Quand le Val de Vôge a décidé qu'il ne voulait pas mourir
14 Décembre 2016
Les amoureux des bancs publics
Brassens
Les gens qui voient de travers
Pensent que les bancs verts
Qu'on voit sur les trottoirs
Sont faits pour les impotents ou les ventripotents.
Mais c'est une absurdité,
Car, à la vérité,
Ils sont là, c'est notoire
Pour accueillir quelque temps les amours débutants.
Vendredi soir, l'atelier théâtre CTPS était invité par le DVIS* de la Vôge à Xertigny pour présenter son spectacle "Contre l'Intolérance". Pas de grands slogans ou de banderoles révolutionnaires, pas d'apparitions seins nus à l'image des Femen, pas de diffusions d'appels contre la discrimination. Simplement une petite scène traitée avec beaucoup d'humour pour rappeler qu'il arrive à chacun de nous de rejeter et condamner l'autre. Il n'y a pas une échelle de valeurs sur les différents degrés d'intolérance dans le refus de la différence. On l'accepte ou on la refuse et dans ce cas, on a tort en bloc et sans excuse.
* Direction Vosgienne des Interventions Sociales
Quand la saint' famille Machin
Croise sur son chemin
Deux de ces malappris,
Elle décoche hardiment des propos venimeux...
N'empêche que toute la famille
(Le père, la mère, la fille, le fils, le Saint-Esprit...)
Voudrait bien, de temps en temps,
Pouvoir s'conduire comme eux.
Il ne peut rien y avoir de pire pour des amoureux que de voir arriver la petite peste de service qui va venir, tralalalère, commenter tous vos faits et gestes," - Ils sont amoureux, ils sont amoureux !", vous regarder sous le nez et refuser obstinément d'aller voir ailleurs.
Restons calme, même si le Seigneur nous a donné deux mains pour balancer des paires de baffes à cette chipie.
Si, c'est possible d'empirer quand sa mère, coincée de chez coincée, arrive. C'est l'invective, l'accusation de scandale, c'est une nhonte, ne regarde pas çà ma fille mais n'en perdons pas une miette. Dénonçons haut et fort ceux qui foulent aux pieds nos belles valeurs nationales et on va voir ce que l'on va voir.
Du balai les amoureux, les enragés du bécot.
Cà tombe bien l'employée à l'entretien du parc va se charger de faire respecter cette morale et sous le prétexte de dépoussiérer les bancs, inviter fermement les deux amoureux à déguerpir.
Du balai. Ouste.
Ce qu'ils vont faire de guerre lasse. Apparemment la Sainte Famille Machin et son alliée semble bien avoir gagné son combat contre les malappris.
Pas tout à fait cependant car elle est encore en train de se féliciter pour cette victoire qu'un autre couple arrive qui risque bien de soulever encore plus la critique.
L'association Minos d'Aide à la réinsertion de Monthureux sur Saône offrait au public les rafraichissement préparés par des personnes en RSA. Nous avons eu le plaisir de retrouver parmi elles notre amie Diana Kennedy qui présentait ses ouvrages. Un repas était servi après le spectacle.
Chacun de nous peut être victime de l'intolérance.
Chacun de nous peut en faire preuve. Les RSA font partie de ces Katégories régulièrement stigmatisés par les âmes bien nées et pensant justes. L'étiquette "assisté" leur colle souvent à la peau. Pour la plupart ce n'est pas le cas. Peut on parler d'assistanat à propos de personnes aussi actives et courageuses que Diana ? Nous pouvons la citer même si sa modestie doit en souffrir puisqu'elle était là ce soir.
L'intolérance c'est aussi dans la façon dont vous jugez un demandeur d'emploi : chômeur longue durée = feignant = on n'en veut pas. Bingo. La boucle est bouclée.
L'atelier théâtre, les différentes associations et chantiers d'insertion ont justement pour but d'aider ceux qui n'arrivent pas à retrouver une place sur le marché du travail en les conseillant et les formant.
Un atelier théâtre, une représentation donnée en public peut être le déclic qui va permettre à un exclu d'avoir plus d'assurance devant un embaucheur, de se vendre mieux, de prouver qu'il est capable d'aborder une situation nouvelle et d'en être lui-même persuadé.
Malheureusement on est toujours l'intolérant d'un autre et, l'amoureux dérangé, le RSA brocardé, peut être demain celui qui s'indignera que l'on puisse accueillir en France des sans papiers ou se rendra coupable de violences sur sa femme ou un de ses enfants.
Il n'y a pas de petites ou de grande intolérances, de discrimination positive ou négative. Il y a l'acceptation de l'autre ou le refus. C'est ce qu'à voulu montrer ce soir l'atelier théâtre CTPS.
J'ai aimé :
-L'accueil princier, les rafraichissements, les amuse-gueules préparés par l'équipe de RSA et Minos. Les échanges avec ceux-ci.
- La petite peste, la donzelle effrontée et impertinente, la chipie tournicotante et horripilante au crâne béret marine et au costume de petite fille modèle.
- Sa mère, plus harpie tu ne peux, sa vindicte et son indignation.
- La mauvaise humeur de la balayeuse, sa grogne et son intransigeance pour faire évacuer le couple.
-Les deux amoureuses venant in fine narguer les donneuses de leçons.
Je n'ai pas aimé :
- Les bandes fluo sur la veste de travail dont le reflet a fait rater pas mal de photos. Désolé, mais sans flash tout aurait été flou.