Quand la bise fut venue

par LES VOIVRES 88240  -  27 Février 2018, 03:20  -  #Cultivar

Il fait froid. le vent glacial nous emmène tous les ours blancs de la banquise. Alors que nous pouvions espérer être sorti de l'hiver, la nature espiègle nous fait un enfant dans le dos, manière de nous dire :

"-C'est moi la plus plus forte. Toi, pauvre petit homme, tu n'es capable que de foutre la merde et de pleurer comme une madeleine quand tu t'aperçois que toute tes conneries technologiques n'ont pas le dernier mot conte moi."

Le Moscou-Paris. Ceux qui l'ont connu dans leur chair et dans le désir de rentrer à marche forcée en France, ce sont les survivants de la Grande Armée qui quittèrent Moscou en tenue d'été pour certains ou emmitouflés dans les fourrures, zibelines, martres, loups et visons des courtisanes et des boyards.

Lors de leur retrouvailles annuelles, la plupart évoquaient les cauchemars qu'ils faisaient en entendant dans leurs rêves le toc, toc, toc que faisaient les pieds gelés, durs comme du bois, de leurs frères d'armes qui marchaient.

Plus prosaïquement quand ce Moscou-Paris que nous appelions tout simplement la bise ou le hâle de mars ou d'avril, là ce serait plutôt une févriole de février qu'à ma grande honte je ne pensais plus possible cette année, plus prosaïquement donc, il y a 50, 40 ou 30 ans encore quand ce vent glacial desséchait tout et faisait chuter les températures, les agriculteurs du Val de Vôge en profitaient pour réaliser les travaux dans les champs qu'ils n'avaient pas pu faire dans la gadoue.

Le matin dés le lever du soleil en laissant le soin à la fermière de traire les vaches, ils semaient l'azote sur les céréales d'hiver.

J'ai encore en mémoire d'avoir vu mon père le faire avec le semoir ventral qui en tant qu'instrument de torture arrivait au deuxième rang juste derrière le putain de Vermorel dont les courroies si fines vous coupaient les épaules comme une guillotine.

Autrement il fallait semer les scories Thomas sur les prairies et quel ce soit le type de semoir on en prenait plus avec son nez qu'avec une pelle. Et le soir quand la bise et le gel avait de nouveau rendu les terres portantes nous allions labourer jusqu'à ce que les socs ne puissent plus mordre dans la terre gelée.

Aujourd'hui, je vois les cultivateurs sortir avec leur charrue à 10 heures du matin, désherber et charrier leur fumier à longueur de journée. il semblerait qu'il n'y ait plus de problèmes de portance, de terre mal ressuyée ou trop dure, de vent violent qui dissémine les phytosanitaires ou l'azote liquide dans tout le voisinage.

Autres temps, autres mœurs. Pourtant certains spécialistes élèvent la voix pour dire :

"-L'agriculture conventionnelle intensive a un coût, un coût pour l'environnement, un coût pour la santé des citoyens et des agriculteurs eux-mêmes. Ce coût est supporté par les citoyens au travers des moyens qu'ils investissent par exemple pour dépolluer leur eau ou la remplacer par des eaux minérales, par l'état qui paie les amendes pour excès de nitrate à l'Europe, par la Sécu qui paie pour les maladies occasionnées.

Si l'on tient compte de ce coût, des nouvelles progressions dans les rendements de l'agriculture biologique, de la stagnation dans la croissance de l'agriculture intensive, il est tout à fait possible selon les experts d'envisager de pouvoir nourrir dans 30 ans  les 9 milliards d'humains qui devraient peupler la planète grâce à l’agriculture biologique.

Il serait possible d'atteindre ce résultat sans augmenter les surfaces agricoles à condition de changer de modèle. D'une part les rendements en bio ont augmenté de 61 % en 5  ans atteignant 85 % de ceux du conventionnel , d'autre part on peut économiser des terres en consommant moins de produits d'origine animale et en réduisant les déchets qui représentent 30 % de la production.
La recherche peut permettre de mieux comprendre comment les plantes se nourrissent. Les cultures de légumineuses seraient appelées à jouer un rôle central.

Pour cela il faut accepter de ne plus faire une confiance aveugle aux machines, aux engrais chimiques aux phytos. L'homme, l'agriculteur doit reprendre la place centrale qui est la sienne. Tous les rendements doivent dépendre de lui, de son savoir faire et de l'huile de coude qu'il est prêt à fournir. La machine ne doit être qu'un moyen de limiter les efforts physiques usants, elle ne doit pas avoir pour but une course vers une production toujours plus importante.

Cette démarche, de plus en plus de convertis  la font. A Hautmougey un Gaec s'est mis en tout bio. A Les Voivres,  Delphine Barbaux s'est reconvertie en maraichage bio.

C'est aussi le cas avec Thierry Bourlette à Gruey les Surance qui est descendu de son gros cul pour faire pousser des fraises et des légumes.

Venez leurs rendre visite, venez les regarder travailler et goûtez leurs produits pour être convaincus que demain ce seront eux qui vous nourriront.

Gaec de la Vierge Hautmougey, agriculture biologique

Gaec de la Vierge Hautmougey, agriculture biologique

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Boubou 27/02/2018 12:02

Merci Bernard pour ce moment que tu as passé devant ton ordinateur pour mettre en valeur cette richesse de la terre, pour promouvoir ceux qui, comme moi, ont fait le choix de revenir travailler au sol en y visant leur avenir professionnel.
Il ne faut pas avoir peur du travail, par tous les temps et risquer même sa récolte quand la météo fera ses caprices. C'est toujours sans relâche.
Je ne regrette pas cette reconversion professionnelle, je pense beaucoup, je calcule sans cesse mais je suis heureux d'avoir fait ce choix.
J'espère pouvoir mettre en place un réseau de fidélité qui plaira à toutes celles et toux ceux qui passeront à la ferme.
Je savais que j'avais un lien avec la terre et qu'un jour c'est vers elle que je me tournerais professionnellement.
A bientôt de vous recevoir et de vous rencontrer à Gruey les Surance
Merci encore

BROGGINI 27/02/2018 10:05

Dans le temps, les terres et le bétail étaient très respectés par le paysan car c'était son seul moyen de faire vivre sa famille, les sols étaient seulement piétinés par les sabots des chevaux ou des boeufs, oui, les pieds des boeufs étaient ferrés d'un fer plat avec ergot. Aujourd'hui, ce sont ces gros engins, tracteurs et remoques qui circulent sur les terres en toutes saisons ! Il faut du rendement !!

LES VOIVRES 88240 27/02/2018 10:46

Un cheval ne tasse pas plus la terre qu'un homme. Nous avons toujours fait, jusqu'à la fermeture de la féculerie de Moyenpal, la plantation, le sarclage et le buttage des deux hectares de pommes de terre que nous cultivions.
Tous les jours 20 ou 30 ares avant d'aller à l'école, çà réveillait.