LES SOBRIQUETS

par LES VOIVRES 88240  -  24 Avril 2015, 06:03  -  #HISTOIRE

Article de Pierre Broggini

-Dis Grand’mère, pourquoi que tu t’appelles Marie PIRAUT, alors que les gens des Voivres, lorsqu’ils parlent de toi, disent : c’est la Marie JEANTIENNÉ ?

-Mon gamin, il faut savoir que les gens ont pratiquement tous un sobriquet, ma famille, habitant aux Bouleaux, n’y a pas échappée, nous étions les JEANTIENNÉ.

-Grand’mère, qu’est ce que c’est un sobriquet ?

-C’est un surnom familier et quelquefois moqueur, tiré de leurs ancêtres ou d’une profession, ainsi, le père tailleur, notre garde-champêtre, s’appelle Auguste ANDREUX, comme il fait ses culottes dont il vantait la qualité de son travail, on l’a surnommé le tailleur comme il aurait pu être aussi tailleur de pierre.

-Alors, notre voisin Émile CHASSARD, on dit le père JEANFRANCÉ, pourquoi grand’mère ?

-Son père devait se prénommer Jean-François et les gens l’ont baptisé JEANFRANCÉ, comme le Joseph MOREL, c’est le Joseph du DIAUDE, son père devait se prénommer Claude, tu vois, c’est ainsi que naissent les sobriquets.

-Grand’mère, Émile PERNOT, notre épicier a-t-il un sobriquet ?

-Pas un mais deux, tout d’abord « le MOUI » et « le MITAH »

- Grand’mère, ce sont de drôles sobriquets.

-Je vais t’expliquer, mon gamin, ce sont les gens de la Forge de Thunimont qui l’ont surnommé le MOUI, parce que l’Émile leur vendait du vin pendant la grande guerre, les buveurs de vin prétendaient que le vin de l’Émile était mouillé, c’est à dire allongé avec un peu d’eau. C’était une méthode commerciale à profit mais qui restait à vérifier et tu veux savoir pourquoi l’Émile est aussi surnommé le MITAH, eh bien, j’ai toujours entendu la Camille MOINE, l’épicière d’en face, appelé l’Émile, le MITAH, était-ce consécutif à de la jalousie entre commerçants.

-Peut-être grand’mère, quand je vais chez la Camille chercher un kilo de farine, elle me demande en patois ce que je suis allé acheter chez PERNOT.

-Grand’mère, la COMTOISE, c’est un sobriquet ?

-Joséphine est arrivée aux Voivres quand elle s’est probablement mariée, elle était, peut-être originaire de la Franche-Comté, c’est pourquoi on l’a surnomme « la COMTOISE »

-Grand’mère, pourquoi l’Arsène DAUTREVILLE s’appelle aussi Arsène KÉBAIN ?

-L’Arsène est surnommé KÉBAIN, comme son frère l’Eugène et sa femme la Marie KÉBAIN, on les a toujours surnommés les KÉBAIN, d’où vient ce sobriquet, d’où vient ce sobriquet ? peut-être d’une descendance d’un nom qui se terminait par Bain !!

-Grand mère, la mère de la Clotilde s’appelle Marie DUVAL, pourquoi vous l’appelez Marie MOUTON ?

-Tu sais, Marie MOUTON n’a rien d’un mouton, elle sert à boire à ses consommateurs, aucun n’oserait lui dire « Hè Marie MOUTON , sert nous un canon ! ». Elle se fâcherait certainement comme si on disait au René DIDIER « Dis le FOLO, tu payes ta tournée ? » Il faut toujours tourner sa langue sept fois dans sa bouche avant de dire bonjour pour ne pas se tromper. Vas dire à Marcel CHASSARD du Moulin des Voivres, « bonjour Marcel PARISIEN», je ne sais pas s’il accepterait, PARISIEN n’a rien de péjoratif, peut-être que Marcel a séjourné à Paris comme le Marcel KÉTAN ?

-Grand mère qui c’est le Marcel KÉTAN?

-Marcel KÉTAN c’est son surnom, il s’appelle Marcel MARCHAND, sa sœur, la Julia elle est mariée avec le Marcel PESÉ, tu le connais le cantonnier qui fauche l’herbe sur le bord des routes, eh bien , on dit le PESÉ, pourquoi ? son nom, c’est CLAUDÉ et puisque nous sommes au Grand Bois, je citerai la Léontine VALENTIN, c’est la Léontine COUNÉ, comme ses fis Albert, Bernard et Paul, tous appelés les COUNÉ.

-Et la maman de la petite Marie, elle devrait s’appeler HOUILLON comme la petite Marie et vous dites toujours Marie JEANMÉNIQUE?

-Marie HOUILLON, la femme du Constant, tu sais ce monsieur qui a été gravement blessé pendant la grande guerre et garde des séquelles puisqu’il peut à peine marcher, c’est elle qui est surnommée JEANMÉNIQUE, pas le Constant. JEANMÉNIQUE serait-ce une suite Jean et Dominique, je crois.

-Dis grand’mère, un jour tu m’as raconté que lorsque tu tenais ton café-épicerie, il y avait toujours cette femme qui assistait à tous les enterrements, tu m’avais dit qu’elle habitait sur le bord du Bagnerot près d’Hardémont, où il y a seulement deux maisons, tu sais où je suis allé pêcher des « paquots » (un nom qui ne figure pas au dictionnaire, appliqué à des petits poissons de rivière (ndlr)) et qu’elle avait deux sobriquets, peux-tu me dire quels sont ces sobriquets ?

-En effet, on l’appelle, soit la TIOVESSE ou la BÉQUESSE, TIOVESSE, pourquoi TIOVESSE ? Seuls les anciens peuvent le dire, BÉQUESSE, car elle boitait un peu. Ce sont des gens malicieux qui se moquaient de sa claudication.

-Et Marie ILLON-ILLON ( orthographe imaginée par le rédacteur)que peux-tu dire ?

-Marie ILLON-ILLON s’appelle Marie DANY, comme sa fille Marie LAMBERT, que l’on s’évertue à l’appeler Marie DANY. Ce n’est pas méchant, elle ne se fâche pas si on lui dit bonjour Marie ILLON-ILLON.

-Grand’mère, chez PÉTARD, c’est leur nom ?

-Non, cette famille se nomme VAUTRIN, on a coutume de dire la Joséphine PÉTARD et son père qui habite une espèce de chambre derrière leur maison, tu sais celui qui mange des auburons (encore un nom de champignon qui n’existe pas dans la langue française) qu’il fait cuire sur son fourneau, on l’appelle aussi le père PÉTARD.

-Et notre maire, Henri MOREL , comment c’est son sobriquet ?

-Non Henri MOREL n’a pas de sobriquet, par contre son père Jules, c’est le YOUKY, pourquoi, va savoir.

-Grand’mère, aux Voivres, il y a d’autres familles qui ont un sobriquet ?

-Presque toutes les familles ont un surnom, par exemple, l’Ernest DÉPRÉDURAND, c’est le CANTONNIER, L’Hélène FARON est surnommée la BORGEOTTE, pourquoi cette appellation car son mari était appelé le BORGEOT, chez l’Estelle THOMAS, c’est l’Estelle CALI, après chez l’Estelle, la dernière maison des Voivres avant la Rappe, c’est chez le Paul MADA, ce n’est pas son nom, c’est simplement un diminutif de MADAGASCAR, son père ayant participé à la campagne de MADAGASCAR se vantait de ses exploits dans cette nouvelle colonie, ainsi, les habitants du village l’ont surnommé LE MADA et son fils a hérité de ce surnom. Au Clair Bois, derrière chez CHEBILLON, il y a la ferme MOINE, où la Marie fait du si bon beurre, leur surnom c’est SOTRÉ, drôle de surnom n’est-ce pas, pourquoi SOTRÉ ? Je n’en sais rien. Si tu vas au Moulin des Voivres, il y a la famille LOUIS, on dit : « chez les GRANDS DEDETS », il y a aussi l’Amélie MOLEGEOTTE, la maman de Madeleine HONORÉ (maison LACERCAT), on a toujours dit la MOLEGEOTTE !

-Et le Tintin RAYMOND, pourquoi se prénomme-t-il Tintin ? comme son épouse, c’est la Ninie !!

-Son prénom est Célestin et c’est simplement un diminutif comme Ninie, son prénom est Eugénie, tu connais le Gugusse HONORÉ, son prénom est Auguste, c’est dès leur enfance qu’on les appelle par un petit nom, comme on a coutume de dire ici.

-Tu sais grand’mère, je pense que je vais rédiger notre longue conversation sur une feuille de mon cahier d’écolier et je la remettrai au futur Maire des Voivres Michel FOURNIER, il sera surpris d’apprendre que certaines familles du village étaient, à une certaine époque, affublées de sobriquets. Merci grand’mère d’avoir répondu à toutes mes questions.

Le Pierrot.

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Quand Pierre Broggini était jeune beaucoup de personnes portaient des sobriquets. Certains étaient péjoratifs comme il le signale, d'autres étaient en relation avec la profession d'une personne, l'endroit où elle habitait, son pays d'origine ou un épisode de sa vie.

Mais, il est souvent difficile de retrouver l'origine de ces sobriquets, surtout quand ils étaient en usage depuis plusieurs générations.

De plus il n'y a pas d'archives écrites et comme ils étaient souvent formulés en patois ou en vieux français il est difficile de retrouver une orthographe exacte et ensuite une étymologie.

Par exemple, Pierre pense que le Kébain aurait désigné une personne originaire de Bains les Bains.

Je pencherais plutôt pour l'interprétation suivante :

Kébain s'écrirait en fait qué ben dérivé de qui est bien, comme dans la phrase :

- Quelqu'un qué ben rendant service.

Cela correspondrait donc à un tic de langage. Mais seuls des spécialistes sauraient trancher.

Quoiqu'il en soit, Pierre a su nous brosser un tableau des anciens du village.

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N
Bravo le Pierrot !
Le Jeannot
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L
Oui, il a fait un article complet