Le temps des loups

par LES VOIVRES 88240  -  22 Mars 2020, 03:16  -  #Société

Le temps des loups

Au XIV e siècle, Les Voivres ne comptaient guère que 5 à 6 feux. La région avait certainement profité comme le reste de l'Europe, d'un climat particulièrement favorable à l'agriculture de l'an 1000 à 1300. Il avait permis de vaincre les famines, l'essor des nouvelles techniques en architecture ou dans le travail des métaux et amené un doublement de la population. Mais dans la région, les terrains beaucoup trop pauvres décourageaient bien des colons.

De plus la grande Peste Noire ravageant l'Europe jusqu'en 1352 avait stoppé cet élan. Un tiers de la population est décédée. A peine le temps d'oublier cela que la guerre de Trente Ans arrive avec son cortège de pillages, destructions, mises à mort.

Le chapitre de Bains les Bains réduit alors le cens (taxe sur les immeubles et les champs) pour encourager de nouveaux colons à s'installer. Petit à petit, malgré des terres si pauvres qu'elles permettaient de récolter au mieux trois fois la semence dans les bonnes années, la vie reprend.

En 1777 les paysans ne vivent qu'en vendant le peu d'avoine qu'ils font venir les deux années d'après le seigle, en graissant de quelques pommes de terre dont ils se privent, un cochon qu'ils vendent pour subvenir aux frais de première nécessité. Il y a encore des cochons en troupeau dans les champs. Il y a malheureusement dans la communauté de Bains les Bains, dont Les Voivres fait toujours partie à l'époque, 150 ménages où se pratique une abstinence continuelle tant est grande leur pauvreté.

Sans engrais chimiques, le foin est aigre plein de mousse et de jonc. Il ne permet pas de nourrir des chevaux de traits qui s'affaiblissent en 15 jours en le mangeant. Les cultures fourragères ne sont alors pas pratiquées contrairement à d'autres régions comme la Normandie ou en Angleterre. Les très petites surfaces sont exploitées en fermage par des paysans qui n'ont ni l'argent ni les connaissances pour adopter de nouvelles techniques.

Malgré cette pauvreté, la population de Les Voivres forte de 895 personnes en 1841, trouva les moyens, en puisant dans ses maigres ressources  de construire en moins de 20 ans une mairie, une école et une église pour assurer la direction de la commune, l'enseignement aux enfants et le salut des âmes des paroissiens.

Aujourd'hui la France, qui fait partie des pays les plus riches du monde risque, après avoir sacrifié une partie de son potentiel hospitalier pour des raisons d'économie, d'avoir bien du mal dans quelques jours d'assurer les soins aux victimes de cette épidémie que nos ancêtres auraient surnommée le Fléau de Dieu. Il est donc évident que si le confinement reste la seule mesure efficace pour freiner celle-ci, il faut à tout pris en respecter les règles. Or un peu encore voir dans le Val de Vôge des groupes continuent de parler ensemble dans la rue ou sur le parking du supermarché sans observer les distances de sécurité. Des vététistes ou des joggeurs partent encore pour faire de grandes balades loin de chez eux.

On est entre nous, on's connait. T'as pas une tête de malade mon poteau. Sauf que, pas de chance et phénomène inédit, la personne porteuse peut contaminer son pote plusieurs jours avant que les symptômes ne se déclarent. Hé là, c'est quoi c'délire. Ben oui, c'est comme çà, et c'est pas un jeu de rôle, c'est pas toi qui fixes les règles.

Hier dans le Grand-Est la progression du nombre de morts étaient de 30 % en 24 heures, pratiquement le double qu'en Italie. Les seules menaces d'amendes ne peuvent permettre un bon confinement si chacun ne fait pas preuve de civisme et même de patriotisme. Ce serait l'occasion pour changer d'en faire preuve autrement que pour montrer sa xénophobie. Sans cela la France pourrait connaître une situation beaucoup plus grave que celle de la Chine ou de l'Italie.

Le jour où tous les français frondeurs se transformeront en français tousseurs, il sera trop tard.

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :