Happy

par LES VOIVRES 88240  -  15 Octobre 2016, 04:50  -  #Hêtre nomade

Happy

Ce soir repas partagé, pour tous les habitants de Les Voivres qui répondront à l'invitation de Pierre-Olivier et d'Aurélie et pour tous les amis de ceux-ci.

Je viens de cuire une tourte et vais la réchauffer afin qu'elle soit plus goûtante. C'est la seule chose que je sais cuisiner. Enfin c'est mangeable. Sans fausse modestie, je dirais même que c'est une tourte qui concurrencerait sans problèmes les fouaces pour lesquelles une Guerre Pichroline fut déclarée.

Happy donc et pour tous ceux qui, pauvres et malheureux exilés loin de Les Voivres, ne pourront venir partager ce repas nous leurs avons retrouvé un extrait du combat de géants que mena Frère Jean.

Si mes souvenirs de géographie ne sont pas trop Alzheimerisés cette bataille eut lieu dans l'Ouest de la France, pas trop loin de La Flèche donc.

Espérons donc que ce passage rendra notre fidèle lecteur "Happy" en attendant de lui montrer quelque chose de plus subtantifique sur cet évènement

Happy
 
La guerre picrocholine
 
Le combat de Frère Jean
C’est une simple querelle entre les fouaciers de Lerné, marchands de galettes, et les bergers de Grandgousier, qui se trouve à l’origine de cette guerre. Les fouaciers, sujets du roi Picrochole, se plaignent à ce dernier qui réplique immédiatement en mobilisant troupes et matériel sans réflexion ni déclaration préalable, il dévaste les terres de son voisin. Les moines de l’abbaye de Seuilly sont affolés par l’invasion des ennemis qui saccagent leurs vignes. Tandis qu’ils prient, Frère Jean des Entommeures, décidé à ne pas laisser détruire ses vignes, intervient dans la mêlée.
 
 
Sur ces paroles, il ôta sa grande robe et se saisit du bâton de la croix, qui était en cœur de sorbier, long comme une lance, tenant bien en main et parsemé de fleurs de lys, presque toutes effacées.
Et il sortit ainsi, vêtu de sa casaque, le froc accroché à sa ceinture. Et du bâton de la croix, il donna si brusquement sur les ennemis, qui, sans ordre, ni enseigne, ni tambour, ni trompette, grappillaient dans l’enclos ( car les porte-drapeau et les porte-enseigne avaient posé leurs drapeaux et leurs enseignes le long des murs, les tambourineurs avaient défoncé leurs tambours pour les emplir de raisin, les trompettes étaient chargés de ceps, chacun de son côté ), il les chargea donc si rudement, sans crier gare, qu’il les renversait comme des porcs, frappant à tort et à travers, selon l’ancienne escrime.
Aux uns il écrabouillait la cervelle, aux autres il rompait bras et jambes, à d’autres il démettait les vertèbres du cou, à d’autres il disloquait les reins, ravalait le nez, pochait les yeux, fendait les mâchoires, renfonçait les dents dans la gueule, défonçait les omoplates, brisait les jambes, déboitait les hanches, émiettait les tibias.
Si quelqu’un voulait se cacher au plus épais des ceps, il lui froissait toute l’épine dorsale et l’éreintait comme un chien.

Si un autre voulait se sauver en fuyant, il lui réduisait la tête en miettes à travers la suture lambdoïde.

Si quelque autre grimpait dans un arbre, pensant y être en sûreté, de son bâton il l’empalait par le fondement.

Si quelqu’un de ses connaissances lui criait : « -Ah, Frère Jean, mon ami, Frère Jean, je me rends ! -

Tu y es, disait-il, bien forcé. Mais tu vas aussi rendre ton âme à tous les diables ! » Et d’un coup il l’étendait.

Et s’il y en avait d’assez téméraires pour lui résister en face, il démontrait là la force de ses muscles. Il leur transperçait la poitrine par le thorax et le cœur. A d’autres, en frappant au bas des côtes, il retournait l’estomac, ce dont ils mouraient aussitôt. D’autres, il les frappait si férocement au nombril qu’il leur faisait sortir les tripes. A d’autres, à travers les couilles il perçait le boyau culier. Croyez bien que c’était le plus horrible spectacle qu’on ait jamais vu.

Les uns criaient : Sainte Barbe !

D’autres : Saint Georges !

D’autres : Sainte Nitouche !

D’autres : Notre-Dame de Cunault ! de Lorette ! de Bonnes Nouvelles ! de la Lenou !de Rivière!

Les uns se vouaient à Saint Jacques; d’autres au saint Suaire de Chambéry mais il brûla trois mois plus tard, si bien qu’on n’en put sauver un seul brin ; d’autres à Cadouin ; d’autres à Saint Jean d’Angély ; les autres à saint Eutrope à Saintes, à saint Mesme de Chinon, à Saint Martin de Candes, à saint Cloud de Cinay, aux reliques de Javarsay, et mille autres bons petits saints.

Les uns mouraient sans confession, les autres criaient à pleine voix : « Confession ! Confession ! J’avoue mes péchés ! Miséricorde ! Je me remets en tes mains, Seigneur !»

Si forts étaient les cris des blessés que le prieur de l’abbaye sortit avec tous ses moines; lorsqu’ils aperçurent tous ces pauvres gens renversés au milieu de la vigne et blessés à mort, ils en confessèrent quelques uns.

 

Rabelais, Gargantua, chapitre XXV, 1534

 
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E
Auprès des yourtes,
nous goûterons la tourte
nous tourterons la goutte
Euh non... la bière !
Bref nous nous réjouirons.
Will be happy
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L
Merci, entre la présentation du livre Sentier Sauvage de Diana Kennedy ce fut un samedi soir entre ami chargé d'émotions
N
Et dire qu'il y a une vingtaine de minutes à peine, je viens de parler, dans "La Météo des Vallées" de ce jour, de l'influence de la "fée verte" sur les poètes... ☺
Bonne soirée à tous !
N
« Frère Jean » vous remercie de cette page "gargantuesque". On remarque que rien n'a vraiment changé puisqu’on se trucidait déjà "joyeusement" au nom de tous les Saints, des églises et par conséquent de Dieu.
Bonne nouvelle Bernard : pas le moindre symptôme d'une éventuelle "alzheimerisation", puisque Seuilly se trouve non loin de Chjnon, à 80 km de La Flèche.
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L
Il me semblait bien que vous n'étiez pas loin de la plus douce région de France. Si seulement je savais écrire comme çà ?