela correspond à la description de Marie Houillon.