L'Etang Lallemand en rouge et or

par LES VOIVRES 88240  -  31 Octobre 2017, 04:41  -  #Qu'il est beau mon village

L'Etang Lallemand en rouge et or

Encore une journée agréable malgré la baisse des températures. Au bord de l'étang Lallemand les pêcheurs trouvent qu'il fait un peu frais mais ils ont quand même tous le sourire. Dans tout le secteur les couleurs automnales sont encore vives. Des cris retentissent dans les bois et sur le Chemin du Rumigaille. Des panneaux indiquent "Attention chasse en cours".
Ce doit être les grandes manœuvres. Ce sera bientôt plus dur de prendre des photos de la zone humide que d'être reporter de guerre en Syrie. Enfin pour le moment à part des appels et de sons de cors, il n'y a pas de coups de fusils.

Le débat entre les chasseurs et ceux qui demandent des restrictions ou des abolitions des plans de tir est souvent virulent. Chacun oppose ses arguments. Que l'on soit pour ou contre il faut quand même reconnaître que la faune et la flore de nos régions n'ont plus rien de naturel. Il y a quelques dizaines d'années il était assez rare de voir un chevreuil sur Les Voivres. Un petit troupeau de 5 ou 6 individus avait ses quartiers au bien nommé Bois la Chèvre mais ils s’aventuraient rarement à l’extérieur. De la même façon le passage d'un sanglier était anecdotique. Aujourd'hui ce serait plutôt le contraire. Il est rare de ne pas voir un chevreuil. Par contre le petit gibier est beaucoup plus rare. Les lièvres et lapins, faisans ou perdrix ne sont pas légions.

Mais les plans de chasse ne sont pas les seuls à orienter les populations. Les phytosanitaires épandus par les agriculteurs et les jardiniers ont presque fait disparaître les grenouilles et les  hérissons. Les automobilistes font un carnage de ceux qui restent, sans parler des renards ou des blaireaux.

De la même façon il n'est possible de se déplacer à travers champs et bois que parce que l'homme les a transformés en espaces soigneusement entretenus où la progression n'est pas rendue pratiquement impossible par la végétation et l'état du sol.

Avant que l'étang Lallemand ne soit creusé et ne draine toute la vallée, avant que les prés et les champs ne soient défrichés et que des plans de coupes ne privilégient certaines espèces l'endroit devait sans doute ressembler aux quelques ares en amont de l'étang . Des arbres et arbustes dont beaucoup morts ou déracinés sont couchés sur le sol marécageux.

Mais encore là, tout est régulièrement nettoyé par le chantier d'insertion. L'endroit est encore accessible. Il ne faut toutefois pas oublier que presque toute la zone humide était autrefois fauchée. Maintenant il serait risqué d'essayer de s'aventurer en dehors des caillebotis. L’âne Gamin de Diana Kennedy en s'enlisant jusqu'au ventre dans la boue en a fait l’expérience.

En fin de compte peu d'entre nous, même ceux qui se disent les plus ardents défenseurs d'un retour aux sources, seraient ravis de se retrouver dans une nature que l'homme ne contrôlerait plus telle qu'elle était à l'arrivée des premiers colons à Les Voivres sans doute vers les années 1500.

 

 

 

 

 

L'Etang Lallemand en rouge et or

La Mort du Loup

I

Les nuages couraient sur la lune enflammée
Comme sur l'incendie on voit fuir la fumée,
Et les bois étaient noirs jusques à l'horizon.
Nous marchions sans parler, dans l'humide gazon,
Dans la bruyère épaisse et dans les hautes brandes,
Lorsque, sous des sapins pareils à ceux des Landes,
Nous avons aperçu les grands ongles marqués
Par les loups voyageurs que nous avions traqués.
Nous avons écouté, retenant notre haleine
Et le pas suspendu. -- Ni le bois, ni la plaine
Ne poussait un soupir dans les airs ; Seulement
La girouette en deuil criait au firmament ;
Car le vent élevé bien au dessus des terres,
N'effleurait de ses pieds que les tours solitaires,
Et les chênes d'en-bas, contre les rocs penchés,
Sur leurs coudes semblaient endormis et couchés.
Rien ne bruissait donc, lorsque baissant la tête,
Le plus vieux des chasseurs qui s'étaient mis en quête
A regardé le sable en s'y couchant ; Bientôt,
Lui que jamais ici on ne vit en défaut,
A déclaré tout bas que ces marques récentes
Annonçait la démarche et les griffes puissantes
De deux grands loups-cerviers et de deux louveteaux.
Nous avons tous alors préparé nos couteaux,
Et, cachant nos fusils et leurs lueurs trop blanches,
Nous allions pas à pas en écartant les branches.
Trois s'arrêtent, et moi, cherchant ce qu'ils voyaient,
J'aperçois tout à coup deux yeux qui flamboyaient,
Et je vois au delà quatre formes légères
Qui dansaient sous la lune au milieu des bruyères,
Comme font chaque jour, à grand bruit sous nos yeux,
Quand le maître revient, les lévriers joyeux.
Leur forme était semblable et semblable la danse ;
Mais les enfants du loup se jouaient en silence,
Sachant bien qu'à deux pas, ne dormant qu'à demi,
Se couche dans ses murs l'homme, leur ennemi.
Le père était debout, et plus loin, contre un arbre,
Sa louve reposait comme celle de marbre
Qu'adorait les romains, et dont les flancs velus
Couvaient les demi-dieux Rémus et Romulus.
Le Loup vient et s'assied, les deux jambes dressées
Par leurs ongles crochus dans le sable enfoncées.
Il s'est jugé perdu, puisqu'il était surpris,
Sa retraite coupée et tous ses chemins pris ;
Alors il a saisi, dans sa gueule brûlante,
Du chien le plus hardi la gorge pantelante
Et n'a pas desserré ses mâchoires de fer,
Malgré nos coups de feu qui traversaient sa chair
Et nos couteaux aigus qui, comme des tenailles,
Se croisaient en plongeant dans ses larges entrailles,
Jusqu'au dernier moment où le chien étranglé,
Mort longtemps avant lui, sous ses pieds a roulé.
Le Loup le quitte alors et puis il nous regarde.
Les couteaux lui restaient au flanc jusqu'à la garde,
Le clouaient au gazon tout baigné dans son sang ;
Nos fusils l'entouraient en sinistre croissant.
Il nous regarde encore, ensuite il se recouche,
Tout en léchant le sang répandu sur sa bouche,
Et, sans daigner savoir comment il a péri,
Refermant ses grands yeux, meurt sans jeter un cri.

II

J'ai reposé mon front sur mon fusil sans poudre,
Me prenant à penser, et n'ai pu me résoudre
A poursuivre sa Louve et ses fils qui, tous trois,
Avaient voulu l'attendre, et, comme je le crois,
Sans ses deux louveteaux la belle et sombre veuve
Ne l'eût pas laissé seul subir la grande épreuve ;
Mais son devoir était de les sauver, afin
De pouvoir leur apprendre à bien souffrir la faim,
A ne jamais entrer dans le pacte des villes
Que l'homme a fait avec les animaux serviles
Qui chassent devant lui, pour avoir le coucher,
Les premiers possesseurs du bois et du rocher.

Hélas ! ai-je pensé, malgré ce grand nom d'Hommes,
Que j'ai honte de nous, débiles que nous sommes !
Comment on doit quitter la vie et tous ses maux,
C'est vous qui le savez, sublimes animaux !
A voir ce que l'on fut sur terre et ce qu'on laisse
Seul le silence est grand ; tout le reste est faiblesse.
- Ah ! je t'ai bien compris, sauvage voyageur,
Et ton dernier regard m'est allé jusqu'au coeur !
Il disait : " Si tu peux, fais que ton âme arrive,
A force de rester studieuse et pensive,
Jusqu'à ce haut degré de stoïque fierté
Où, naissant dans les bois, j'ai tout d'abord monté.
Gémir, pleurer, prier est également lâche.
Fais énergiquement ta longue et lourde tâche
Dans la voie où le Sort a voulu t'appeler,
Puis après, comme moi, souffre et meurs sans parler.

 

Alfred de Vigny

L'Etang Lallemand en rouge et or
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jean7288 31/10/2017 09:37

Je suis heureux de voir - en entier - ce superbe poème, prônant le stoïcisme face au malheur, dont je ne sais pourquoi nos maîtres s'arrêtaient, la plupart du temps, au premier et long paragraphe... peut-être pour mieux montrer la grandeur du loup et éluder la faiblesse de l'Homme.
Pas sûr que notre professeur(e) des écoles me donne une bonne note pour cette supposition.

LES VOIVRES 88240 31/10/2017 11:30

En quatrième, on l'avait appris en entier. Vigny est toujours mal aimé, alors qu'il a des métaphores superbes. On transforme ces poésies en récitations.