En longeant le canal des Vosges

par LES VOIVRES 88240  -  8 Juin 2020, 06:57  -  #Qu'il est beau mon village

En longeant le canal des Vosges

Le canal de l'Est est un ouvrage français qui relie la Meuse et la Moselle à la Saône. Il commence à Givet, en Champagne-Ardenne, se confond sur 20 kilomètres avec le canal de la Marne au Rhin lors de la traversée de la Lorraine et se termine à Corre en Haute-Saône. Construit entre 1874 et 1882, sa longueur totale est de 439 kilomètres. Les travaux furent très rapides. Ce fut pourtant le dernier des grands ouvrages entièrement réalisés à la main.

La branche Sud, à partir de Neuves-Maisons est aussi dénommée canal des Vosges et compte 125 kilomètres dont 74 sont sur le territoire des Vosges. Les nouvelles dénominations datent de mars 2003. Il longe le cours moyen de la Moselle jusqu’à Golbey, puis franchit les Monts Faucilles, (derniers contreforts des Vosges) qui séparent la Lorraine de la Franche Comté.

Il atteint le seuil à Girancourt, à 361 m d’altitude où un bief de 11 km répartit les eaux entre les 14 biefs du versant Moselle et les 46 du versant Saône où il longe le Côney sur une grande partie de son cours.

Il est alimenté par le réservoir de Bouzey dont les eaux sont retenues par une digue en maçonnerie longue de 520 m, large à la base de 13.30 m et d’une hauteur de 22.70 m. Ce réservoir fut mis en service en 1884.

Il est rempli par l'eau de la Moselle acheminée depuis Saint-Etienne les Remiremont par un canal en partie souterrain.

Depuis quelques années le réservoir de Bouzey a du mal de tenir son office en raison des sécheresses à répétition que nous connaissons. La navigation doit alors être interrompue sur certains secteurs ou en totalité.

Le 20 mars 2019, à hauteur de Dinozé, un des trois siphons en fonte, situés en contrebas du canal d’alimentation, avait cédé, provoquant une énorme marée de boue et de cailloux au niveau de la rue de la Papeterie. L’incident avait ainsi causé l’arrêt de l’alimentation du réservoir de Bouzey. A cela s'ajouta un été très sec qui entraina la fermeture du canal dans la région.

Les travaux de réparation viennent de se finir. Le canal d’alimentation est de nouveau opérationnel depuis le 15 mai.

Le canal des Vosges était utilisé par des péniches de gabarit Freycinet. Le gabarit Freycinet est une norme européenne régissant la dimension des écluses de certains canaux, mise en place par une loi du programme de Charles de Freycinet datant du 5 août 1879.

La norme portait la dimension des sas d'écluse à 39 m de long pour 5,20 m de large, afin qu'elles soient franchissables par des péniches de 300 t ou 350 t avec 1,80/2,20 m de tirant d'eau.

En conséquence, les bateaux au gabarit Freycinet ne doivent pas dépasser 38,5 m sur 5,05 m. On parle ainsi de bateaux ou de péniches Freycinet. En France, 5 800 km de voies fluviales s'y conforment, et 23 % du trafic fluvial y transite. Les péniches dites "à grand gabarit" sont aujourd'hui typiquement de 2500 tonnes.

Concurrencé par la route et handicapé par l’impossibilité d'y faire circuler des péniches de gros gabarit, le canal des Vosges fut de moins en moins utilisé pour le transport des marchandises. Maintenant seuls des bateaux de plaisance l’utilisent sur cette partie.

J'ai eu une fois l'occasion de parler à des plaisanciers hollandais pendant qu'ils franchissaient l'écluse de La Forge d'Uzemain.
Parti de Tanger au Maroc, il avaient traversé la Méditerranée pour rejoindre Marseille. De là ils avaient remonté le Rhône puis la Saône jusque Corre  avant d'emprunter le canal des Vosges.

Pour les marcheurs et les cyclistes les randonnées sur le chemin de service sont toujours un enchantement avec l'eau, la verdure des champs et  celle des bois qui se reflètent dans les biefs.

Beaucoup de promeneurs se retrouvent là. Depuis les Voivres on peut le joindre en empruntant la route allant de La Grande Fosse à la Forge de Thunimont ou via La Colause et la passerelle  sur le Coney.

Les anciens piliers du pont qui servait à transporter les pierres extraites des carrières de Gandon et de La Colause on été rénovés pour supporter l'actuelle passerelle. Elle est ouverte aux promeneurs. Elle a une vocation essentiellement touristique pour les piétons et les cyclistes.

A la demande du maire, Michel Fournier, elle a été incluse dans l'Itinéraire du Patrimoine destiné aux randonneurs équipés de vélos de route.

 

Photos Geneviève Marmiesse
Photos Geneviève Marmiesse
Photos Geneviève Marmiesse
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Photos Geneviève Marmiesse
Photos Geneviève Marmiesse
Photos Geneviève Marmiesse
Photos Geneviève Marmiesse
Photos Geneviève Marmiesse

Photos Geneviève Marmiesse

 
 
Émile VERHAEREN
Le chaland
Sur l'arrière de son bateau,
Le batelier promène
Sa maison naine
Par les canaux.

Elle est joyeuse, et nette, et lisse,
Et glisse
Tranquillement sur le chemin des eaux.
Cloisons rouges et porte verte,
Et frais et blancs rideaux
Aux fenêtres ouvertes.

Et, sur le pont, une cage d'oiseau
Et deux baquets et un tonneau ;
Et le roquet qui vers les gens aboie,
Et dont l'écho renvoie
La colère vaine vers le bateau.

Le batelier promène
Sa maison naine
Sur les canaux
Qui font le tour de la Hollande,
Et de la Flandre et du Brabant.

Il a touché Dordrecht, Anvers et Gand,
Il a passé par Lierre et par Malines,
Et le voici qui s'en revient des landes
Violettes de la Campine.

Il transporte des cargaisons,
Par tas plus hauts que sa maison :
Sacs de pommes vertes et blondes,
Fèves et pois, choux et raiforts,
Et quelquefois des seigles d'or
Qui arrivent du bout du monde.

Il sait par coeur tous les pays
Que traversent l'Escaut, la Lys,
La Dyle et les Deux Nèthes ;
Il fredonne les petits airs de fête
Et les tatillonnes chansons
Qu'entrechoquent, en un tic-tac de sons,
Les carillons.

Quai du Miroir, quai du Refuge,
A Bruges ;
Quai des Bouchers et quai des Tisserands,
A Gand ;
Quai du Rempart de la Byloque,
Quai aux Sabots et quai aux Loques,
Quai des Carmes et quai des Récollets,
Il vous connaît.

Et Mons, Tournay, Condé et Valenciennes
L'ont vu passer, en se courbant le front,
Sous les arches anciennes
De leurs grands ponts ;
Et la Durme, à Tilrode, et la Dendre, à Termonde,
L'ont vu, la voile au clair, faire sa ronde
De l'un à l'autre bout des horizons.

Oh ! la mobilité des paysages,
Qui tous reflètent leurs visages
Autour de son chaland !
La pipe aux dents,
D'un coup de rein massif et lent,
Il manoeuvre son gouvernail oblique ;
Il s'imbibe de pluie, il s'imbibe de vent,
Et son bateau somnambulique
S'en va, le jour, la nuit,
Où son silence le conduit.
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