La Chapelle de Bonne Espérance

par LES VOIVRES 88240  -  1 Juin 2020, 03:15  -  #Eglise Chapelle

Un maître verrier (Mr Grandgeuri Gérard de Saint-Nabord ), puisant dans son stock de colorants et de matériaux a fait les nouveaux vitraux

Un maître verrier (Mr Grandgeuri Gérard de Saint-Nabord ), puisant dans son stock de colorants et de matériaux a fait les nouveaux vitraux

Il n'y aura donc pas de messe à la chapelle de Bonne Espérance ce lundi de Pentecôte comme c'était la tradition depuis 1993. A l'occasion du bicentenaire de Les Voivres l'église avait été consacrée ce jour là par Monseigneur Guillaume. De son vivant mon père s'occupait d'ouvrir la porte le matin et de la fermer le soir. Depuis elle reste ouverte toute l'année aux passants et aux fidèles. L'abondance des témoignages sur le livre d'or montre la place qu'elle tient dans le cœur de beaucoup de personnes.

On y trouve aussi bien la  prière d'une petite fille pour réussir à l'école que des remerciements de personnes qui ont retrouvé la santé et en sont gré à Notre Dame de Bonne Espérance.

Par quel espoir étaient portés les 4 habitants de Les Voivres qui ont décidé de la reconstruire, après qu'un arbre déraciné par l'orage en 1992 eut gravement endommagé l'édifice ? Je l'ai déjà dit, Bernard Thiéblemont, Pierre Sartori, Munier André et Roland Didier, n'étaient pas des pratiquants assidus. Bien sûr comme la plupart des habitants du village, ils étaient croyants.

Leur décision de restaurer cette chapelle était certainement motivée par une autre raison. Pour eux elle représentait sans doute une partie du patrimoine du village qu'il ne fallait pas perdre. Tous les ans la messe des Rogations et les vêpres l'après-midi de l'Ascension, avec la participation de ceux qui avaient fait le matin leur communion solennelle et toutes leurs familles, rythmaient la vie du village et faisaient partie des habitudes.

Depuis des années plus aucune célébration n’avait lieu mais ces cérémonies étaient encore présentes dans tous les esprits.

Et voilà qu'ils apprennent, après avoir vu la toiture de l'édifice enfoncée, que celui-ci n'avait pas été assuré par le curé de la Chapelle aux Bois qui en était le dernier propriétaire. La mairie accepte de financer les travaux à la condition de pouvoir l'acheter pour le franc symbolique.

Sans doute ont-ils un beau jour arrêté leurs tracteurs au détour d'un chemin de champs pour se parler quelques instants comme ils en avaient l'habitude. Un sujet en amenant un autre, ils ont certainement pris la décision de se porter volontaires pour aider à la restauration de la chapelle.

Celle-ci, malgré le manque d'argent au départ, ne serait pas une simple remise en état. Une chapelle abritant une cloche offerte par l'impératrice Eugénie méritait ce qu'il se faisait de mieux.

C'est ainsi qu'ils allèrent jusqu'au Val d'Ajol avec un tracteur chercher des laves offertes par un fermier. Les moellons des murs furent jointoyés. Pierre Sartori remplaça tous les anciens bancs passablement vermoulus par des neufs qu'il fabriqua lui même. Le tabernacle en bois de tilleul, fut rénové par un entreprise spécialisées, allemande si mes souvenirs sont bons. Dans leur élan ils entrainèrent  bénévoles et donateurs.

Le sculpteur sur pierre, Bernard Grandjean de Gremifontaine, offrit une fontaine. Un maître verrier, Mr Grandgeuri Gérard de Saint-Nabord, puisant dans son stock de colorants et de matériaux a fait les nouveaux vitraux ne se faisant payer que son travail. De nombreuses personnes de Les Voivres, mais aussi d'autres communes venaient régulièrement donner de l'argent et des coups de main.

Je me souviens de mon père et de ma mère écumant la région pour vendre les pin's créés à cette occasion afin de constituer une cagnotte.

Aujourd'hui, la pandémie de covid-19 a montré que l'espoir est une denrée rare. C'est surtout la peur qui domine. Peur de manquer mise en évidence par les achats compulsifs de produits faits par certains craignant quoi ? Ils ne le savaient sans doute pas bien eux-mêmes mais se disaient que quoi qu'il arrive, ils ne seraient pas à court.

Peur de mourir qui, si elle est normale et nous permet de ne pas faire d'imprudences qui mettraient notre vie en danger, ne doit pas devenir une phobie et conduire à paniquer dès qu'il y a le moindre danger.

Une fois mon grand-père était allé rendre visite à Gabriel Munier de Gremifontaine, alors malade. Cet ancien de la guerre de 14-18 était le père de François Munier et le beau-père de Daniélle, décédée les semaines dernières. Il ne se laissait pas facilement émouvoir. Avant le départ de son visiteur il lui dit, parlant de sa santé :

"-S'il faut ripper on rippera."

Les 4 bénévoles ayant activement participé à la rénovation de La Chapelle de Bonne Espérance ont donc rippé à leur tour. Mais aujourd'hui et pour de nombreuses années encore, celle-ci porte le témoignage de leur engagement.

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Mieux que le, supposé dans mon blog sur Loomji, « compte rendu qui sera vraisemblablement fait du fleurissement », voici donc un article que l'on pourrait intituler "éloge du bénévolat".
Et même s'il faut « riper » (que j'écris ainsi parce que plus conforme à la définition du dictionnaire), c'est réjouissant.
En 2017, je n'ai écrit sur le « livre d'or » ni prière ni remerciements mais témoigné de notre visite à cette jolie "Chapelotte", nichée « sur une colline dominant le hameau de la Grande Fosse », restaurée par nos quatre "Georgelin" vosgiens et dont je (re)parlerai dans un post, aidé en cela par la plaquette "1793 Les Voivres...1984", réalisée sous la direction de notre chère Marie Houillon et quelques documents relatifs au "Bicentenaire de Les Voivres", gentiment prêtés en 2016 par une de ses scénaristes.
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