Le tocsin par Marie Houillon-suite

par LES VOIVRES 88240  -  28 Septembre 2020, 03:07  -  #Qu'il est beau mon village

Le tocsin par Marie Houillon-suite

Pour Camille Moine, on n'a pas eu droit au grand déploiement des forces de l'ordre, mais à une véritable mystification.

Camille était une brave commerçante qui vendait un peu de tout dans sa maison située en bas de l'église. On allait y chercher le pain, le sel, le fil, le pétrole. Pour nous les gosses, il y avait toujours un bonbon dans un papier, en plus des commissions des parents.

Et Camille, elle aussi, décide de se remarier. Bien sûr les jeunes et moins jeunes du quartier organisent le tocsin.

Installés dans la cour de l'église, ils martèlent casseroles et lessiveuses avec ardeur. Pas de réaction chez Camille, aucune lumière, aucun signe de vie.

"-Enfin dit une dame qui se trouvait là avec ses deux grands fils, elle était pourtant chez elle tout à l'heure. Recommencez encore un coup. Cela la fera peut-être sortir. "

Et l'on remet ça vigoureusement. Sans plus de succès. Tout est noir et silencieux chez Camille.

Que reste-t-il d'autre à faire que de rentrer chacun chez soi en remâchant sa déception ? C'est ce que chacun fit.

C'est alors que derrière le monument aux morts, dans la cour de l'église, une ombre bouge en s’esclaffant tout bas : notre brave Camille ayant eu vent des projets du quartier, était venue se cacher derrière la stèle, à la nuit. Elle avait assisté, dans le dos des exécutants, au tocsin donné en son honneur, et entendu les réflexions qui l'accompagnaient. Au cours des jours suivants, plusieurs clientes et clients de Camillle eurent droit, de sa part, à des sous-entendus, des piques et se demandèrent comment elle pouvait savoir tant de choses ! Elle ne raconta qu'après son remariage la façon dont elle s'y était prise pour rouler le quartier dans la farine.

 

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