Quand le Val de Vôge a décidé qu'il ne voulait pas mourir
20 Novembre 2015
A ma demande Mr Jean Noël et Géraldine Munier, deux natifs de Les Voivres ont partagé un article. Ce sont deux personnes d'expérience mais venus à cette réflexion par des chemins complétement différents.
Mr Jean Noël, ancien militaire a participé, entre autres à une mission pour maintenir la paix au Liban. Il sait de quoi il parle quand, régulièrement, il dénonce depuis des mois les terroristes sur ces pages ou dans ses commentaires.
Il est aussi féru d'histoire ce qui lui permet d'analyser les évènements de ces jours avec un esprit très critique mais sans à priori.
Sa croisade, c'est le devoir de mémoire. Il venait tout juste d'écrire un article sur toutes les guerres quand il va lui falloir en ajouter une de plus à la si longue liste.
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A Les Voivres comme à La Flèche et dans tout le Pays, va-t-on, dorénavant, se souvenir plus de ce 13 novembre 2015 que du 11 Novembre 1918 ?Pas sûr, mais il est certain que chaque année, au mo...
http://www.loomji.fr/les-voivres-88520/vie-locale/13-novembre-2015-21819.htm
Géraldine Munier fait partie de la jeune génération, de celle qui était visée en premier lieu le 13 novembre. Depuis ce jour beaucoup d'élus dans leurs messages nous disent de ne pas avoir peur, de ne pas se replier sur soi-même, de respecter les autres et les valeurs républicaines. Pour vaincre ses peurs et les exprimer, depuis plusieurs années, elle a choisie deux voies : la poésie et le karaté.
Elle partage un poème de René Daumal. auquel elle a consacré sa thèse.
Né en 1908, mort de maladie en 1944, il fut poète, critique, essayiste, indianiste, écrivain et dramaturge. Ce fut aussi avec Alfred Jarry, l'auteur de Ubu Roi, Boris Vian et quelques autres artistes un des membre du Collège de Pataphysique ( science des solutions imaginaires) sérieux et dictateurs s'abstenir.
Ayant pris connaissance de sa maladie, une tuberculose déjà avancée, René Daumal séjourne le plus possible en montagne, dans les Pyrénées mais surtout dans les Alpes chez la pharmacienne Geneviève Lief qui deviendra une élève. C’est la guerre. Il s’est marié avec Véra, juive. Il vit dans des conditions matérielles extrêmement difficiles. Il compose ses plus belles lettres, se remet à la poésie, écrit La Guerre sainte et commence son œuvre majeure, le célèbre et inachevé Mont Analogue, démonstration du langage analogique et de l’écriture à multiples strates de compréhension.
Dans "La Guerre Sainte " René Daumal se montre étrangement visionnaire. Ont-ils dit autre chose tous ces élus lundi pendant la cérémonie pour commémorer les morts du 13 novembre ?
Se connaître soi-même pour vaincre les peurs et les démons, pour rester un juste debout.
Extrait
"Je parlerai pour m'appeler à la guerre sainte. Je parlerai pour dénoncer les traîtres
que j'ai nourris. Je parlerai pour que mes paroles fassent honte à mes actions,
jusqu'au jour où une paix cuirassée de tonnerre règnera dans la chambre de l'éternel
vainqueur.
Et parce que j'ai employé le mot de guerre, et que ce mot de guerre n'est plus aujourd'hui
un simple bruit que les gens instruits font avec leurs bouches, parce que c'est maintenant
un mot sérieux et lourd de sens, on saura que je parle sérieusement et que ce ne sont pas
de vains bruits que je fais avec ma bouche.
Printemps 1940."
La Guerre Sainte de René Daumal
Je vais faire un poème sur la guerre. Ce ne sera peut-être pas un vrai poème, mais
ce sera sur une vraie guerre.
Ce ne sera pas un vrai poème, parce que le vrai poète, s'il était ici, et si le bruit se
répandait parmi la foule qu'il allât parler - alors un grand silence se ferait, un lourd
silence d'abord se gonflerait, un silence gros de mille tonnerres.
Visible, nous le verrions, le poète et voyant, il nous verrait ; et nous pâlirions dans
nos pauvres ombres, nous lui en voudrions d'être si réel, nous les malingres, nous
les gênés, nous les tout-chose.
Il serait ici, plein à craquer des multitudes des ennemis qu'il contient - car il les
contient, et les contente quand il veut - incandescent de douleur et de sacrée
tranquille comme un artificier, dans le grand silence il ouvrirait un petit robinet, le tous
petit robinet du moulin à paroles, et par là nous lâcherait un poème, un tel poème
qu'on en deviendrait vert.
Ce que je vais faire ne sera pas un vrai poème poétique de poète, car si le mot
"guerre" était dit dans un vrai poème - alors la guerre, la vraie guerre dont parlerait le
vrai poète, la guerre sans merci, la guerre sans compromis s'allumerait
définitivement dans le dedans de nos coeurs.
Car dans un vrai poème les mots portent leurs choses.
Mais ce ne sera pas non plus discours philosophique. Car pour être philosophe, pour
aimer la vérité plus que soi-même, il faut être mort à l'erreur, il faut avoir tué les
traîtres complaisances du rêve et de l'illusion commode. Et cela, c'est le but et la fin
de la guerre, et la guerre est à peine commencée, il y a encore des traîtres à
démasquer.
Et ce ne sera pas non plus oeuvre de science. Car pour être un savant, pour voir et
aimer voir les choses telles qu'elles sont, il faut être soi-même, et aimer se voir, tel
qu'on est. Il faut avoir brisé les miroirs menteurs, il faut avoir tué d'un regard
impitoyable les fantômes insinuants. Et cela, c'est le but et la fin de la guerre, et la
guerre est à peine commencée, il y a encore des masques à arracher.
Et ce ne sera pas non plus un chant enthousiaste. Car l'enthousiasme est stable
quand le dieu s'est dressé, quand les ennemis ne sont plus que des forces sans
formes, quand le tintamarre de guerre tinte à tout casser, et la guerre est à peine
commencée, nous n'avons pas encore jeté au feu notre literie.
Ce ne sera pas non plus une invocation magique, car le magicien demande à son
dieu "Fais ce qui me plaît", et il refuse de faire la guerre à son pire ennemi, si
l'ennemi lui plaît et pourtant ce ne sera pas davantage une prière de croyant, car le
croyant demande à son Dieu: "Fais ce que tu veux", et pour cela il a dû mettre le fer
et le feu dans les entrailles de son plus cher ennemi, - ce qui est le fait de la guerre,
et la guerre est à peine commencée.
Ce sera un peu de tout cela, un peu d'espoir et d'effort vers tout cela, et ce sera
aussi un peu un appel aux armes. Un appel que le jeu des échos pourra me
renvoyer, et que peut-être d'autres entendront.
Vous devinez maintenant de quelle guerre je veux parler.
Des autres guerre - de celles que l'on subit - je ne parlerai pas. Si j'en parlais, ce
serait de la littérature ordinaire, un substitut, un à-défaut, une excuse. Comme il
m'est arrivé d'employer le mot "terrible" alors que je n'avais pas la chair de poule.
Comme j'ai employé l'expression "crever de faim" alors que je n'en étais pas arrivé à
voler aux étalages. Comme j'ai parlé de folie avant d'avoir tenté de regarder l'infini
par le trou de la serrure. Comme j'ai parlé de mort, avant d'avoir senti ma langue
prendre le goût de sel de l'irréparable. Comme certains parlent de pureté, qui se sont
toujours considérés comme supérieurs au porc domestique. Comme certains parlent
de liberté, qui adorent et repeignent leurs chaînes. Comme certains parlent d'amour,
qui n'aiment que l'ombre d'eux-mêmes. Ou de sacrifice, qui ne se couperaient pour
rien le plus petit doigt. Ou de connaissance, qui se déguisent à leurs propres yeux.
Comme c'est notre grande maladie de parler pour ne rien voir.
Ce serait un substitut impuissant, comme des vieillards et des malades parlent
volontiers des coups que donnent ou reçoivent les jeunes gens bien portants.
Ai-je donc le droit de parler de cette autre guerre - celle qu'on ne subit pas seulement
alors qu'elle n'est peut-être pas irrémédiablement allumée en moi ? Alors que j'en
suis encore aux escarmouches ? Certes, j'en ai rarement le droit. Mais "rarement le
droit", cela veut dire aussi "quelquefois le devoir" et surtout "le besoin", car je n'aurai
jamais trop d'alliés.
J'essaierai donc de parler de la guerre sainte.
Puisse-t-elle éclater d'une façon irréparable Elle s'allume bien, de temps en temps,
ce n'est jamais pour très longtemps. Au premier semblant de victoire, je m'admire
triompher, et je fais le généreux, et je pactise avec l'ennemi. Il y a des traîtres dans la
maison, mais ils ont des mines d'amis, ce serait si déplaisant de les démasquer! Ils
ont leur place au coin du feu, leurs fauteuils et leurs pantoufles, et ils viennent quand
je somnole, en m'offrant un compliment, une histoire palpitante ou drôle, des fleurs et
des friandises, et parfois un beau chapeau à plumes. Ils parlent à la première
personne, c'est ma voix que je crois entendre, c'est ma voix que je crois émettre : "je
suis ..., je sais ... , Je veux..., qui me crient "Ne nous crève pas, nous sommes du
même sang !", pustules qui pleurnichent : "Nous sommes ton seul bien, ton seul
ornement, continue donc à nous nourrir, il ne t'en coûte pas tellement !".
Et ils sont nombreux, et ils sont charmants, ils sont pitoyables, ils sont arrogants, ils
font du chantage, ils se coalisent mais ces barbares ne respectent rien - rien de vrai,
je veux dire, car devant tout le reste, ils sont tire-bouchonnés de respect. C'est grâce
à eux que je fais figure, ce sont eux qui occupent la place et tiennent les clefs de
l'armoire aux masques. Ils me disent "Nous t'habillons sans nous, comment te
présenterais-tu dans le beau monde ?" -Oh plutôt aller nu comme une larve !
Pour combattre ces armées, je n'ai qu'une toute petite épée, à peine visible à l'oeil
nu, coupante comme un rasoir, c'est vrai, et très meurtrière. Mais si petite vraiment,
que je la perds à chaque instant. Je ne sais jamais où je l'ai fourrée. Et quand je l'ai
retrouvée, alors je la trouve lourde à porter, et difficile à manier, ma meurtrière petite
épée.
Moi, je sais dire à peine quelques mots, et encore ce sont plutôt des vagissements,
tandis qu'eux, ils savent même écrire. Il y en a toujours un dans ma bouche, qui
guette mes paroles quand je voudrais parler. Il les écoute, garde tout pour lui, et
parle à ma place, avec les mêmes mots - mais son immonde accent. Et c'est grâce à
lui qu'on me considère, et qu'on me trouve intelligent. (Mais ceux qui savent ne s'y
trompent pas: puissè-je entendre ceux qui savent !)
Ces fantômes me volent tout. Après cela, ils ont beau jeu de m'apitoyer "Nous te
protégeons, nous t'exprimons, nous te faisons valoir. Et tu veux nous assassiner!
Mais c'est toi-même que tu déchires, quand tu nous rabroues, quand tu nous tapes
méchamment sur notre sensible nez, à nous tes bons amis."
Et la sale pitié, avec ses tiédeurs, vient m'affaiblir. Contre vous, fantômes, toute la
lumière! Que j'allume la lampe, et vous vous tairez. Que j'ouvre un oeil, et vous
disparaîtrez. Car vous êtes du vide sculpté, du néant grimé. Contre vous, la guerre à
outrance. Nulle pitié, nulle tolérance. Un seul droit: le droit du plus être.
Mais maintenant, c'est une autre chanson. Ils se sentent repérés. Alors, ils font les
conciliants. "En effet, c'est toi le maître. Mais qu'est-ce qu'un maître sans serviteurs ?
Garde-nous à nos modestes places, nous promettons de t'aider. Tiens, par exemple :
figures-toi que tu veuilles écrire un poème. Comment ferais-tu sans nous ?"
Oui, rebelles, un jour je vous remettrai à vos places. Je vous courberai sous mon
joug, je vous nourrirai de foin, et vous étrillerai chaque matin. Mais tant que vous
sucerez mon sang et volerez ma parole, oh! plutôt jamais n'écrire de poèmes !
Voyez la paix qu'on me propose. Fermer les yeux pour ne pas voir le crime. S'agiter
du matin au soir pour ne pas voir la mort toujours béante. Se croire victorieux avant
d'avoir lutté. Paix de mensonge! S'accommoder de ses lâchetés, puisque tout le
monde s'en accommode. Paix de vaincus Un peu de crasse, un peu d'ivrognerie, un
peu de blasphème, sous des mots d'esprit, un peu de mascarade, dont on fait vertu,
un peu de paresse et de rêverie, et même beaucoup si l'on est artiste, un peu de tout
cela, avec, autour, toute une boutique de confiserie de belles paroles, voilà la paix
qu'on me propose. Paix de vendus! Et pour sauvegarder cette paix honteuse, on
ferait tout, on ferait la guerre à son semblable. Car il existe une vieille et sûre recette
pour conserver toujours la paix en soi: c'est d'accuser toujours les autres. Paix de
trahison !
Vous savez maintenant que je veux parler de la guerre sainte.
Celui qui a déclaré cette guerre en lui, il est en paix avec ses semblables, et, bien
qu'il soit tout entier le champ de la plus violente bataille, au-dedans du dedans de lui-
même règne une paix plus active que toutes les guerres. Et plus règne la paix au-
dedans du dedans, dans le silence et la solitude centrale, plus fait rage la guerre
contre le tumulte des mensonges et l'innombrable illusion.
Dans ce vaste silence bardé de cris de guerre, caché du dehors par le fuyant mirage
du temps, l'éternel vainqueur entend les voix d'autres silences. Seul, ayant dissous
l'illusion de n'être pas seul, seul, il n'est plus seul à être seul. Mais je suis séparé de
lui par ces armées de fantômes que je dois anéantir. Puissè-je un jour m'installer
dans cette citadelle Sur les remparts, que je sois déchiré jusqu'à l'os, pour que le
tumulte n'entre pas la chambre royale !
"Mais tuerai-je ?" demande Ardjouna le guerrier. "Paiera-je le tribut à César ?"
demande un autre. - tue, est-il répondu, si tu es un tueur. Tu n'as pas le choix. Mais
si tes mains se rougissent du sang des ennemis, n'en laisses pas une goutte
éclabousser la chambre royale, où attend le vainqueur immobile. - Paie, est-il
répondu, mais ne laisse pas César jeter un seul coup d'oeil sur le trésor royal.
Et moi qui n'ai pas d'autre arme, dans le monde de César, que la parole, moi qui n'ai
d'autre monnaie, dans le monde de César, que des mots, parlerai-je ?
Je parlerai pour m'appeler à la guerre sainte. Je parlerai pour dénoncer les traîtres
que j'ai nourris. Je parlerai pour que mes paroles fassent honte à mes actions,
jusqu'au jour où une paix cuirassée de tonnerre règnera dans la chambre de l'éternel
vainqueur.
Et parce que j'ai employé le mot de guerre, et que ce mot de guerre n'est plus aujourd'hui
un simple bruit que les gens instruits font avec leurs bouches, parce que c'est maintenant
un mot sérieux et lourd de sens, on saura que je parle sérieusement et que ce ne sont pas
de vains bruits que je fais avec ma bouche.
Printemps 1940.
Poème extrait du recueil Poésie noire et poésie blanche
L'âme des guerriers
Sur Terre, nombreux sont les combattants
robustes, écrasants et redoutables;
les fiers seigneurs de la guerre
qui ne comptent plus leurs victoires;
mais combien ont su vaincre leur colère
et dompter la foule de leurs désirs ?
La plupart sont comme brin de paille au vent,
ils ignorent la voie sacrée du guerrier.
Géraldine Munier
in
La Voie Sacrée du Guerrier
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Sérénité - La voix sacrée du guerrier
Sérénité -Au dojo- Ne viens pas avec tes craintes, tes désirs ou ton mépris. Viens ... sans aucun souvenir, l'esprit libre, libéré. Dépouille-toi de tes armes, Délivre-toi de tes masques a...
http://lepavillon-melancolique.over-blog.com/2015/09/serenite.html