Ipono et les sacs de douleurs

par LES VOIVRES 88240  -  25 Janvier 2016, 04:36  -  #Artistes, #Ecole

L'imagination au pouvoir

L'imagination au pouvoir

Quand une institutrice amoureuse depuis toujours de Les Voivres tombe par hasard sur lesvoivres88240, elle devient une lectrice assidue.

Elle a ainsi découvert l'album " Ipono et les sacs de douleurs ", écrit par Morgane et illustré par Claire Munier et l'a acheté.

Dernièrement elle a eu connaissance des fameux Cahiers de La Chanson des Cerises qui, ante bellum, c'est le cas de le dire, avaient placé Les Voivres dans le club très, très, très fermé, d'écoles, quelques centaines seulement, utilisant à l'époque les méthodes pédagogiques d'avant-garde de Freinet.

Freinet qui mettait les potentialités de l'enfant au dessus de tout. Freinet qui se serait reconnu dans la méthode d'éducation utilisée en Finlande que le film " Demain " nous fait découvrir et qui oeuvre pour que l'enfant apprenne à apprendre.

Il en était résulté, sans que personne dans le village ne s'y oppose ou même ne s'en étonne, ces fameux Cahiers de La Chanson des Cerises.

Un espace de liberté, de créativité décrivant d'une façon aussi juste que poétique et artistique la vie d'une école et d'une commune rurale.

Aujourd'hui les derniers cahiers qui n'ont pas servi à allumer les fagots, selon l’expression du linograveur de l’imprimerie, Pierre Broggini, ont été en grande partie sauvé de l'oubli grâce à une recherche enclenchée par Mr Noël Jean, notre chercheur infatigable sur le Web.

Et grâce ensuite à une dizaine de personnes qui ont participé à cette opération nous avons pu avoir ces cahiers en main, les scanner et les partager.

Une merveille mais aussi comme nous le disions plus haut, un espace de liberté.

Comme si une règle tacite avait été établie où tout ce qui serait écrit par les élèves ne donnerait pas suite à des réprimandes et sanctions de la part des parents et de l'instituteur.

Un espace qui rappelait le droit d'asile accordé à celui, qui poursuivi par la justice, pouvait au Moyen-Âge se réfugier dans une église.

Moi-même qui était en 5ème en mai 68, je me souviens des grandes réformes de l’enseignement projetées alors. Très vite tout rentra dans le rang. Si j'ai toujours eu des professeurs qui s'impliquaient à fond dans la réussite de leurs élèves , je n'ai pas connu ces moments où l'on pouvait laisser libre cours à sa créativité et à son imagination.

J'ai bien l'impression qu'en découvrant ces cahiers Évelyne est tombée dedans et veut essayer pendant les heures permises par le programme de revivre cette aventure et de la partager sur Internet.

Ce n'est pas nous qui allons la contredire surtout quand pour son premier article elle fait travailler ses élèves sur l'album  illustré par Claire.

Evelyne a donc laissé l'imagination de ses élèves prendre le pouvoir. Elle nous montre là leurs réalisations. Je suis entièrement d'accord pour favoriser ces méthodes qui doivent donner plus de confiance et d'assurance aux enfants, qui doivent leurs permettre de savoir qu'ils ont tous en eux un potentiel énorme.

Mais ce n'est pas seulement eux qui sont capables d'apprendre, de créer, d'évoluer. C'est tout le monde et à tous les âges.

Alors que nous sommes dans une société qui bouge à toute allure, et que dans les grands discours officiels, patrons, dirigeants, décideurs, recruteurs nous demandent d'être prêts à nous adapter, dans la réalité, dans la pratique, presque plus personne ne veut courir le risque de vous intégrer dans le monde du travail en vous laissant une chance de vous former à un nouveau métier.

Aujourd'hui des organismes organisent des stages pour les seniors à la recherche de travail.
Certains de ces stages sont ouverts à toutes personnes de plus de 45
ans.

Vous êtes ainsi condamnés alors qu'avec l'allongement de l'âge de la retraite vous avez tout juste fait la moitié de votre carrière professionnelle à vous voir coller dans le dos la mention : Senior, ne peut plus s'adapter à une nouvelle fonction.

Quelle société peut se permettre un tel gâchis de ressources humaines, quelle société peut vouloir à tout prix greffer sur chacun une étiquette indélébile qu'il devrait garder toute la vie ?

Il existe un BEP spécial Employé Funéraire parmi les dizaines de milliers d'autres diplômes de toute importance mais tout aussi sélectifs décernés en France.

Quelle société a le droit de juger qu'il est nécessaire d'avoir une mention aussi hyper spécialisée pour travailler dans la partie administrative d'un funérarium ?

Ne vaudrait il pas mieux une qualification bien plus générale qui permettrait de trouver du travail dans des branches plus diverses ?

Cette société c'est la notre, c'est la France.

C'est pourquoi nous ne pouvons que signer des deux mains, chaque fois qu'une personne ou une commune comme Les Voivres affiche en grand :

" Ils sont tous capable d'apprendre à apprendre, quel que soit leur âge, leur parcours ou leurs qualifications."

Native de Les Voivres, Claire Munier travaille actuellement à Metz. Mais depuis quelques mois, elle n'a plus qu'une envie, une énorme, une irrésistible envie : revenir habiter à Les Voivres.

Oui mais pas n'importe où, sous la yourte d'Aurélie et de Pierre Olivier qu'elle a rachetée et qui une fois rénovée, doit être installée sur le site de l'habitat groupé.

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
N
Des quelque 27 écoles, pratiquant, avant guerre, la pédagogie Freinet et recensées dans les Vosges, seuls (à ma connaissance) les cahiers de 3 écoles sont accessibles sur le Net :
Ecole de Voivres par Bains-le-Bains - 88 : "La chanson des cerises"
Ecole de Taintrux - 88 : "Le val de Taintroue"
Ecole de Vecoux - 88 : "Le petit Picosé"

On sait, par ailleurs, que les élèves de Les Voivres ont correspondu avec ceux de l'Ecole du Thoronet - 83 : "Entrécolo" d'où ils auraient reçu des vers à soie.
N'y aurait-t-il pas encore quelques cahiers qui n'auraient pas servi à allumer les fagots ?
Répondre
L
Je cois que presque toute la collection a été retrouvée.
L
ES VOIVRES 88240 • 01-25-2016 14:26 • Ipono et les sacs de douleurs
N'oublions pas non plus que respect du programme ou pas, quel que soit le type d'enseignement qui est mis en œuvre ils faut aussi des enseignants motivés et des parents qui leurs fassent confiance et suivent dans la mesure de leurs possibilités le travail des enfants. Je crois me souvenir qu'à Gruey les Surance il y a eu avant que l'école ne ferme une grande mésentente entre certains parents et l'école. A Les Voivres même, il suffit de voir le monde qu'il y avait pour saluer la fermeture de l'école pour voir que les institutrices étaient appréciées. Et d'ailleurs elles continuent de suivre les activités du village.

Personnellement je regrette les moments où Madame Viry venait à la bibliothèque et où je l'entendais travailler avec ses élèves.
Répondre
E
Evelyne • 01-25-2016 12:17 • Ipono et les sacs de douleurs
En premier lieu, je voudrais remercier Bernard qui publie ici, chez vous, mon article en décrivant très bien la situation. Il a les mots justes, ceux qui accompagnent et enrichissent parfaitement mon article.

Une des choses que je voudrais faire passer à mes élèves, c'est qu'ils analysent toute situation pour vivre de façon cohérente avec les interrogations et inepties du monde qui les entourent afin qu'ils soient heureux mais ceci, toujours dans le respect.

Sans Claire et Morgane, sans mes élèves de CP, cet article n'aurait pas eu lieu. Merci à eux.

Quand ce matin, dès la rentrée en classe, ils me demandent de revoir « les dessins avec la musique » je suis comblée. Quand ils annoncent aussi que le « papa a été ému » et que la « maman a eu des larmes dans les yeux », c'est me prouver que cette séance n'a pas été vaine.
Répondre