Au bord du canal des Vosges

par LES VOIVRES 88240  -  13 Novembre 2019, 03:31

Photos Geneviève Marmiesse

Photos Geneviève Marmiesse

Il avait été autrefois baptisé Canal de l'Est. C'est maintenant le canal des Vosges pour la partie qui traverse le département. Quel que soit son nom, se promener le long de ses berges à pied ou à vélo est toujours un plaisir. Entre l'eau et la verdure, les yeux ne se lassent pas de contempler les reflets sur l'onde, les collines couvertes de forêts et le Côney qui coule au fond de la vallée.

La défaite française lors de la guerre de 1870, suivie par l'annexion de l'Alsace et d'une partie de la Lorraine, rendait indispensable le désenclavement des Vosges pour le transport fluvial. Le canal de l'Est permettait la navigation vers le sud et vers l'ouest via la Saône. Les travaux de 1875 à 1882 furent rapides. Pourtant c'est le dernier grand ouvrage a avoir été réalisé entièrement à la main. Il y a en tout 177 écluses. Elles sont très rapprochées comme pour tous les canaux qui franchissent une ligne de crêtes. Pour permettre le fonctionnement des écluses un barrage poids fut édifié à Bouzey. Lors de la mise en eau en 1880 des fissures apparaissent dans l'ouvrage obligeant de reprendre les travaux pour les colmater. La remise en eau se fit en 1890. Le à h 15, alors que la retenue n’était qu’au tiers pleine, la partie haute de la maçonnerie de qualité médiocre, trop mince et mal réparée céda. Dans la vallée de l’Avière, jusqu'à Nomexy à son confluent avec la Moselle, il y eut 87 victimes directes de l’onde de vidange quasi instantanée de la retenue et plus de cent indirectement au cours des semaines suivantes dans les autres villages de la vallée, pour des raisons sanitaires .

La carrière de la Colause se trouvant au bord du canal connut une intense activité pendant la reconstruction de la digue. Si toutes sortes de produits transitaient par là, le chargement qui a le plus marqué les mémoires locales est sans doute celui d'une cargaison complète de billes en verre qui se trouva bloquée par la glace à la hauteur de la Forge de Thunimont, sans doute en 55-56.
Depuis les écoliers avaient gardé l'habitude de jouer aux billes pendant les récréations dés les premiers beaux jours.

Actuellement les péniches de fret sont plus rares.

Voies navigables de France mise sur les bateaux de plaisance mais s’inquiète des périodes de sécheresse que nous connaissons maintenant régulièrement.

Tous les ans le niveau du lac de Bouzey baisse de plus en plus ce qui amène la fermeture de certains tronçons.

Quel avenir pour le canal des Vosges dans ce cas à part pour les promeneurs ? Même avec une meilleure gestion de l'eau au niveau des écluses il y aura toujours des pertes. Il faut espérer que l'an prochain ne sera pas aussi catastrophique pour Bouzey. Au printemps une rupture de la canalisation l'alimentant a été suivi d'un été très sec ce qui a provoqué cette baisse historique du niveau d'eau de la retenue.

 

 

Au bord du canal des Vosges
 
Le chaland
Sur l'arrière de son bateau,
Le batelier promène
Sa maison naine
Par les canaux.

Elle est joyeuse, et nette, et lisse,
Et glisse
Tranquillement sur le chemin des eaux.
Cloisons rouges et porte verte,
Et frais et blancs rideaux
Aux fenêtres ouvertes.

Et, sur le pont, une cage d'oiseau
Et deux baquets et un tonneau ;
Et le roquet qui vers les gens aboie,
Et dont l'écho renvoie
La colère vaine vers le bateau.

Le batelier promène
Sa maison naine
Sur les canaux
Qui font le tour de la Hollande,
Et de la Flandre et du Brabant.

Il a touché Dordrecht, Anvers et Gand,
Il a passé par Lierre et par Malines,
Et le voici qui s'en revient des landes
Violettes de la Campine.

Il transporte des cargaisons,
Par tas plus hauts que sa maison :
Sacs de pommes vertes et blondes,
Fèves et pois, choux et raiforts,
Et quelquefois des seigles d'or
Qui arrivent du bout du monde.

Il sait par coeur tous les pays
Que traversent l'Escaut, la Lys,
La Dyle et les Deux Nèthes ;
Il fredonne les petits airs de fête
Et les tatillonnes chansons
Qu'entrechoquent, en un tic-tac de sons,
Les carillons.

Quai du Miroir, quai du Refuge,
A Bruges ;
Quai des Bouchers et quai des Tisserands,
A Gand ;
Quai du Rempart de la Byloque,
Quai aux Sabots et quai aux Loques,
Quai des Carmes et quai des Récollets,
Il vous connaît.

Et Mons, Tournay, Condé et Valenciennes
L'ont vu passer, en se courbant le front,
Sous les arches anciennes
De leurs grands ponts ;
Et la Durme, à Tilrode, et la Dendre, à Termonde,
L'ont vu, la voile au clair, faire sa ronde
De l'un à l'autre bout des horizons.

Oh ! la mobilité des paysages,
Qui tous reflètent leurs visages
Autour de son chaland !
La pipe aux dents,
D'un coup de rein massif et lent,
Il manoeuvre son gouvernail oblique ;
Il s'imbibe de pluie, il s'imbibe de vent,
Et son bateau somnambulique
S'en va, le jour, la nuit,
Où son silence le conduit.
 
Émile Verhaeren
Au bord du canal des Vosges
Au bord du canal des Vosges
Au bord du canal des Vosges
Au bord du canal des Vosges
Au bord du canal des Vosges
Au bord du canal des Vosges
Au bord du canal des Vosges
Au bord du canal des Vosges
Au bord du canal des Vosges
Au bord du canal des Vosges
Au bord du canal des Vosges

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