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LES VOIVRES 88240

Quand le Val de Vôge a décidé qu'il ne voulait pas mourir

HUMANITÉ

Coucher de soleil à la Grande Fosse. Photos Sylvia von Kaenel

Coucher de soleil à la Grande Fosse. Photos Sylvia von Kaenel

Après la sécheresse, voici la sécheresse. Sauf qu'au lieu de nous rôtir avec des températures caniculaires, nous gelons.

Le 18 septembre presque 30° et le 25 au matin, il a gelé un peu partout. Les premiers feux sont allumés en catastrophe et les doudounes ressorties de leurs armoires. Dans une région où elles servent pratiquement 7 ou 8 mois par an, nous agissons tous plus ou moins comme si l'été sera éternel, comme si elles ne serviront plus jamais.

Bien sûr elles ont été soigneusement rangées, bien sûr chacun selon ses besoins a fait provision de bois de chauffage ou le plein de sa citerne, mais au fond de nous même nous avons le secret espoir que l'hiver ne reviendra pas, ne reviendra plus malgré tous les signes qui l'annoncent.

En premier les journées raccourcissent. Le jour se lève seulement à 7 heures du matin et bientôt avec le changement d'heure il fera nuit à 6 heures du soir sans que l'on puisse vraiment être sûr que le soleil s'est bien levé une heure plus tôt. Il y a plusieurs milliers d'années que les hommes savent calculer à la minute près ces variations. Le dernier jour de l'année où le soleil se lève le plus tôt, la Saint Jean  était fêté par les Celtes de même que Noël marque depuis là le dernier jour où il se lève le plus tard.

Pourtant alors que nous guettons avec impatience dès le mois de janvier tous les signes qui annoncent le retour de la lumière et font espérer la venue des beaux jours, nous faisons semblant d'ignorer que l'hiver arrive.

C'est ainsi que régulièrement les dernières salades sont mal protégées et que des conduites d'eau éclatent parce qu'une fenêtre est restée ouverte ou qu'une canalisation n'a pas été vidangée. Nous agissons peut-être ainsi pour nous rassurer et chasser les vieilles inquiétudes datant d'une époque où il était souvent difficile de trouver à se nourrir en hiver et où il fallait passer de longues heures plus ou moins privés de lumière.

Plus personne dans notre pays ne risque de manquer de nourriture ou d'éclairage pendant les mauvais jours. Mais ce que nos ancêtres ont connu pendant des milliers d'années est gravé dans notre mémoire collective.

C'est ainsi que toujours avec une sourde inquiétude, à l'automne nous regarderons soir après soir, le soleil se coucher un peu plus tôt et que le lendemain matin nous saluerons son lever avec soulagement.

 

HUMANITÉ
HUMANITÉ
HUMANITÉ
HUMANITÉ
HUMANITÉ
HUMANITÉ
HUMANITÉ
HUMANITÉ

 

HUMANITÉ

 

Les soirs crucifiés sur l’horizon, les soirs
Saignent, dans les marais, leurs douleurs et leurs plaies,
Dans les marais, ainsi que de rouges miroirs
Placés pour refléter le martyre des soirs,
Des soirs crucifiés sur l’horizon, les soirs !

Vous les Jésus, pasteurs qui venez par les plaines,
Chercher les troupeaux clairs pour vos clairs abreuvoirs,
Voici monter la mort dans les adieux des soirs,
Jésus, voici saigner les toisons et les laines,
Et voici Golgotha surgir, sous les cieux noirs.


Les soirs crucifiés sur les Golgothas noirs,
Portons-y nos douleurs et nos cris et nos plaies,
Le temps n’est plus des blancs et tranquilles espoirs
Car les voici saignants, dans les noirs abreuvoirs,
Les soirs, crucifiés sur l’horizon, les soirs !

 

Émile Verhaeren

 
Coucher de soleil au Moulin des Voivres. Photos Genevieve Marmiesse
Coucher de soleil au Moulin des Voivres. Photos Genevieve Marmiesse
Coucher de soleil au Moulin des Voivres. Photos Genevieve Marmiesse

Coucher de soleil au Moulin des Voivres. Photos Genevieve Marmiesse

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