Quand le Val de Vôge a décidé qu'il ne voulait pas mourir
25 Mai 2018
En ce lundi de Pentecôte, le soleil se lève sur la Chapelle de Bonne Espérance. Rouge et or dans son cache cache avec les nuages et les brumes, dernières traces des averses orageuses de la veille. Sans doute ces brouillards vont s'élever et recharger les cumulus pour une nouvelle série de précipitations. Espoir de la pluie qui n'est jamais assez abondante en cette saison pour subvenir aux besoins de la végétation prise de folie. Espoir que cette pluie ne soit pas accompagnée de grêle.
Prière cependant égoïste pour que cela ne se produise pas tout en sachant que régulièrement, à un endroit ou à un autre, il y aura des dégâts. Si ce n'est pas chez vous ce sera chez le voisin. Il est quand même tentant d'espérer que vos cultures, à vous, votre jardin, à vous, et vos biens seront épargnés. Comme ces viticulteurs qui repoussent la grêle avec leurs canons, votre prière n'est pas forcément recevable dans un esprit de justice par Notre Dame de Bonne Espérance.
Ce nom lui même semble prêter à confusion. Cela ressemble à un pléonasme. L'espérance, à priori, est toujours bonne. Espérance d'une vie meilleure ou espérance que des moments heureux se prolongent. Espérance d'une guérison ou espérance de ne pas tomber malade. Espérance de trouver du travail, de réussir ses études, de vivre en bonne harmonie avec votre ami, vos voisins. espérance de rencontrer l'âme sœur.
Sans aucun doute l'espérance est bonne si le souhait que l'on exprime peut se réaliser sans nuire à quelqu'un, sans le léser.
Tout comme ce matin le spectacle offert par le lever du soleil peut être admiré par tous sans gêner personne, certains souhaits mais pas tous, peuvent se réaliser sans que ce soit au détriment d'un autre. Espérer que la grêle tombe plus loin, c'est espérer qu'elle tombera sur le champ du voisin. Prier pour réussir à un concours, c'est priver un autre de cette réussite. Prier pour guérir ne lésera personne à première vue. Mais celui qui attend la greffe d'un organe a t il le droit d’espérer et de prier pour que son opération soit possible sachant que le donneur sera certainement la victime d'un accident ?
Tout comme il est très difficile de faire une prière parfaitement désintéressée, il est ainsi très difficile d'avoir une bonne espérance. C'est pour cela que des édifices comme cette chapelle ont été construits afin que croyants ou non, les passants viennent se recueillir, reprendre espoir et trouver en eux les ressources qui les aideront à réaliser leur souhaits dans un esprit de justice.
La Prière Mariale de Francis Jammes « Je Vous salue, Marie » :
« Par le petit garçon qui meurt près de sa mère tandis que des enfants s’amusent au parterre et par l’oiseau blessé qui ne sait pas comment son aile tout à coup s’ensanglante et descend, par la soif et la faim et le délire ardent, je Vous salue, Marie. Par les gosses battus, par l’ivrogne qui rentre, par l’âne qui reçoit des coups de pied au ventre et par l’humiliation de l’innocent châtié, par la vierge vendue qu’on a déshabillée, par le fils dont la mère a été insultée, je Vous salue, Marie. Par la vieille qui, trébuchant sous trop de poids s’écrie : « Mon Dieu ! », par le malheureux dont les bras ne purent s’appuyer sur une amour humaine comme la Croix du Fils sur Simon de Cyrène, par le cheval tombé sous le chariot qu’il traîne, je Vous salue, Marie. Par les quatre horizons qui crucifient le monde, par tous ceux dont la chair se déchire ou succombe, par ceux qui sont sans pieds, par ceux qui sont sans mains, par le malade que l’on opère et qui geint et par le juste mis au rang des assassins, je Vous salue, Marie. Par la mère apprenant que son fils est guéri, par l’oiseau rappelant l’oiseau tombé du nid, par l’herbe qui a soif et recueille l’ondée, par le baiser perdu par l’amour redonné et par le mendiant retrouvant sa monnaie, je Vous salue, Marie. Amen. »
Francis Jammes (1868-1938)