La nef des fous

par LES VOIVRES 88240  -  30 Mars 2020, 08:08  -  #Société

La Nef des fous de Jérôme Bosch

La Nef des fous de Jérôme Bosch

De tous temps les hommes ont exclu de leur société certaines catégories de personnes. C'étaient les lépreux qui n'avaient pas droit de cité et devaient prévenir de leur arrivée avec une crécelle pour que tout le monde puisse s'écarter. C'étaient les pestiférés où, quand un cas était révélé, toute la famille étaient emmurée vivante dans la maison. Les indiens d'Amérique du Nord chassaient hors de la tribu et abandonnaient dans la nature les vieillards. Les Fuegiens se montraient encore plus extrême puisque, d'après Darwin, ils les mangeaient. D'après une légende du Moyen-Âge, en Flandre et en Allemagne, les fous étaient embarqués dans un bateau qui partait au fil de l'eau jusque ce qu'il coule.

La célèbre Nef des fous de Sébastien Brant a été publiée pour la première fois à Bâle en 1494. Pour Brant, les hommes sont des fous qui, embarqués dans leur voyage démentiel, courent vers leur condamnation. La Nef des fous de Jérôme Bosch est généralement interprétée comme l'illustration de la folie qui a gagné tous les personnages. Il n'y a ni trompeurs ni trompés, seulement des fous ou des hommes assez insensés pour s'embarquer sur un navire sans voile ni gouvernail et dont une cuiller énorme qui pourrait faire office de rame ou de godille est abandonnée. Le mal semble avoir atteint toute la compagnie, prêtre, moine, religieuse… le plus fou n'étant peut-être pas celui qui en porte l'habit et qui, perché sur une branche, un peu à l'écart, savoure sa victoire et déguste son vin. Ces hommes et ces femmes embarqués ensemble ne vont nulle part, ils n'en savent rien et ne s'en soucient pas le moins du monde. Dans quel voyage sommes nous embarqués en ce moment avec cette épidémie qui est en train de déstabiliser la société ? Apparemment les réactions les plus folles, les plus absurdes, les plus discriminatoires se multiplient.

Il y a ainsi en ce moment des personnes qui agressent des soignants en leur reprochant de risquer d'infecter leurs voisins. Cela va des mots insultants affichés sur leur porte, à des demandes d'expulsion ou même des violences à leur encontre ou contre leurs biens.

Il est bien sûr que le jour où ces personnes tomberont malades, elles exigeront d'être soignées en priorité.

Dans son article Vosges Matin rapporte les témoignages sur des conduite inciviles de ceux qui refusent de se plier aux règles de sécurité élémentaires.

Mais comme le demande vraisemblablement ce médecin urgentiste :

-"Y a t-il vraiment un pilote dans cette nef de fous ?"

Il est permis d'en douter. L'autre jour, Michel Fournier s'étonnait que les bureaux de postes locaux soient fermés. Aller à Remiremont pour en trouver un occasionne des déplacements supplémentaires. Une seule chose est sûre. Si cette nef coule, nous coulerons tous avec elle. Jusque maintenant nous nous étions conduits, fier de notre technologie et de la richesse de notre pays, comme les passagers du Titanic qui croyaient que le bateau était insubmersible. Mais notre habitude du confort à tout prix risque fort de ne pas nous avoir préparé à cette épidémie. La Chine a vécu au cours des milliers d'années de son histoire des épidémies, des famines, des inondations qui causaient à chaque fois des millions de morts. Tous les habitants connaissent bien l'histoire de leur pays. Ils savent ce que veut dire lutter pour survivre. Nous, nous avons tous presque tout oublié des années difficiles. Nous risquons fort d'être comme ces hollandais qui arrivaient dans les camps de concentration. Venant d'un pays mieux nanti, ils mourraient beaucoup plus rapidement que les représentants d'autres régions, tels les russes ou les espagnols qui connaissaient chez eux des conditions de vie beaucoup dure.

Le jour où nous craindront que notre nef des fous ne soit en train de couler il y a fort à parier que ce sera pour beaucoup le chacun pour soi et que les plus forts tenteront de monter sur les épaules des plus faibles pour garder la tête hors de l'eau quelques minutes de plus.

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