La Bresse : 9 novembre 1944

par LES VOIVRES 88240  -  9 Novembre 2014, 06:29  -  #HISTOIRE

En novembre 1944, devant l’avancée des troupes alliées, les Allemands se retirent, dynamitant ce qui n’a pas été détruit par les bombardements des semaines précédentes. L’est du département des Vosges est particulièrement touché , des villages, des villes sont entièrement détruits (Saint-Dié, Gérardmer, La Bresse…). 7 400 bâtiments sont sinistrés à plus de 75 % ; parmi ceux-ci, on dénombre 3 700 habitations, 2 000 fermes, 1 700 locaux industriels ou commerçants, entraînant 25 000 sinistrés sans abri.

La Bresse est vraisemblablement la commune la plus touchée par les destructions ; une grande partie de l’agglomération a été détruite, mais ce sont surtout les fermes isolées qui ont été systématiquement dynamitées. Sur les 1 018 bâtiments recensés en 1936, 672 sont sinistrés et 499 totalement détruits ; il faudra construire 409 bâtiments provisoires pour reloger les familles et les services.

La Bresse, novembre 1944
La Bresse, novembre 1944

LA BRESSE 1940 - 1945 TEMOIGNAGE de SUCRAMUS

Le témoignage qui suit est celui de Sucramus, né en 1940

à La Bresse dans les Vosges.

Son père et ses deux oncles ont été déportés

comme de très nombreux habitants

Ils ne reviendront pas ...

Lisez ce très émouvant témoignage

Septembre 44 : le cours de l'histoire s'inverse

L'armée de De Lattre venant du sud est à quelques kilomètres du village, l'orgueilleuse troupe allemande de 1940 est aux abois, harcelée par le maquis. La réaction des SS est destructrice.
Le 20, livré par des miliciens infiltrés, le maquis est attaqué. 1100 hommes tiennent tête à 8000 allemands pendant 4 jours, détournant ainsi des forces combattantes favorisant l'avance des commandos de Provence.
Le maquis tombera en laissant 35 tués et 51 prisonniers qui seront froidement exécutés.

En même temps 54 civils dénoncés par des traitres seront torturés et exécutés. Les allemands laisseront 250 tués et plus de mille blessés..

Devant la pression des alliés les SS renforcent leur ligne de défense hivernale : la Winterlinie, en enrôlant de force tous les hommes valides pour creuser des tranchées antichars, postes de mitrailleuses ... Le village est sous la botte, en avant des lignes.
Les alliés sont à 5 kms... à Cornimont.
Le 7 octobre, l'assaut est donné pour la conquête du Haut du Faing, hauteur stratégique entre La Bresse et Cornimont. Douze jours de combats sanglants. Cette bataille fut la plus sanglante du front de l'Est. La 3ème DIA perdra 1200 tués et 4800 blessés, du côté allemand ce ne sera pas moins de 3000 tués...sans connaitre le nombre de blessés. (GOOGLE: La bataille du Haut du Faing)
C'est ce même jour à 9h du soir que les premiers obus tombent au centre du village...Le bombardement dure 42 jours!
146 000 obus de tous calibres sont déversés sur la commune.
6 semaines pendant lesquelles nous vivons terrés dans les caves, à chaque jour son lot de destruction et de mort de civils...
Le 14 octobre, maman est près d'accoucher, il n'est pas question de rester à la maison en retrait du village. Profitant d'une accalmie, elle est conduite au village. Elle est hébergée chez ma tante à la cave, bien entendu.
Pendant ce temps, ordre est donné aux hommes de se rassembler au fond de la vallée de Chajoux et de Vologne pour creuser des tranchées, en cas de refus, c'est la destruction du village.
Le 16, Maman nous donne un petit frère: Jean-Pierre. Elle accouche à la lueur des bougies avec l'aide de la sage-femme, Jeanne Claudel
Le 17, Le Haut du Faing cote 1003 est conquis par le 6ème RTM. Depuis une semaine c'est la pluie quasiment ininterrompue.
Le 18, c'est mon 4ème anniversaire, il a plu toute la nuit... Au village les soldats allemands blessés descendus du Haut du Faing se regroupent pour être évacués...
La vie dans les caves est assez folklorique, Chez nous on se retrouve à une quarantaine dans un espace réduit sombre, forcément, une cave est humide ça va de soi. On ne mange que des patates, des rutabagas, les laitages que nos vaches privées de pâturages nous fournissent avec parcimonie, Quelques extras en provenance du trafic clandestin...
C'est la promiscuité, mais pour nous, les gosses, c'est un changement qui nous va malgré l'inconfort.
Les matelas sont installés sur les casiers à patates. Patates arrachées la nuit dans les champs, dans lesquelles de nombreuses limaces se sont, comme nous, réfugiées. Alors le soir avant le coucher c'est la chasse aux limaces, et la chasse se termine par un combat de limaces. La bonne quinzaine de gamins s'en donne à coeur joie, un peu de distraction dans cet enfer, met un peu d'ambiance mais les mamans ont vite fait de mettre un peu d'ordre et de calme dans ce milieu pesant.
Au bout de plusieurs semaines les bougies commencent à manquer, alors pour s'éclairer, c'est avec la dynamo d'un vélo retourné, et à chacun à son tour on actionne les pédales, c'est la course à voir lequel produira le plus de clarté...
Les mamans profitent de quelques accalmies dans cette pluie d'obus pour nous envoyer prendre l'air...Mais attention de ne pas se faire voir des artilleurs alliés, sinon, c'est immédiatement la sanction, le quartier est arrosé de beaux obus bien sifflants et dispersants.
Mardi 31 Octobre, le bombardement a fait des dégâts dans de nombreuses habitations du village, le tissage des Proyes est en feu...Il pleut toujours, le temps devient interminable............
Mais le pire est à venir...
Depuis le 18, l'avance des alliés est interrompue. De Lattre a lancé une offensive pour aller prendre Belfort, il n'a laissé dans la vallée que quelques unités des commandos de Provence pour contenir les allemands nous laissant exposés à la répression.
Le 1er Novembre, les commandos sont aux portes du village, bloqués par la farouche résistance des SS. Certains bressauds vont faire leur Toussaint et rendre une visite à leurs morts dont les tombes sont souvent éventrées...
Le 2, il pleut à nouveau, la Clairie est violemment bombardée la nuit.
Le 3, c'est le déluge de feu, les tirs de barrage se succèdent. Pendant 2h, 4000 obus sont déversés, suivis plus tard de 2000 obus en 17 minutes.
Le lendemain, maman rentre à la maison, avec notre petit frère. C'est seulement à la lumière du jour qu'elle s'aperçoit qu'il a les narines noires comme un échappement de diesel, à respirer l'atmosphère de l'éclairage aux bougies!
Les jours se suivent et se ressemblent. Il pleut à torrent et souffle un vent violent. Le découragement gagne la population. Quand serons-nous libérés?
Mercredi 8 Novembre,
Tous les hommes de la commune de 16 à 65 ans doivent partir immédiatement pour aller creuser des tranchées sur les crêtes dit-on. Une chasse à l'homme impitoyable commence. Ils seront une dizaine à échapper au filet et à passer les lignes au péril de leur vie. 483 hommes seront rassemblés devant le parvis de l'église (Aujourd'hui, une plaque commémorative indique ce fait)
Au lieu de creuser des tranchées Ils seront déportés vers l'Allemagne, ils échoueront le 11 à Pfortzheim en pays de BADE........Vers une issue dramatique...
Le lendemain, Il neige, l'autorité allemande ordonne à la population restante d'évacuer la ville pour procéder à la destruction planifiée par Himmler, venu à Gérardmer en juillet.
800 femmes, enfants, vieillards prennent le chemin de l'exil encadrés par les feldgrau dans 30 cm de neige, ils bivouaqueront au col de La Vierge à 1067m dans une nuit glaciale sous les obus alors que le village, en bas est en feu.
(http://www.cheyenne41.com/ a fait le voyage de l'enfer).
Ils passeront une dizaine de jours à 4oo par ferme sans nourriture ni soins... Morts de froid, de faim, pieds gelés seront le lot du drame. C'est après ce calvaire qu'ils seront pris en charge et évacués par les américains.
Les artificiers minent systématiquement les maisons et usines. Tout doit être détruit.
Je me souviens d'avoir assisté à l'opération de minage de l'usine en face de notre ferme. Les artificiers transportaient une bombe de 500 kg sur un chariot qui s'est embourbé dans le pré, une bombe qu'ils ne pourront pas placer. Dans la soirée c'est une énorme explosion qui ébranle le quartier. Par la fenêtre où nous écartons les couvertures de camouflage, on assiste à l'incendie, comme en plein jour!
Les destructions se poursuivirent jusqu'au 18, c'est seulement le 19 que l'ennemi évacua le village sous la pression alliée. En même temps 1200 habitants privés de toits pouvaient passer les lignes et être évacués vers la Haute-Marne.
Destructions, évacuations deportations.
Destructions, évacuations deportations.
Destructions, évacuations deportations.

Destructions, évacuations deportations.

La Bresse : 9 novembre 1944
La Bresse : 9 novembre 1944
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