Passage à l'heure d'été

par LES VOIVRES 88240  -  31 Mars 2020, 03:35  -  #Société

Passage à l'heure d'été

Nous sommes donc passés à l'heure d'été. Façon de parler car avec la bise qui souffle de nouveau très fort, sans doute 70 km/heure, le froid est plus vif que ce que nous avons connu au mois de février les rares jours où il a gelé. De la neige est même annoncée à très basse altitude. L'heure d'été ne fait donc pas le printemps. Rappelons qu'en 76, la première année où cette fameuse heure d'été fut remise à l'honneur en France, il neigea fin avril et celle-ci couvrit le sol pendant 3 jours. Étant censée nous économiser les tonnes de pétrole que les fameux avions renifleurs ne pouvaient pas trouver (comment douter, après une arnaque de cette ampleur au niveau gouvernemental, que nos élus naviguent souvent dans le brouillard) pour mes parents elle rappelait surtout quelques mauvais souvenirs de la dernière guerre et les diktat des doryphores.

J'étais justement sous les drapeaux en 1976-77. Je faisais partie des troupes dites d'occupation et était basé au 601e régiment de circulation routière ( 601e RCR) à Achern à environ 20 km en face de Strasbourg. Sans doute pour nous compliquer les choses l'Allemagne n'avait pas voulu adopter de nouveau cette heure d'été. 
Je tenais des permanences d'une semaine à l'armurerie avec quelques autres engagés et, quand au printemps 1977 la France passa de nouveau en heure d'été, la situation devint assez confuse pour nous. En revenant à la caserne nous arrivions plus tôt que l'heure à laquelle le trains partait de Strasbourg. Bon, c'était simplement amusant mais les choses se compliquaient une fois sur place.

Nous n'étions pas, comme nos autres camarades qui dormaient en chambrées, avertis des divers déplacements par l'adjudant de semaine. Nous nous rendions par exemple un par un au réfectoire. Souvent le matin la même question se posait, principalement les premiers jours de retour de permission. A quelle heure notre montre était-elle réglée, française ou allemande ? Pour compliquer la situation nous écoutions tous des radios qui nous donnaient l'heure de Paris.

Régulièrement, l'un d'entre nous demandait :

-" Tu as l'heure. Tu est bien sûr que ce n'est pas celle d'été ? "

Malgré cela il nous arrivait de partir le matin une heure trop tôt pour le réfectoire ou d'arriver en retard à force de jongler avec l'heure entendue à la radio et l'heure allemande.

Pour le reste c'était la vie du troufion français avec pas mal de moments à ne rien faire car déjà à l'époque, selon les dire de nos supérieurs, les crédits faisaient défaut. Nous n'avions ainsi le droit pour nous entrainer au tir qu'à dix balles tous les deux mois. Paradoxalement avant les inventaires, pour ne pas risquer selon eux de se voir réduire leur dotation, toute l'essence en stock était gaspillée en faisant tourner sur place les moteurs des véhicules ou même en la brulant.

Ces véhicules étaient encore les bons vieux GMC qui usaient de 30 à 100 litres au cent km, des Unimog et des jeeps plus quelques Méharis un peu palotes quand il fallait faire du tout terrain. Juste de l'autre côté du grillage il y avait une caserne allemande. Les chemins que nous empruntions pour faire du cross traversaient leur terrain de manœuvre. Ils avaient des camions avec deux ponts indépendants et mobiles qui absorbaient toutes les obstacles. Quand nous courrions avec des baskets en toile et des survêtement informes, ils chaussaient des Adidas et avaient des survêtements de marque.

Il y avait le même écart d'équipement pour monter la garde. Nous avions droit à des MAS 36, très précis et fiables mais inutilisables car la culasse était soudée. Pour faire bon poids et bonne mesure, nos cartouchières étaient remplies de plaques de plomb. Nous avions heureusement l'arme qui permettait au fantassin français de remporter tous les combats, la baïonnette. Il y avait un téléphone de campagne à 2 ou 300 mètres de nous pour signaler l'approche d'un envahisseur. A l'époque la bande à Baader attaquait des armureries pour s'approvisionner et il nous semblait voir un terroriste derrière chaque arbre.

De l'autre côtés du grillage, les allemands montaient eux aussi la garde. Sauf qu'ils avaient chacun un chien, un pistolet mitrailleur avec des munitions bien réelles et un téléphone genre talkie walkie. On le voit, ils avaient perdus la guerre mais on ne jouait pas dans la même cour d'école. D’ailleurs eux ne jouait pas du tout. il fallait les voir défiler et manœuvrer pour s'en rendre compte. C'est là que l'expression comme un seul homme avait toute sa valeur.

Au 28-03 les chiffres de l'épidémie en Allemagne sont les suivants :

Nombre de cas Nouveaux cas Nombre de morts
56,202 +5,331 403

La mortalité est donc inférieure à 1%

Pour la France nous avions à la même date :

France 37,575 +4,611 2,314

Cela nous donne 6 % de mortalité. Même le fait que l'Allemagne pratique un grand nombre de dépistages qui permettent, contrairement à la France, de comptabiliser les malades légers n'explique pas à lui seul cette différence.

Bien sûr tout n'est pas parfait dans ce pays. Un grand nombre de salariés sont payés en-dessous du Smig. Beaucoup de personnes âgées vivent dans la misère avec des retraites très faibles. Il n'empêche que c'est toujours le pays de l'Organisation avec un grand H.

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Jean NOEL 31/03/2020 20:18

J'ai lu cet article avec intérêt - comme toujours - et je veux apporter quelques précisions : > en garnison à Offenburg (RFA) de 1966 à 1973, les « troupes dites d'occupation » avaient déjà été dissoutes et remplacées par les FFA, ce que je peux résumer par ce tableau :
26 juillet 1945 : Troupes d'occupation en Allemagne (TOA)
10 août 1949 : Forces françaises en Allemagne (FFA)
12 janvier 1989 : création de la brigade franco-allemande (BFA)
1er septembre 1993 : Forces françaises stationnées en Allemagne (FFSA)
Juillet 1999 : Forces françaises et l'élément civil stationnés en Allemagne (FFECSA)

> pour faire court, si je savais bien que le changement d’heure avait un effet néfaste sur la traite des vaches, c’est bien la première fois que j’apprends qu’il ait pu changer en quoi que ce soit la vie des armuriers qui avaient plutôt tendance, de mon temps, à se faire "le jus" dans la "zone vie" de leur armurerie.

> si je veux bien croire à la "sauvegarde" de la dotation en carburant pour en avoir entendu parler
sans jamais la constater, je suis plus réservé sur l’armement (MAS 49/56), les équipements, les véhicules (GBC sans doute), etc., puisque les régiments des FFA étaient censés être mieux lotis que ceux du territoire français. Nous avions été les premiers à être dotés, par exemple, de bottes grand-froid et autres casquettes fourrées.

> quant à « la vie du troufion français », je me suis toujours attaché, dans la mesure de mes petits moyens, à élever un peu plus le niveau des soldats que j’ai eu sous mes ordres (ce que certains ont reconnu en Allemagne ou ailleurs, y compris ceux des années 1970 saisis du fameux « malaise des Armées » et que l'on me confiait) par du soutien scolaire, des promotions en distinction et grade, des fonctions "adaptées" à leur niveau, de l'IEC pour des examens de permis de conduire. qu'ils pourraient transformer dans le civil.

Bref, c'était loin d'être parfait et, encore une fois, je ne veux pas défendre mordicus les Armées mais je répéterai sans cesse qu'elles sont aux ordres des dirigeant politiques (en cas de doute, demander à l'ex CEMA Pierre de Villiers) et qu'il n’est pas rare que de mauvais Chefs (mais il y en a aussi de compétents et valeureux) se retrouvent de part et d'autre du costume et de l'uniforme..

LES VOIVRES 88240 01/04/2020 07:36

Je n'ai rien exagéré. Nous étions vraiment l'armée Bourbaki.