Noces d'or

par LES VOIVRES 88240  -  29 Avril 2020, 11:43  -  #Société

Etienne et Nicole Munier au pique-nique des aînés ruraux 2019

Etienne et Nicole Munier au pique-nique des aînés ruraux 2019

Ayant appris sur Vosges Matin qu’Étienne et Nicole Munier de La Haye fêtaient leurs noces d'or, je tiens à les saluer. A cause du confinement, ils n'ont pu le faire en présence de leur famille et de leurs amis. C'est dommage mais ils auront certainement l'occasion de se retrouver tous dans quelques semaines.

Je les avais connus à l'époque où travaillant comme jardinier à la Chaîne Thermale du Soleil, Étienne avait décidé de cultiver du tabac pour compléter ses revenus et lui permettre de préparer son installation en polyculture-élevage. Il était horticulteur de formation et j'ai pu souvent bénéficier de ses conseils avisés. Je n'avais moi-même aucune connaissance théorique en agriculture, n'ayant pas fait d'études dans cette branche.

Il a rapidement monté un beau troupeau de vaches laitières et s'est agrandi régulièrement. Son fils a choisi de travailler avec lui sur l'exploitation.

Après l'arrêt de la culture du tabac, nos relations se sont espacées. Je  les ai seulement revus en allant couvrir le pique-nique des aînés ruraux sous l'Abridici, des animations à la médiathèque de La Haye et au centre de secours de Bains les Bains à l'occasion du repas de la Sainte Barbe. Ils étaient toujours aussi gentils et souriants.

A l'époque, dans les années 70-80, le travail d'agriculteur était très pénible physiquement. Il y avait beaucoup de charges à porter à l'os : sacs d'engrais, d'aliments pour bétail, de grains, balles de foin ou de paille, ensilage. Les fermes s'étaient déjà bien agrandies, ce qui amenait à travailler avec des tonnages importants mais la mécanisation n'était pas aussi poussée que maintenant. Il y avait peu de monte-charges, de fourches hydrauliques. Les grosses balles rondes ou carrées sont actuellement manipulées au Manitou et la nourriture distribuée avec des bennes.

Par contre il était relativement facile de s'installer à partir du moment où l'on avait un peu de terre ou si l'on en trouvait à en louer. Dans la Vôge il suffisait de cultiver 18 hectares pondérés* pour avoir droit à la dotation qui était alors de 80 000 francs pour la région et aux prêts Jeunes Agriculteurs. Il n'était pas nécessaire d'investir des sommes exorbitantes en matériel et bâtiments comme c'est le cas maintenant.

Aujourd'hui les tracteurs de 200 CV quatre roues motrices sont monnaie courante dans le Val de Vôge alors qu'il y a 40 ans on parlait seulement de 40 à 50 CV, deux roues motrices. Le robot trayeur remplace la machine à traire. Les investissements flirtent avec le million d'€ et le dépassent même allègrement quand une unité de méthanisation est installée. Actuellement 2 GAEC de Les Voivres voudraient se lancer dans ce projet, seuls ou associés avec une autre ferme.

Ils ont certainement du bien réfléchir à l'intérêt d'un tel investissement mais les sommes en jeu donnent le tournis. Ce printemps le chiffre d'affaire de beaucoup est en baisse à cause du confinement. Les laiteries ont trop de lait et demandent aux éleveurs de baisser leur production. La sécheresse qui sévit actuellement va réduire de moitié la production d'herbe. Les céréales d'hiver ont du mal de pousser et jaunissent alors qu'elles devraient épier en ce moment. Les premiers maïs semés attendent des pluies conséquentes pour lever. On peut craindre le pire. Les rares averses qui tombent s'évaporent aussitôt sans permettre de maintenir l'humidité nécessaire dans le sol.

Déjà l'an dernier beaucoup d'éleveurs avaient du acheter du fourrage ou de la paille pour compléter leurs stocks. Une autre récolte médiocre risque de mettre à mal leur trésorerie. Même si il ne fallait pas compter ses heures et si les vacances étaient rares, il était certainement beaucoup moins risqué financièrement que maintenant de s'installer comme agriculteur il y a 40 ou 50 ans.

* La référence  de la Mutualité Sociale Agricole était l'hectare de blé. La même surface en tabac comptait pour 12 hectares. J'ai donc pu m'installer avec 1,5 hectare de cette culture.

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Jean NOEL 29/04/2020 17:41

« jardinier à la Chaîne Thermale du Soleil » : voilà quelque chose que nous avons aussi en commun... même si cela s’appelait, à mon époque, l'Etablissement thermal.
Dans ma jeunesse, ce qui remonte à loin, j'ai gagné mon argent de poche pendant les grandes vacances de trois années successives, dans trois endroits différents. Dans l'ordre : à la Tréfilerie de Bains-les-Bains, à l'Etablissement thermal et enfin à la Maison Claudel à Uzemain.
Pour l'Etablissement thermal ce devait être vers 1963. J'y ai travaillé à la lingerie et aussi dans son parc comme jardinier "amateur", plutôt ramasseur de feuilles veillant à la propreté de ses espaces.

MEHARISTE 29/04/2020 14:14

J'ai connu une époque où le métier d'agriculteur était pénible puisque sans moyen de levage sinon la fourche pour monter les becquées de foin sur le perché. Charger un chariot de fumier demandait plus d'une heure et demie de travail à la fourche, ensuite, il y avait l'épandage sur les terres à labourer. Puis la Brabant double attelée à deux solides boeufs, pour labourer un terrain de deux jours il fallait plusieurs heures. Ces agriculteurs qui ont entretenu les terres pour les générations suivantes disparaissaient très tôt, en raison de l'usure de leur squelette.

LES VOIVRES 88240 29/04/2020 17:24

Tout était fait pour se tuer au travail. La galère pour ne pas perdre de foin, les sacs de blé et de potasse de 100 kg.