En sourdine

par LES VOIVRES 88240  -  17 Août 2016, 04:49  -  #Artistes

Photo Evelyne

Photo Evelyne

 

 

En Sourdine

 

C'est l'heure brune et grise où tout s'apaise.

Les arbres ont retenu le soleil,

Fissurant de noir son disque vermeil,

Qui lentement éteint toutes ses braises.

 

Le chant des oiseaux disparaît dans les

Fourrés fleuris perdant leurs falbalas,

A l'ombre des foulards tissés par la

Nuit. Le haut cri du jour est refoulé.

 

La faune vit, mais les sons agonisent,

La biche entame un ballet silencieux :

Un pas, une halte et un saut gracieux...

Plus rien ne s'entend, pas même la brise...

 

Déjà, la polaire comme un point d'or

Luit, la lune gibbeuse met son masque,

Les brumes trop lourdes traînent leurs frasques.

C'est l'heure brune et grise où tout s'endort

 

In Le Pavillon Mélancolique

Géraldine Munier

 

Illustration du poème  pour " Le Pavillon Mélancolique"

Illustration du poème pour " Le Pavillon Mélancolique"

A défaut de retrouver le poème de Verlaine que je cherchais, j'ai partagé celui de Géraldine qui aurait très bien illustré l'article "Soirée d'Eté" d'Evelyne.

Il a été écrit il y a plusieurs années dans le style de Verlaine qui faisait partie du mouvement littéraire Les Parnassiens. Un aspect majeur du Parnasse est le culte du travail : le poète est un sculpteur ou même un laboureur qui transforme le langage en beau. Deux de ses vers sont devenus le symbole des messages adressés à la Résistance à l'occasion du débarquement.

« Les français parlent aux français. Veuillez écoutez tout d’abord quelques messages personnels :
« Les sanglots longs des violons de l’automne, je répète, les sanglots longs des violons de l’automne, blessent mon cœur d’une langueur monotone, je répète blessent mon cœur d’une langueur monotone»

De tous les messages publiés publiés par la BBC le jour du débarquement ce poème de Verlaine est celui dont tout le monde se souvient. il a été émis en deux fois. Début juin, le premier vers est cité sur les ondes « Les sanglots longs des violons de l’automne »… Les destinataires le savent, cela indique l’imminence de l’opération : le débarquement se déroulera dans la semaine à venir.

Le 5 juin 1944, à 21h 15, le vers tant attendu ," blessent mon coeur d'une langueur monotone " est enfin lancé après l’introduction musicale, des premières mesures de la 5ème symphonie de Beethoven, (qui en Morse est un « V » comme Victoire) Le débarquement est une question d’heures.

Pourquoi avoir choisi ce poème ? D'autres étaient aussi connus sinon plus.

Il faut croire qu'il y avait  à Londres un amoureux de Verlaine. Il n'était pas le seul car les services allemands connaissaient eux aussi le poète et le sens du message.

Par chance l'opération "Fortidute" avait convaincu Hitler que ce débarquement n'était qu'un leurre.

Etrange destin pour un poème et un auteur aussi peu guerriers de se retrouver le symbole d'une des plus grandes opérations militaires que l'histoire a connue.

Question aux spécialistes :

Les esprits qui ont conçu Fortitude auraient ils choisi ce message justement parce qu'il n'avait rien de belliqueux ?

 

Barge de débarquement alliée arrivant en vue d'Omaha beach (le 6 juin 1944)

Barge de débarquement alliée arrivant en vue d'Omaha beach (le 6 juin 1944)

 

Chanson d'automne

Les sanglots longs
Des violons
De l'automne
Blessent mon coeur
D'une langueur
Monotone.

Tout suffocant
Et blême, quand
Sonne l'heure,
Je me souviens
Des jours anciens
Et je pleure

Et je m'en vais
Au vent mauvais
Qui m'emporte
Deçà, delà,
Pareil à la
Feuille morte.

In Poèmes Saturniens

Paul Verlaine

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E
J'aime à lire le poème de Géraldine.
Ce mouvement de la Parnasse qui se veut un art où la beauté prime plutôt que d'être utile mais qui va dégager un travail dur dans la façon de poser et agencer les mots de la part de l'artiste. J'ai appris l'année dernière en m'intéressant aux révisions du bac de français de mon fils.
Je te remercie, Bernard, d'avoir associé ma photo à ce joli poème.
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L
Théophile Gautier était un des membres tout le contraire de Verlaine, un vocabulaire flamboyant
N
Il me semble que l'"Opération Fortitude" (désinformation et diversion) et l'imminence du Débarquement (conduite à tenir
- 4 juin : « Les sanglots longs des violons de l'automne… » : une strophe de la chanson d'automne de Verlaine donne aux résistants l'ordre de sabotage généralisé des installations ferroviaires non encore détruites et des installations téléphoniques.
- 5 juin : « … blessent mon cœur d'une langueur monotone » : la seconde partie de la strophe vient d'être diffusée sur la radio de Londres. Mobilisation générale de tous les réseaux et passage à l'offensive : attaques de dépôts de munitions, de stations de transmission, embuscades sur tout le réseau routier, harcèlement des convois allemands)
sont deux choses sensiblement différentes.

Peut-être que Georges Bégué, officier français du S.O.E.
https://fr.wikipedia.org/wiki/Georges_B%C3%A9gu%C3%A9
ou un de ses "collègues" étaient admirateurs de Verlaine... ou bien de Trenet
« Dans le message personnel diffusé sur la BBC, les sanglots bercent, alors que pour Verlaine ils blessent...
En effet, le texte utilisé ne faisait pas référence (directe) aux vers de Paul Verlaine, mais aux paroles de la chanson, très populaire à l'époque, de Charles Trenet inspirée bien évidemment du poème de Verlaine mais avec quelques divergences. »
(Les dossiers de doctsf)
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N
Si vous voulez mais "Fortitude" consiste effectivement à faire croire que le Débarquement aura lieu vers Calais alors que le message codé en question annonce son imminence et précise ce qui a lieu de faire une fois qu'il est déclenché. A Calais plutôt qu’en Normandie, il aurait été vraisemblablement le même.
Qu’importe d'ailleurs puisque, il y aura 72 ans, dans 8 jours très exactement, Paris était libéré;
L
Fortitude est liée au débarquement puis que don but était de faire que celui ci auarit lieu vers Calais au point le plus étroit de la Manche