Journée du patrimoine au Moulin Gentrey

par LES VOIVRES 88240  -  20 Septembre 2017, 04:46  -  #Associations, #Histoire

106 participants à ces deux journées du patrimoine. Un beau succès.

Journée du patrimoine au Moulin Gentrey

1867-1967: le Moulin Gentrey aura été en activité tout juste cent ans. Au départ, la famille Beaudoin rachète un ancien moulin. Devinette : moulin à quoi ? A huile. A huile de quoi ? Personne parmi les participants à la visite guidée du Moulin Gentrey pendant ces journée du patrimoine n'a donné la bonne réponse.

Ben non, personne n'a trouvé. Il a fallu que Michel Fournier nous mette sous le nez une boite contenant ce qui était utilisé pour faire cette huile pour que quelques uns réagissent:

"-Mais oui, mais c'est bien sûr." *

1867, la demande de fécule décolle parallèlement à l’installation de tissages par les patrons alsaciens qui fuient l'occupation allemande. La culture de la pomme de terre va se développer dans les terres sableuses du département. Sur un axe Bains les Bains, Charmes, vont s'implanter 300 féculeries qui fournissent 30 % de la fécule nationale.

Après 1945, il en reste encore une cinquantaine. Le dernière, Hadol, gérée par une coopérative fermera en 1971. C'est tout un paysage qui s'est transformé en quelques années. Les champs de pommes de terre, à la base de la rotation dans les fermes sont remplacés par la culture de maïs, la main d’œuvre familiale par des machines de plus en plus puissantes et par des investissements de plus en plus importants.

Le travail à la féculerie était saisonnier, trois à quatre mois par an à partir de la récolte. Deux équipes tournant sur 12 heures chacune, de midi à minuit et de minuit à midi, se croisaient du lundi matin jusqu'au samedi soir. Le travail était très pénible. Au rez de chaussée il fallait extraire la fécule des bacs de décantation, aller chercher les pommes de terre stockées à l'extérieur car seule une petite partie pouvait être entreposée dans les caves.

Pour ce faire il fallait au fur et à mesure poser les rails permettant aux wagonnets d'aller dans le pré jusqu'aux tas de tubercules.

Cette équipe travaillait dans une humidité perpétuelle, l'eau coulait partout. Avant ils chaussaient les sabots, par la suite les bottes en caoutchouc furent utilisées.

A l'étage c'était tout le contraire. Les ouvriers étaient en chaussons et le local était chauffé par le séchoir à fécule.

Par contre il fallait manipuler les sacs de 100 kg, monter les escaliers en les portant sur le dos, les gerber sur 3 hauteurs.

Le dimanche était férié pour l'équipe de nuit mais l'équipe de jour devait revenir nettoyer les machines, les filtres et surtout ramoner très soigneusement les corps de fourneau pour éviter tous risques d'incendie.

Certains contestaient cette obligation de revenir le dimanche matin. De plus ces heures supplémentaires n'étaient pas payées. Jeanne Beaudoin, une fois le travail terminé offrait à tout le monde le café au lait et des tartines de beurre.

* Nous sommes bons princes nous vous donnons la solution car nous sommes sûrs que vous n'avez pas trouvé ce qui était utilisé pour faire de l'huile.

Nous sommes trop bons. Non, vous n'êtes pas de cet avis. Dans ce cas, on ne dira rien.

Bon, on vous le dit. C'était un moulin à faines, le fruit du hêtre.

Journée du patrimoine au Moulin Gentrey
Journée du patrimoine au Moulin Gentrey

Jean-Claude Franoux, le fils du gérant de l'ancienne féculerie d'Hadol commence la visite par le canal qui amène l'eau du ruisseau à la roue à eau. Le débit est régulé pour que pendant les hautes eaux le mécanisme ne soit pas brisé.

Les années ci l'étiage se produit de plus en plus tôt et il y a en moyenne moitié d'eau qu'avant. Au mois de juillet la roue n'a pu fonctionner, ce qui n'était jamais arrivé.

Journée du patrimoine au Moulin Gentrey
Journée du patrimoine au Moulin GentreyJournée du patrimoine au Moulin Gentrey

Il actionné le mécanisme libérant le mouvement. La roue tourne. C'est un moment très fort, un bruit et un mouvement en harmonie avec la nature et très reposant.

Journée du patrimoine au Moulin Gentrey

Ces wagonnets servaient à transporter les pommes de terre stockées dans les prés. Il fallait selon l'emplacement des tas, poser les rails puis les déplacer pour les remettre un peu plus loin.

Journée du patrimoine au Moulin Gentrey

La bascule. C'était toujours la Jeanne Beaudoin qui venait peser. Cette bascule indiquait les tonnes jusqu'à 20, les quintaux et les kilos. Après, vous aviez un reçu ou un ticket poinçonné.

Les dernière années Pierre Baudoin payait en fonction du % de fécule, environ 15 à 17 %. Il fallait environ six kilos de pommes de terre pour faire un kilo de fécule. Les années sèches le rendement était plus important. Pour être sûr que les producteurs utiliseraient les bonnes variétés les féculiers commandaient souvent eux-mêmes les semences.

Il y avait l'Ultimus, l'Abondance de Metz, la Crassava, la Bleue de Prusse.

Journée du patrimoine au Moulin Gentrey

Les sacs de pommes de terre étaient versés sur cette grille pour éliminer la terre et les plus petits tubercules. Ensuite chacun repartait avec ses déchets. Certaines années tout était plein jusqu'au fenêtres. Il fallait mettre des planches sur le tas pour aller vider les sacs. Je ne me souviens pas si dans ce cas, ils étaient déjà versés sur la grille et rechargés.

Journée du patrimoine au Moulin Gentrey

C'est en voyant ces mécanismes que Michel Fournier a décidé de faire revivre cette féculerie à l'abandon. Si la plupart des machines avaient été démontées pour laisser de la place aux vaches rien n'avait été jeté ce qui a permis d'avoir des indications pour reconstituer les anciennes machines. Dans quelques minutes ces poulies vont être actionnées par l'axe de la roue à eau.

Grand moment d'émotion.

Journée du patrimoine au Moulin Gentrey

Les pommes de terre étaient lavées dans ce bac. Dans un premier temps les tiges métalliques les remuaient et les faisaient avancer.

A la fin de la campagne les déchets ( les margasses fouettant un max ) étaient repris deux fois de suite pour en tirer un peu de fécule oubliée. Les pièces de bois servaient alors à la malaxer en l'additionnant d'eau pour pouvoir ensuite la pomper et l'envoyer sur les tamis.

Journée du patrimoine au Moulin Gentrey
Journée du patrimoine au Moulin Gentrey
Journée du patrimoine au Moulin Gentrey

Ces lames, tournant dans la rape, servaient à transformer les pommes de terre en pulpe qui était ensuite tamisée. La fécule additionnée d'eau partait vers les bacs de décantation, les déchets dans les bassins à l’extérieur.

Journée du patrimoine au Moulin Gentrey
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La fécule était décantée dans ce bac, émiettée à la pelle, puis lavée à l'eau de source dans la cuve. Les impuretées étaient écrémées et remises dans un petit bac de décantation pour récupérer encore quelques grammes de fécule.

Non, il n'y avait pas de tout petit bac après le petit bac.

Journée du patrimoine au Moulin Gentrey
Journée du patrimoine au Moulin Gentrey
Journée du patrimoine au Moulin Gentrey

Premier et deuxième étages, un autre monde, une autre planète. Quand les uns travaillent en sabots et dans l'eau glacée, les autres sont en chaussons et au chaud. Ils évoluent sur un parquet lustré par la fécule comme une piste de danse. Celle-ci encore humide arrive à l'étage, elle est passée à la centrifugeuse puis par lots de 8 kg, elle est posée sur les cadres. Ceux-ci sont ensuite empilés dans le séchoir. Il en contient 240. La chaleur est produite par les fumées d'un fourneau à bois. Le charbon sera utilisé les dernières années. Comme le séchage n'est pas régulier, il faut sans arrêt déplacer les cadres entre les endroits les plus chauds et ceux où le séchage est moins efficace pendant une douzaine d'heures.

Cette fois la fécule est séche mais elle ressemble à du gravier. Il reste une dernière étape le blutage.

Journée du patrimoine au Moulin Gentrey

Un beau bébé de 650 kg. Cette centrifugeuse ne vient pas du Moulin Gentrey. Elle a heureusement échappée aux ferrailleurs. Michel Fournier l'a récupérée :

"-Je peux vous dire qu'à deux on en a bavé pour la porter jusqu'ici."

Journée du patrimoine au Moulin Gentrey
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La fécule est broyée puis tamisée dans ce caisson tournant qui laisse passer à travers les tamis les particules les plus fines.

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E
Il y avait parmi toutes les maisons, à la ferme du coucou, une féculerie. C'était il y a longtemps !
Faine ou pomme de terre? Je ne sais pas
Répondre
J
Superbe reportage qui détaille parfaitement la production de la fécule. On ressent bien la fierté de ceux qui ont « décidé de faire revivre cette féculerie à l'abandon » et l'intérêt des participants pour cette visite placée dans le cadre des Journées du Patrimoine. On se surprend même à sourire en lisant que « C'était toujours la Jeanne Beaudoin qui venait peser. », montrant ainsi qu'elle avait "la tête près du bonnet"... dans le sens bien sûr qu'elle était très proche de ses intérêts.
J'ai aimé la devinette (mais avec Wikipédia, il n'y en a plus beaucoup) en ajoutant simplement une petite étude sur l'utilisation surtout de ce fruit du hêtre qu'est la faine
http://www.jacques-degeilh.com/faine/faine01.html
Nous avons dans le secteur de La Flèche le "Moulin de la Bruère" qui fabrique maintenant des pains de glace, grâce à la volonté tenace d'une Association particulièrement active et un autre, moins connu mais en cours de réhabilitation par ses propriétaires, celui "des Navrans" qui produisait de la pâte à papier.
Répondre
L
Nous allions à l'école à travers le bois et ramassions des faines pour les griller au four. Çà ressemblait à des cacahuètes. Wiki indique 40 % de matière grasse. La Jeanne était aussi secrétaire à la mairie d'Harsault. C'était elle qui tenait les comptes. Il y avait encore la grand-mère. Le Pierre affectait de parler uniquement patois et elle, utilisait un français impeccable.