La faucheuse ne respecte pas les survivants.

par LES VOIVRES 88240  -  27 Octobre 2015, 05:37  -  #Municipalité

La faucheuse ne respecte pas les survivants.

Il y a quelques semaines, une équipe de bûcherons est venue couper et débarder des feuillus au Bois Jeandin, à 200 mètres de La Chapelle de Bonne Espérance. En voyant ces grumes dont certaines avaient encore des rameaux chargés de feuilles vertes, je me disais, oui je sais, on n'a que les pensées permises par son Q.I., je me disais donc ou plutôt je pensais que ces arbres avaient survécu à une sécheresse meurtrière pour beaucoup d'entre eux et au moment où quelques pluies et des températures plus fraiches allaient leurs permettre de reconstituer un peu leurs réserves, la faucheuse s'abat sur eux.

Comme ces poilus de 14-18 qui avaient connu toute l'horreur de la Grande Guerre et qui ont été tués quelques minutes ou quelques heures après l'armistice, dans une dernière attaque suicide, ordonnée par un état-major imbécile voulant grignoter un ou deux mètres de terrain supplémentaires pour essayer d'avoir plus de poids lors des négociations.

Ou qui sont morts de la grippe espagnole.

Comme ces prisonniers de camp de concentration fauchés par une dernière rafale tirée par les bourreaux SS qui s'enfuyaient.

Comme Robert Desnos vaincu par le typhus, le 8 juin 1945, après avoir survécu à la marche de la mort.

Une vie qui s'achève parait toujours plus injuste quand la victime s'est battue et a lutté de toutes ses forces pour échapper à cette fin.

Ce ne sont que des arbres, mais ce matin en partant photographier ceux de la Colausse, ayant souvenir de l'actualité régionale récente, je me demandais si la commune de Les Voivres qui se bat bec et ongles pour vivre ou pour survivre ne risquait pas elle aussi de connaître le même sort.

Ce ne sont que des arbres. Ce sont pourtant des êtres vivants. Une commune ce n'est pas un être vivant ! Une commune en général, je ne sais pas. Mais la notre, celle de Les Voivres , si ! Elle a une âme, elle est vivante. Elle peut donc aussi mourir.

Ce ne sont que des arbres. Mais comme certaines personnes vont à l'enterrement pour se sentir mieux vivantes, beaucoup d'autres frémissent secrètement de plaisir chaque fois qu'un coup dur arrive alentour. Elles se sentent alors mieux pensantes et plus intelligentes.

"- Je vous l'avais bien dit. "

Niet, trop facile de dire cela ! Devant ce genre d'argument fleurant bon la démagogie, nous restons de marbre, nous sommes frappés de surdité.

Pour le moment le cadavre ne sent encore pas, ne leurs déplaise. Encore vendredi arrivait à la mairie un mail d'une famille qui veut s'installer en Habitat Groupé avec Pierre Olivier, Fanny et Gilles et sans doute avec une troisième personne qui s'apprête à négocier l'achat d'une yourte pour la camper sur le terrain réservé à par la municipalité.

En définitive, si les pensées sont sombres, les nouvelles ne le sont pas forcément.

Désolé, Messieurs, si vous avez prévu d'aller festoyer sur la tombe de Les Voivres, il vous faudra encore faire Carême pendant longtemps.

La commune a une âme, elle est vivante.

La commune a une âme, elle est vivante.

Paul Eluard, dans le discours qu'il prononçât lors de la remise des cendres du poète, en octobre 1945 a écrit :

« Desnos a lutté. Tout au long de ses poèmes l'idée de liberté court comme un feu terrible, le mot de liberté claque comme un drapeau parmi les images les plus neuves, les plus violentes aussi. La poésie de Desnos, c'est la poésie du courage. Il a toutes les audaces possibles de pensée et d'expression. Il va vers l'amour, vers la vie, vers la mort sans jamais douter. Il parle, il chante très haut, sans embarras. Il est le fils prodigue d'un peuple soumis à la prudence, à l'économie, à la patience, mais qui a quand même toujours étonné le monde par ses colères brusques, sa volonté d'affranchissement et ses envolées imprévues. »

Rêvons un peu ôtons le mot mort, qui est un peu trop irréversible à notre goût, et remplaçons Desnos par Les Voivres et ses irréductibles gaulois.

Il aurait été d'accord car il fait parti de ceux qui ont donné leur vie pour que nous puissions vivre libres.

Le Bois Jeandin

Le Bois Jeandin

Les Inventeurs (1949).

Ils sont venus, les forestiers de l'autre versant, les inconnus de nous, les rebelles à nos usages.
Ils sont venus nombreux.
Leur troupe est apparue à la ligne de partage des cèdres
Et du champ de la vieille moisson désormais irrigué et vert.
La longue marche les avait échauffés.
Leur casquette cassait sur les yeux et leur pied fourbu se posait dans le vague.

Ils nous ont aperçus et se sont arrêtés.
Visiblement ils ne présumaient pas nous trouver là,
Sur des terres faciles et des sillons bien clos,
Tout à fait insouciants d'une audience.
Nous avons levé le front et les avons encouragés.

Le plus disert s'est approché, puis un second tout aussi déraciné et lent.
Nous sommes venus, dirent-ils, vous prévenir de l'arrivée prochaine de l'ouragan,
de votre implacable adversaire.
Pas plus que vous, nous ne le connaissons
Autrement que par des relations et des confidences d'ancêtres.
Mais pourquoi sommes-nous heureux incompréhensiblement devant
vou
s et soudain pareils à des enfants?

Nous avons dit merci et les avons congédiés.
Mais auparavant ils ont bu, et leurs mains tremblaient, et leurs yeux riaient sur les bords.
Hommes d'arbres et de cognée, capables de tenir tête à quelque ter
reur
mais inaptes à conduire l'eau, à aligner des bâtisses, à les enduire de couleurs plaisantes,
Ils ignoraient le jardin d'hiver et l'économie de la joie.

Certes, nous aurions pu les convaincre et les conquérir,
Car l'angoisse de l'ouragan est émouvante.
Oui, l'ouragan allait bientôt venir;
Mais cela valait-il la peine que l'on en parlât e
t qu'on dérang
eât l'avenir?
Là où nous sommes, il n'y a pas de crainte urgente.

René Char

***

La faucheuse ne respecte pas les survivants.
La faucheuse ne respecte pas les survivants.
La faucheuse ne respecte pas les survivants.
La faucheuse ne respecte pas les survivants.
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NOEL 27/10/2015 12:28

Derniers morts au combat (selon WikipédiA)

Le dernier jour de guerre a fait près de 11 000 tués, blessés ou disparus, soit plus que lors d'une opération majeure comme le Jour J en 1944 (si ne sont comptabilisées que les pertes alliées). Certains soldats ont perdu la vie lors d'actions militaires décidées par des généraux qui savaient que l'armistice avait déjà été signé. Par exemple, le général Wright de la 89e division américaine prit la décision d'attaquer le village de Stenay afin que ses troupes puissent prendre un bain, ce qui engendra la perte de 300 hommes.
À 10 h 45 du matin, soit 15 minutes avant l'heure du cessez-le-feu, Augustin Trébuchon a été le dernier soldat français tué. Estafette de la 9e compagnie du 415e régiment de la 163e division d'infanterie, il est tué d'une balle dans la tête alors qu'il porte un message à son capitaine. Le dernier britannique, George Edwin Ellison a été tué à 9 h 30 alors qu'il faisait une reconnaissance non loin de Mons en Belgique. Le dernier soldat canadien a été George Lawrence Price, deux minutes avant l'armistice. Il a d'abord été enterré à Havré avant d'être transféré à Saint-Symphorien (Belgique), au cimetière militaire. La pierre tombale d'Havré est exposée au musée d’Histoire militaire de Mons. Enfin l'Américain Henry Gunther est généralement considéré comme le dernier soldat tué lors de la Première Guerre mondiale, 60 secondes avant l'heure d'armistice, alors qu'il chargeait des troupes allemandes étonnées parce qu'elles savaient le cessez-le-feu imminent.
La date de décès des morts français du 11 novembre a été antidatée au 10 novembre par les autorités militaires. Deux hypothèses expliquent cette décision. L'hypothèse symbolique : pour les autorités militaires, il n'était pas possible ou trop honteux de mourir le jour de la victoire ; l'hypothèse matérielle : cette décision a été prise dans de nombreux cas par des médecins ou les chefs directs des soldats morts après l'armistice (dans ce cas, les épouses ne touchaient pas les pensions de guerre) afin d'éviter toute forme de contestation sur l'attribution des pensions des veuves de guerre.

NOEL 28/10/2015 17:11

Un lien intéressant
http://secretdefense.blogs.liberation.fr/2008/11/11/x/

LES VOIVRES 88240 28/10/2015 11:15

Je ne pense pas non plus qu'il y ait eu beaucoup de tués après l'armistice.
Je vais essayer de retrouver ce livre

NOEL 28/10/2015 10:54

Comme écrit précédemment, je n'exonère pas les Armées de leurs responsabilités et j'admets très aisément que certaines initiatives de militaires n’ont pas (les exemples ne manqueraient pas, de tous temps et jusqu’à notre époque contemporaine) toujours été bonnes. Néanmoins, celle d'antidater la mort des combattants du dernier jour, celui de l'Armistice, permettant aux veuves de toucher une pension, me paraît tout à fait acceptable et respectable du point de vue humain. En matière de faux, on a connu bien pire depuis !

Vu sur un forum :
«... Augustin Trébuchon: "L'énigme du dernier tué de 14/18".
Non, ne voyez là aucune provocation ! Le dernier tué au combat ? Qui est-il ?
Robert Dubois, à 22 ans, à Sémandria le 29 novembre 1918 ?
Le dernier mort des suites de ses blessures ? Qui est-il ? Quelle Gueule cassée ? Quel gazé ?
Et l'interné de l’hôpital de Cadillac, décédé vers la fin des années 1970 sans avoir repris ses esprits, resté fou, n'était-il pas la dernière victime ? »

Suite à pas mal de recherches, mais je me réjouirais de lire quelques pages du livre que vous souhaitez retrouver, il s'avère qu'il n'y aurait pas eu tant que cela de tués après l'Armistice. Naturellement, s'il y en a eu, c'est toujours trop (que dire des atrocités commises à la fin de la Guerre d'Algérie ?), surtout s'ils n'ont pas pu "bénéficier" de la mention « Mort pour la France » ou de droits leur revenant.
Clémenceau a dit : « Ils ont des droits sur nous »
http://mapage.noos.fr/moulinhg01/Histoire/1.guerre.mondiale/Clemenceau.nov17.html

LES VOIVRES 88240 27/10/2015 19:08

Les grands esprits se rencontrent, j'étais justement en train de faire un copier coller de cet article sur le blog quand j'ai vu l'annonce d'un message. Et c'était le votre.
je vais essayer de retrouver le livre il doit être au grenier qui parle d'attaques après 11 heures. Mais en partageant ce texte je pense que vous admettez que c'étaient, au moins dans certains cas, l'initiative de militaires.
rassurez vous je ne cherche pas à faire le procès de l'armée mais comme indiqué ici les états major savaient que l’armistice avait été signé à 5 h du matin

NOEL 27/10/2015 10:04

« Comme ces poilus de 14-18 qui avaient connu toute l'horreur de la Grande Guerre et qui ont été tués quelques minutes ou quelques heures après l'armistice, dans une dernière attaque suicide, ordonnée par un état-major imbécile voulant grignoter un ou deux mètres de terrain supplémentaires pour essayer d'avoir plus de poids lors des négociations. » : je suis tout à fait d'accord mais je veux tout de même rappeler, tout en ne les exonérant pas de leurs responsabilités, que les Armées exécutent - en principe - ce que leur ordonne le Gouvernement... composé essentiellement de civils, ce qui est encore vrai aujourd'hui, depuis une "reprise en mains" assez récente du pouvoir civil sur le pouvoir militaire.

Souhaitons pour Les Voivres « un village français » et vosgien qui résiste sans doute de son mieux pour le moment, ne sombre pas dans toutes sortes de tempêtes qui menacent irrémédiablement.

Pierre de Ronsard (1524-1585)
Elégies, XXIV

"Contre les bûcherons de la forêt de Gastine"

Écoute, bûcheron, arrête un peu le bras;
Ce ne sont pas des bois que tu jettes à bas;
Ne vois-tu pas le sang lequel dégoutte à force
Des nymphes qui vivaient dessous la dure écorce ?
Sacrilège meurtrier, si on pend un voleur
Pour piller un butin de bien peu de valeur,
Combien de feux, de fers, de morts et de détresses
Mérites-tu, méchant, pour tuer nos déesses ?
Forêt, haute maison des oiseaux bocagers !
Plus le cerf solitaire et les chevreuils légers
Ne paîtront sous ton ombre, et ta verte crinière
Plus du soleil d'été ne rompra la lumière.
Plus l'amoureux pasteur sur un tronc adossé,
Enflant son flageolet à quatre trous percé,
Son mâtin à ses pieds, à son flanc la houlette,
Ne dira plus l'ardeur de sa belle Janette.
Tout deviendra muet, Echo sera sans voix ;
Tu deviendras campagne, et, en lieu de tes bois,
Dont l'ombrage incertain lentement se remue,
Tu sentiras le soc, le coutre et la charrue ;
Tu perdras le silence, et haletants d'effroi
Ni Satyres ni Pans ne viendront plus chez toi.
Adieu, vieille forêt, le jouet de Zéphire,
Où premier j'accordai les langues de ma lyre,
Où premier j'entendis les flèches résonner
D'Apollon, qui me vint tout le coeur étonner,
Où premier, admirant ma belle Calliope,
Je devins amoureux de sa neuvaine trope,
Quand sa main sur le front cent roses me jeta.

Et de son propre lait Euterpe m'allaita.
Adieu, vieille forêt, adieu têtes sacrées,
De tableaux et de fleurs autrefois honorées.
Maintenant le dédain des passants altérés,
Qui, brûlés en l'été des rayons éthérés,
Sans plus trouver le frais de tes douces verdures,
Accusent tes meurtriers et leur disent injures.
Adieu, chênes, couronne aux vaillants citoyens.
Arbres de Jupiter, germes Dodonéens,
Qui premiers aux humains donnâtes à repaître ;
Peuples vraiment ingrats, qui n'ont su reconnaître
Les biens reçus de vous, peuples vraiment grossiers
De massacrer ainsi leurs pères nourriciers !
Que l'homme est malheureux qui au monde se fie !
Ô dieux, que véritable est la philosophie,
Qui dit que toute chose à la fin périra,
Et qu'en changeant de forme une autre vêtira !
De Tempé la vallée un jour sera montagne,
Et la cime d'Athos une large campagne ;
Neptune quelquefois de blé sera couvert :
La matière demeure et la forme se perd.

LES VOIVRES 88240 27/10/2015 11:14

Je ne sais si ces attaques après l'armistice on été ordonnées ou non en haut, mais elles étaient si peu légales que pendant longtemps ceux qui furent tués n'ont pas eu droit à la mention " Mort pour la France ".
Mais parler des boucheries de 14- 18, n'est après accusez l'armée en général, encore moins celle d'aujourd'hui;
Oui je pensais aussi à ce poème, belles images :
Ne vois-tu pas le sang lequel dégoutte à force

Des nymphes qui vivaient dessous la dure écorce ?