Attaque nocturne par Marie Houillon

par LES VOIVRES 88240  -  29 Mars 2021, 03:39  -  #Qu'il est beau mon village

Attaque nocturne par Marie Houillon

Nous retrouvons Lili chez Pauline, un après-midi d'automne :

" Oh ! Pauline ! On soupe de bonne heure, ce soir, hein ? Parce que je veux aller chez l'André Peutot, à La Grande Fosse, chercher de la goutte. "

" Chercher de la goutte ! s'exclame Pauline. Mais tu es bien hardi d'aller comme ça sans laisser-passer, sans autorisation, transporter de l'eau-de-vie ! Et les gabelous ! "

"Les gabelous, j'les emmerde ! Je ne crains personne, moi ! Si j'en vois un, je casse la bonbonne, et puis je leur bourrerai la gueule à tous ! "

Bougrement belliqueux, le Lili, ce jour-là ! Est-ce la perspective de rasades de goutte à venir qui le survoltait de la sorte ? Toujours est-il qu'il clamait à tous les échos son " Je ne crains personne, moi ! " devant l'ami Georges qui ne pipait pas, mais qui n'en pensait pas moins !

Attirant sa mère à part, Georges lui dit entre haut et bas : " Dites, maman, vous ne croyait pas qu'il mérite une petite leçon ? Ça lui rabattrait son caquet ! "

Pauline, toujours partante en matière de plaisanter, ne pouvait manquer d'encourager le fiston dans ses projets ! Et les voilà qui montent un coup fumant pour ramener Lili à plus d’humilité ! L'ami Georges va trouver son jeune voisin, Fernand :

" Dis ! Tu viens avec moi, ce soir ? On attendra le Lili à la corne du bois de La Grande Fosse et on verra s'il est aussi malin qu'il le claironne ! "

Nos deux lurons se costument : imperméable, chapeau rabattu sur les yeux, la vrai dégaine de mauvais garçons ! D'ailleurs, il se trouvait qu'à l'époque on parlait beaucoup de l'évasion de deux malfrats de la prison d’Épinal !

Le Lili, après avoir soupé, file à grands pas chercher sa goutte à La Grand Fosse.

Et nos deux plaisantins s'empressent d'aller se poster à l'orée du bois, dans l'ombre épaisse des arbres. Il faisait sombre, mais toutefois ils voyaient assez bien venir vers eux la silhouette du Lili :

" Il n'a pas sa bonbonne ! On peut y aller ! "

Quand le journalier arrive à la corne du bois, boum ! il se retrouve par terre, aplati sous le poids de l'ami Georges.

" Oye ! Oye ! Oye ! Oh ! Là ! Là ! " crie le Lili épouvanté. Georges se relève et c'est alors Fernand qui se laisse tomber de tout son poids sur le pauvre garçon ! Et pendant ce temps là, Georges claque du fouet et bat le briquet, pour faire croire à un coup de pistolet !

" Oye ! Oye ! Oye ! Mais ne me tuez pas ! J'ai rien fait ! Ah ! Les bandits, les fumiers ! " crie le Lili.

Mais les deux comparses font durer le plaisir, se laissant à tour de rôle, tomber sur le pauvre garçon et parodiant les coups de pétard à qui mieux mieux !

Le Lili, terrorisé, pleure et hurle à l'envie.

Enfin, fatigués, nos deux lurons s'esquivent à toute allure pour regagner leurs pénates avant que le journalier ne soit revenu de sa surprise !

Arrivé chez lui, Georges trouve sa mère qui l'attendait :

"Alors ça a marché ? " dit-elle

" Vous pensez ! A merveille ! Il est dans un bel état, vous pouvez m'en croire ! "

Et le blagueur file au lit en quatrième vitesse, car on entend déjà, sur le chemin, Lili qui arrive, pleurant, hurlant, gémissant :

"Pauline ! Pauline ! Ouvrez moi ! "

" Mais qu'est-ce qui t'arrive, Lili ? Qu'est-ce que tu as ? "

" J'ai été attaqué !  Ils étaient deux ! "

" Mais ce n'est pas possible, Lili ? Tu me racontes des histoires ! "

" Mais sio (si) j'ai été attaqué. Ils étaient deux. Ils m'ont tiré dessus, mais ils m'ont manqué. Et moi, je leur ai bourré la gu...eule ! "

Terrorisé peut-être, le Lili, mais toujours aussi hâbleur !

Pauline, riant sous cape, l'envoie se coucher. Il fera jour demain !

Et au matin, notre Lili se gargarise de son attaque nocturne ! Il est le héros du jour ! Il clame à qui veut l'entendre :

 " Mais sio ! J'ai été attaqué ! Mais je sais qui c'est ! C'est les deux bandits évadés de la prison d’Épinal ! Ils m'ont manqué, mais moi, je leur ai bourré la gueule ! Ah ! Je leur en ai mis ! "

Apparemment, la leçon d'humilité est ratée ! D'autant plus que tout le village, apprenant l'attaque du Lili par les évadés d’Épinal, se calfeutre le soir, n'osant plus sortir des maisons, de peur de se trouver nez à nez avec les bandits !

Georges et Fernand n'ont pas peur, eux, de ces malfrats ! Et pour cause ! Mais personne ne semble se poser de questions à ce sujet !                                                                                                                                         

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