Devoir de mémoire

par LES VOIVRES 88240  -  22 Mars 2018, 04:10  -  #HISTOIRE

Anciens d'AFN à la cérémonie du 11 novembre 2015 à Les Voivres

Anciens d'AFN à la cérémonie du 11 novembre 2015 à Les Voivres

Il y a 56 ans, les accords d'Évian mettaient un terme à la guerre d'Algérie. Les commémorations de la fin du conflit ont rendu hommage aux victimes de cette guerre qui a duré 8 ans.

"A ma connaissance, si quelques jeunes hommes de Les Voivres ont dû, bon gré mal gré, "faire leur devoir" et participer à ce qu'on a appelé pendant longtemps des « opérations de maintien de l'ordre », aucun, par bonheur, n'a laissé sa vie dans ce département français d'Algérie, mis à feu et à sang de 1954 à 1962.

Sauf à avoir été sans doute traumatisés par ce qu'ils ont vécu, ils ont pu reprendre leurs activités mais probablement avec l'impression d'avoir, le temps de ce conflit, vieilli bien trop vite et, par conséquent, perdu une partie de leur jeunesse. "

La section des anciens d'AFN de Les Voivres, même si pour des raisons d'affinités tous n'habitaient pas la commune, comptaient en fait une bonne douzaine de soldats, tous des appelés, ayant participé à cette guerre qui n'a jamais vraiment dit son nom.

Opérations de maintien de l'ordre, le terme est resté, plus on maintient l'ordre plus c'est le foutoir. La plupart de ces appelés  sont revenus et ont repris leurs activités en parlant très peu de ce qu'ils ont fait, vu ou subi.

Traumatisés, oui pour certains. Je me souviens d'avoir entendu ma grand-mère raconter que notre voisine Mme Jules Munier venait régulièrement à la maison pour demander à mon père d'aller tenir compagnie à son petit-fils Daniel Peutot après son retour à la maison :

"Çà le travaille" disait elle. Quoi au juste ? Personne ne l'a jamais dit . Souvenirs d'attentats, de vision d'horreurs, craintes enfouies de mettre le pied sur une mine et si ce n'est ce pied là qui va être déchiqueté ce sera pour le pas suivant, ou le suivant, ou le suivant.... 27 mois à attendre. Combats contre les algériens, résistants, terroristes, patriotes, au fil des ans la notion n'est plus très claire.

Déjà à l'époque la honte était inculquée. L'armée française, puis l'appelé français, puis le peuple français étaient les responsables, bourreaux, pas bourreaux, tous dans le même sac.

Au cours de cette période y a t'il eu un seul chef d'état, un seul député, un seul sénateur accusé pour avoir pris la décision de ces opérations de "maintien de l'ordre", pour n'avoir pas préparé le retour en France de toutes les personnes qui le désiraient ?

Pour s'être laver les mains de ce qui arriverait ensuite et s'être dit :

"-Qu'ils se démerdent entre eux."

Pourtant nos dirigeants savaient ce qui allaient se passer. Ils connaissaient les massacres des allemands commis par les russes et les populations libérées dans les pays d'Europe de l'Est et dans les provinces russes occupées pendant la guerre.

Ils savaient que cette situation s'étaient répétée en Indochine et que les tribus amies de la France avaient subit des représailles avec l'arrivée des communistes.

Malgré cela, ceux qui ont donné les ordres sont sortis de là plus blancs que blancs. Les conséquences de leurs décisions ne les ont jamais  "travaillé". Pourquoi ceux qui ont obéi, leurs parents, leurs amis, leurs concitoyens devraient ils être salis à leur place ?

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J
https://www.vosgesmatin.fr/edition-d-epinal/2018/03/06/deux-nouveaux-membres-chez-les-anciens-combattants
Le 6 mars, "VosgesMatin" signale 2 nouveaux membres dans les rangs de la Section AFN de La Chapelle-aux-Bois/Les Voivres mais, non abonné, on connait la suite...ou plutôt, je ne la connais pas !
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J
Merci pour le partage.

« Les conséquences de leurs décisions ne les ont jamais "travaillés". » : j'adhère entièrement à cette idée (autant dans le "nouveau" monde que dans l'ancien, on le constate bien aujourd’hui). On tourne toujours autour de la même idée « responsables mais pas coupables ».
Les choses ont pourtant un tant soit peu évolué.
- Les langues se sont déliées (pas aux Voivres... dommage et, comme pour 39-45, les acteurs de l’époque vont finir par disparaitre) et de nombreux témoignages ont vu le jour.
- Même si dans les textes législatifs notamment, l'expression officielle consacrée continue d'être « les événements d'Algérie », la France a reconnu en 1999, sous Chirac, qu'il s'agissait d'une guerre, ce qui a ouvert quelques nouvelles perspectives.

Mais, après ses déclarations "aventureuses" sur la colonisation et ses crimes contre l’humanité, Macron qui se prétend être « ni dans le déni ni dans la repentance », mais qui n’a pas vécu la guerre, parviendra-t-il, comme il l'a dit, à réconcilier les mémoires ? Permettez-moi d'en douter.
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