Quand le sucre vint à manquer

par LES VOIVRES 88240  -  20 Mars 2020, 03:06  -  #Société

Quand le sucre vint à manquer

Les réactions de certains acheteurs entassant dans leurs caddys les provisions pour se prémunir de quoi, on ne le sait, une éventuelle pénurie ou un confinement total empêchant quiconque de sortir de chez soi pour quelle raison que ce soit, eux mêmes ne le savent sans doute pas, ne date pas d'aujourd'hui. Les pompes à essences à sec dès la première intention de blocage des raffineries illustrent régulièrement ce fait. A la limite il suffirait qu'un industriel ou des commerces lancent le bruit qu'ils vont être en rupture de stock pour écouler tous leurs invendus en quelques heures.

C'est ce qui se passa en 1974 avec le sucre qui  avait fait cette année l'objet d'une spéculation boursière.

De 1 000 francs la tonne à Paris sur le marché libre, en octobre 1973, et de 100 livres la tonne à Londres, le prix du sucre monte vertigineusement pour atteindre, en novembre 1974, respectivement 8 000 francs et 650 livres sterling. Il souffle sur les Bourses de commerce, notamment à Paris, un vent de douce folie. Un climat de semi-pénurie est créé, il est vrai, par une série de facteurs défavorables et concomitants : dangereuse diminution des stocks face à une augmentation régulière de la consommation, très mauvaises conditions atmosphériques pour la récolte européenne de betteraves au seuil de l'hiver 1974-75, typhon dans les pays producteurs de canne à sucre, embargo décrété par la Pologne sur ses livraisons à l'exportation pour alimenter son marché intérieur, achats à prix record par les pays du Proche-Orient et du Moyen-Orient et, par-dessus le marché, affolement des ménagères qui, par endroits, se mettent à dévaliser les épiceries et à stocker.

Étant à l'époque étudiant à l'I.U.T. de Nancy, j'étais venu faire mes courses un beau jour au supermarché GRO situé à côté. Quelle ne fut pas ma surprise en arrivant au rayon sucre de m'apercevoir qu'une meute de chiens enragés avaient du se battre là avant de tout emporter. Tous les rayons étaient vides, sucre en morceau, en poudre, pour les confitures ou sucre de canne, tout avait été dévalisé. Le plus étrange résidait dans les nombreux paquets ou boites éventrés répandus sur le sol et témoignant de la violence de l'affrontement. L'artillerie lourde avait du donner. Les griffes et les ongles des honorables ménagères étaient de sortie. Et sans nul doute les invectives et insultes à faire rougir une harengère.

J'en fus donc réduit à ramasser une ou deux boites déchirées qui étaient encore malgré cela moitié pleines. Je ne sais plus si la caissière me factura ces débris.

Quelques jours plus tard, les spéculateurs s'en étant mis pleins les poches et ayant plumé tous les crédules pigeons qui avaient cru s'enrichir en achetant les titres Béghin-Say  et autres producteurs de sucre, il ne restait plus qu'à espérer pour ceux qui se réjouissaient d'avoir fait des stocks de ce produit que les fourmis ne se mettent pas dedans.

Plusieurs semaines plus tard paraissait sur Info 88, le journal de petites annonces vosgiennes celle-ci, rédigée soi-disant par un habitant de La Chapelle aux Bois :

" vends palette de sucre achetée pendant la crise"

Sans aucun doute ceci n'était qu'une mauvaise plaisanterie faite à cette personne.

Va t'on voir dans quelques mois sur les réseaux sociaux le même genre d'annonces :

"-Vend lot de farine presque pas charançonnée et de margarine à peine rance" ?

 

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J
Je trouve qu’avoir "accolé" mon message (attention, ce n'est qu'une hypothèse ! ) illustré par un dessin de Chaunu colle bien avec cet article sur le sucre. Je vous en remercie.
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