Combats du 18 juin 1940 à Les Voivres

par LES VOIVRES 88240  -  19 Mars 2015, 07:07  -  #HISTOIRE

Combats du 18 juin 1940 à Les Voivres

Les vaincus ont toujours tort, 1940 n'a pas été qu'une immense débandade, un sauve qui peut général de l'armée française. Beaucoup se sont battus et beaucoup sont morts. Il y eu 100 000 soldats français tués pendant ces combats, autant que pendant les mêmes périodes d'aout 1914.

Mais dans un cas, la retraite s'est transformée en défaite et dans l'autre il y a eu une contre attaque;

Mon grand père a participé en tant que combattant à Juin 1940 et en tant que prisonnier à la défaite allemande de 1945.

Il disait toujours : " L'exode français a été terrible, mais en Allemagne, çà a été 10 fois pire "

Comme l'avait constaté Pyrrhus après sa victoire chèrement acquise sur les Romains, les soldats de 40 sont morts en combattants.

Certains tels les Cadets de Saumur l'ont même fait avec panache.

Civils allemands fuyant devant l'Armée Rouge.

Civils allemands fuyant devant l'Armée Rouge.

Monsieur Noël Jean préparant un article sur les combats du 18 juin à les Voivres, demande aux personnes qui auraient des renseignements sur le sujet de bien vouloir nous les communiquer.

Cela nous permettra de compléter cet article et par recoupement il pourra vérifier ses informations.

C'est pourquoi même une petite anecdote, une photo est importante car si elles se complètent cela veut dire qu'elles sont crédibles.

Dans l'attente, nous les remercions.

Voici déjà l'article de Pierre Broggini paru dans l’Écho des 3 provinces.

C'était le vendredi 14 ou le samedi 15 lorsqu'un avion a survolé Les Voivres ! Toujours est-il que l'alerte étant donnée de bouche à oreille, nous nous sommes aussitôt mis à l'abri avec toute la famille Pernot dans leur garage. Ce garage de construction très récente, devait servir d'abri selon les instructions de la défense passive en accord avec cette famille de commerçants.

Et subitement, un hurlement se fait entendre, un hurlement strident suivi d'une série d'explosions. Je crois n'avoir jamais entendu les mamans crier aussi fort se réclamant du Bon Dieu ! Le village est bombardé ? En fait, ce sont quelques bombes, lâchées de cet avion qui ont creusé des cratères dans un champ d'avoine appartenant à Joséphine Vautrin, juste derrière le jardin de la cure.

L'alerte passée, mon frère et moi sommes allés faire provision d'éclats que nous étions fiers d’exhiber à la famille Pernot.

Emile Pernot, un tantinet hâbleur, a supputé un avion italien. A mon avis, il fallait être fort pour distinguer le pays d'origine de l'avion qui volait à une certaine altitude et on ne s’attardait pas à l'observer. Il s'agissait de harcèlements puisque des bombes sont également tombées à proximité de la gare de la Chapelle aux Bois. Il y avait cinq cratères autant je me souvienne étant allé sur place avec des camarades d'école. Nous étions en pleine débâcle avec le souci de savoir si le lendemain nous aurions de quoi manger.

Le 16 juin 1940

C'est un dimanche plutôt agité. En effet, depuis l'aube des soldats dépenaillés ne cessent de descendre la côte du village, soit à pied, soit à bicyclette, d'autres dans des automobiles issues de la réquisition. S'ajoutent des civils qui fuient vers le midi. Pour nous, gamins, c'est tout un spectacle. En contrepartie d'un verre d'eau, ma mère demande à un groupe de soldats : " Mais où allez-vous ?" Réponse : " On va à Dijon pour se regrouper, on attendra les allemands là-bas!

Dans l'après-midi, visite d'un soldat à la maison qui n'est autre que le frère de ma mère, mobilisé dans un régiment d'artillerie lourde sur voie ferrée. Il suit le mouvement de son unité et se permet d'en modifier le trajet pour embrasser sa mère qui est donc ma grand-mère. Repas en famille et confort d'une chambre à coucher; " Je pars demain matin, je ne veux pas être considéré comme déserteur ".

Le 17 juin 1940

Très tôt, mon oncle part dans son véhicule civil nous laissant un bidon de 50 litres d’essence, direction Dijon !

Il n'y a pas d'école, l'école primaire dont je suis un élève est fermée faute de maître.André Felberg, notre maître est mobilisé à la Chapelle aux Bois. Il,est chargé de signaler la présence des avions ennemis à partir d'une guérite aménagées au lieu-dit " Les Chapeaux ". Il est certes remplacé par un jeune normalien mais, compte tenu des événements, il est parti...

La journée se déroule dans un calme absolu, pratiquement plus de passage de soldats. Nos voisins commerçants en sont étonnés car la veille, leur boutique avait connu un sucés retentissant. Les soldats avaient besoin de s'alimenter puisque l'intendance ne suivait pas.
Les ragots du village font état de l'approche des allemands, des personnes bien renseignées situent les allemands dans le sud de la Haute-Saône ! A la demande de ma mère, je vais au village voisin acheter du sucre, du café, de la farine, ce que je peux mettre dans mon sac à dos.

Imaginions-nous qu'il y avait du danger ? Non, et cependant, des rumeurs couraient de maison en maison " Attention, des gens de la cinquième colonne coupent l'index des garçons pour qu'ils soient réformés ! ". A ma connaissance, ma mère restait indifférente à ce colportage de mauvaise nouvelles.
LE 18 juin 1940

Il devait être 8 heures, il n'y a pas d'école. Le normalien n'est pas revenu. Une employée des PTT, ( la Clotilde ) résidant au village, prévient ma mère que des troupes allemandes sont arrivées à Jussey en Haute-Saône et qu'elles font route en direction des Vosges.

Est-ce la vérité ? Il y a tellement de fausses nouvelles à mettre sur le compte de la cinquième colonne que mes parents sont septiques. Et l'on apprend que dans la nuit des artilleurs sont arrivés au centre u village avec un gros canon tiré par des chevaux et qu'ils sont en train de le placer au bord de la route en face de la maison de Joseph Morel, à environ cent mètres du café épicerie du centre ( chez René Didier ). Cette information n'est pas tombée dans l'oreille d'un sourd, je veux aller voir. Mon père, artisan maçon, en cessation d'activité en raison des événements, m'interdit de sortir de la maison, à mon grand regret.

Il est environ 10 heure, quelques coups de feu se font entendre, mon père dit : " C'est peut-être les allemands qui tirent sur le clocher ". Est-ce exact ? Toujours est-il qu'un bruit de moteur se fait entendre dans la côte, avec mon père, nous nous précipitons à une fenêtre de la façade arrière et surprise, que voit-on ? Un side-car en arrêt devant chez Jean Lambert, presque à la hauteur de la mairie du village. Le pilote, vêtu d'un imperméable gris, casqué est sur la moto, un tireur est assis dans le berceau ayant devant lui une arme automatique( mitrailleuse peut-être ) fixée sur l'engin. Cet équipage, certainement en mission de reconnaissance, attend, il observe et brusquement, il fait demi-tour pour donner, selon toute vraisemblance, le feu vert au convoi qui arrive quelques instants après. Rassurés, nous sortons de la maison pour regarder tous ces camions militaires de modèle identique sur lesquels sont assis des fantassins superbement vêtus et armés.
Quel contraste avec la débandade des dernières journées. Le convoi s'arrête en pleine côte. Les chefs de bord, bardés d'insignes et de croix gammées viennent nous serrer la main, nous sommes surpris de ce comportement et surtout rassurés.
Aussitôt une affiche est posée sur la porte du garage de la mairie " Faites confiance aux soldats allemands " C'est un soldat avec un enfant dans les bras !

J'avoue que nous villageois, petits et grands, étions émerveillés de voir cette armée disciplinée, organisée, et que ces militaires n'étaient pas ceux que les anciens de 1914/1918 nous racontaient. A les entendre, les allemands étaient d'abord des prussiens et des barbares, mangeurs de patates.
C'est au cour de l’après-midi que le maire du village, Henri Morel, vient prévenir mon père que trois soldats français ont été tués par les allemands lorsqu'ils sont arrivés à l’entrée du village et qu'ils reposaient derrière la ferme d'André Fréchin et qu'il faudrait les enterrer. Ha, il fallait que l'on aille voir ces malheureux combattants. C'est en compagnie de camarades que nous nous rendons chez Fréchin. En effet il y avait trois corps qui reposaient côte à côte, c'est une vision qui ne m'a jamais échappée. Un petit chien blanc, tacheté de roux, veille à leurs côtés. On ne peut approcher tellement il est furieux. Le fermier voisin, Achille Mougin, nous explique que les trois soldats, cachés derrière des arbres fruitiers, ont peut-être fait feu avec leurs armes individuelles dès que les allemands ont été visibles à l'entrée du village. Les allemands les ont découverts et abattus. C'est l'hypothèse de ce fermier qui a entendu des tirs d'armes automatiques et individuelles.
C'est lui qui a récupéré le chien pour en faire son compagnon. Mais une question est restée sans réponse : qui a déplacé les corps de ces valeureux défenseurs puisqu'ils étaient bien positionnés les uns à côté des autres ?

Le lendemain, mon père et quelques voisins, creusent des fosses à l'angle nord-ouest du cimetière, emplacement désigné par le maire, afin de mettre en terre ces combattants. Il y avait un malgache dont le nom est proche de Rakotajonina et deux métropolitains selon les plaques individuelles fixées sur les croix. A propos de croix, nous avions ramassés des casques abandonnés sur la route pour les poser sur ces croix. Il me semble que les cercueils ont été de circonstance faits avec les moyens du bord par des hommes de bonne volonté.

.Ils ont été inhumer sans office religieux, il n"y avait plus de prêtre dans la paroisse.A noter que leurs tombes faisaient l'objet de fleurissements les dimanches. Il était de tradition, à l'époque d'aller se recueillir sur les tombes familiales en y déposant les fleurs du jardin et les soldats n'étaient pas oubliés. Quand au canon, je l'ai observé à souhait jusqu'au moment où des soldats allemands l'ont déplacé à la force des bras et je dirai que la bouche a provoqué un impact dans la façade de la maison de Joseph Morel car il a pris un peu de vitesse lorsqu'il a été positionné en travers de la route. Ce canon peut-être du 155 mm avait été judicieusement placé pour prendre en enfilade la toute de Bains les Bains. C'est une route rectiligne sur environ 400 mètres, bordée de part et d'autres de maisons d'habitation. Les artilleurs avaient-ils dessein de tirer sur l'ennemi à tir tendu ? Il n'y a pas de réponses. Selon un voisin, Paul Morel, les munitions n'ont pas été acheminées avec la pièce.
Fait à Harsault le 31 janvier 2012. Pierre Broggini

Combats du 18 juin 1940 à Les Voivres

Munier André, confirme les combats avec des tués à coté de chez Albert Demange.

Les cercueils ont été faits par Mr Thièblemont

Les tombes au cimetière étaient entretenues par Suzanne Pelletier sous la direction de Mr Felberg

Il y eu aussi un accrochage au Chaudiron à l'endroit où se trouvent les serres Thomas René avec un blessé.

Les Bastien ( des célibataires dont un avait fait les Dardanelles en 1918 ) , chargèrent mon père d'aller chercher le docteur Henry à Bains les Bains. Celui-ci refusa de venir.

Les Bastien lui avaient conseillé de prendre son cartable avec un bout de pain pour passer au travers des troupes allemandes.

Les corps de ces trois soldats ont été exhumés et leurs tombes sont maintenant remplacées par une autre.

Canon de 155 mm long, char allemand 1940
Canon de 155 mm long, char allemand 1940
Canon de 155 mm long, char allemand 1940

Canon de 155 mm long, char allemand 1940

Dernière minute, voici un commentaire qu'à envoyé Mr Noël pour compléter cet article.

Le rapport (plus qu'un rapport, c'est plutôt un récit tiré du "Mémorial de l'Empire" du CNE Bonnet -1941 Editeur Sequana) annonce 6 canonniers tués. Un adjudant-chef (Jean Monfort et non pas Montfort) y a aussi été tué, est-il compté parmi eux ? Mystère. Une fiche incomplète, dans "Mémoires des hommes", atteste de sa mort le 18 juin et son nom figure à deux endroits différents (monument aux morts d'un hôpital et plus récemment, celui de son village natal). On ne dit rien à propos de sa sépulture.
Les 3 tués, selon les témoignages de Pierre et de votre père, pourraient être les 3 servants de mitrailleuse signalés dans le récit.
Il ne compte évidemment pas les Allemands (motocyclistes abattus).

Ces deux témoignages, illustrent la violence des combats qui ont eu lieu dans la région le 18 juin ou les jours proches.

L'un deux est écrit par le lieutenant Henri Martin qui après s'être battu comme artilleur en 1914-1918,notamment au Viel Armand, a repris du service en 1940.

Voici un document très intéressant sur ce qui attendait les soldats français faits prisonniers et montre bien que les allemands n'avaient pas l'intention de relacher rapidement ceux-ci.

L'Allemagne a compté jusqu'à 12 millions d'hommes mobilisés. Il fallait donc remplacer les soldats par de la main d'oeuvre étrangère et tous les moyens furent bons pour se procurer ces bras : prisonniers de guerre, déportés, S.T.O., volontaires plus ou moins forcés.

Hitler et l'O.K.W .avaient planifié depuis longtemps une attaque vers l'Est après avoir remporté la victoire à l'Ouest; Il n'était donc pas question de relacher les soldats faits prisonniers.

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Témoignage du Capitaine Couëtdic sur les combats du 18 juin 1940 à Les Voivres
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M
Bonjour,
Nous vous remercions pour votre participation, chaque témoignage apporte un plus, car il permet de vérifier et de compléter les autres
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L
Je viens de vous transmettre un message et un document sur le site que vous m'avez donné.
En espérant que cela vous aidera dans vos recherches
Cordialement
Loïc GAGNAIRE
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M
Nous remercions tous ceux qui nous envoient des documents et nous sommes très heureux de la propostion de Mr Gagnaire de nous donner plus de renseignements sur ces combats du 18 juin.
Vous pouvez envoyez un lien avec votre site et /ou un article accompagné éventuelemnt de photographies à

mairie.lesvoivres@orange.fr
Dans l'attente nous vous remercions
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N
Bien vu l'appel aux témoins de cette époque. Je crains, hélas, qu'ils soient peu nombreux. A part Pierre Broggini (témoignage écrit) et quelques autres tout aussi méritants mais aux souvenirs oraux assez peu "étoffés", cette recherche du passé de Les Voivres ne va probablement pas « soulever les foules».
Je compte néanmoins sortir un article pour le mois de juin - ce qui laisserait encore du temps pour d'éventuels témoignages -, en creusant peut-être un peu du côté du camp de prisonniers qu’il y avait à Bains-les-Bains, pas si loin après tout de notre village, et où certains prisonniers, capturés par les Allemands le 18 juin aux Voivres, ont du transiter.
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L
Bonjour,
Ces pages sont ouvertes à tout le monde et les archives de Les Voivres étant très modestes, les témoignages extérieurs sont précieux.
D'avance merci pour vos envois : commentaires, articles, liens avec des sites. Si vous voulez que ceux-ci apparaissent dans un article envoyez les avec photos éventuelles, à cette adresse : mairie.lesvoivres@orange.fr
D'avance, je vous remercie ainsi que tous ceux qui participent déjà à lesvoivres88240
Cordialement
MB
G
Bonjour.
J'ai écrit l'historique du 11ème RAMa, héritier du 11ème RACLH qui s'est battu aux voivres le 18 juin 1940. Ce régiment existe toujours.
Si vous le souhaitez, je peux vous donner quelques détails sur ces combats, sur les hommes qui sont tombés dans votre village ainsi que que sur l'unité qui a combattu (1B10/G4).
Cordialement
GL