Brouillards

par LES VOIVRES 88240  -  21 Décembre 2016, 04:46  -  #Qu'il est beau mon village

Brouillards

Les semaines se suivent et se ressemblent au niveau des conditions météo. Voilà un mois que l'anticyclone s'est installé. Les jours où il n'y a pas de brouillard ou bien quand il s'élève rapidement nous avons droit à un beau soleil et à des températures très agréables. Par contre quand la brume sévit, elle est froide et par endroit les conditions de circulation sont très difficiles.

Ce matin le soleil était caché. C'était l'occasion de prendre des photos différentes, tons gris, tons bruns, tons larmes et pleurs, avec bizarrement une saturation des couleurs sur les endroits près de l'objectif comme si la nature usait avec outrance de fards pour cacher qu'elle se meurre.

Mais dans l'ensemble le paysage ne respire pas la joie. Ce n'est pas une ambiance de Noël pourrait on dire. Ce serait oublier bien vite que souvent à cette période les flonflons de la fête masque la douleur de certains et la renforce.

Noël est aussi la période où les personne seules se sentent plus seules et la joie affichée pour la circonstance ne fait que renforcer la déprime de certains.

Pour d'autres, Noël peut aussi se passer à pleurer un mort. Ce sera le cas entre autre pour les familles et les amis de ceux qui se sont faits tués au Marché de Noël de Berlin. La liste de ces massacres dans des lieux public en Europe s'allonge. Charlie Hebdo, le Bataclan, la Belgique, Nice; et maintenant Berlin.

Berlin qui après la dernière guerre déclenchée par d'autres fous furieux s'était reconstruite. Berlin qui depuis la réunification bouillonnait de vie, d'activités artistiques.

Les slogans "Je suis Berlin" vont de nouveau apparaître partout sur les réseaux sociaux avec peut-être pour celui qui aura breveté l'application à temps, la possibilité de s'enrichir en quelques heures.

En fait ces paroles dans le même contexte de guerre et de souffrance JFK les avaient déjà prononcées le 23 juin  1963, à l'occasion des 15 ans du blocus de Berlin :

« Il y a 2 000 ans, la plus grande marque d’orgueil était de dire civis romanus sum (« je suis citoyen romain »). Aujourd'hui, dans le monde libre, la plus grande marque d’orgueil est de dire Ich bin ein Berliner. [...] Tous les hommes libres, où qu'ils vivent, sont des citoyens de Berlin. Par conséquent, en tant qu'homme libre, je suis fier de prononcer ces mots : Ich bin ein Berliner! »

Aujourd'hui il est du devoir de tous les hommes libres, de tous les hommes debout, de dénoncer ces tueries, de refuser leur justification par des fous furieux et de dire "Non aux tueurs, non aux Gros Cons.

Heureusement tous les deuils même en cette période de Noêl, ne sont pas aussi tragiques. Je repense souvent à ma grand-mère maternelle Marie Etienne , au Moulin des Voivres, chez qui la famille faisait traditionnellement le réveillon de Noël. Un réveillon qui étant donné son âge commençait à huit heures du soir et permettait à ceux qui le désiraient d'aller ensuite à la messe de minuit à Les Voivres et par la suite à la Chapelle aux Bois.

Elle est morte ce soir là attendant ces instants depuis des jours. Elle s'est éteinte dans la soirée un peu avant. Si la fête de Noël n'a pas eu lieu, la famille venue de toute la France s'est retrouvée pour l'enterrement et la petite collation qui suivit. Ce fut certainement un moment fort. Les anciennes sociétés avaient mis à l'honneur ces coutumes permettant de partager au sein d'une famille, d'une communauté, les joies et les peines qui jalonnent notre vie. Ce n'était pas sans raison.

L'homme n'est pas fait pour vivre seul. C'est entouré par des amis, par des personnes qu'ils aiment qu'il doit partager ces événements. Aujourd'hui ce n'est plus toujours le cas. beaucoup préfèrent s'isoler, se couper du monde. En 2003, les sociologues après enquête, se sont aperçus que beaucoup de personnes mortes seules chez elles pendant la canicule avaient volontairement rejeté voisins, amis et parents, refusant tout contact.

Nous avons la chance dans notre petite communauté que le bouche à oreille circule vite et permette de savoir le plus souvent si quelqu'un est en difficulté.

Le plus souvent. Il arrive cependant que malheureusement le deuil frappe une famille et que presque personne ne soit au courant. Quelquefois c'est volontairement que les proches n'ont pas diffusé l'information. Mais parfois un malheureux concours de circonstances vient jeter le voile et l'oubli sur leur peine. Ils peuvent alors se sentir rejetés par leurs voisins. En cette période de Noël ne nous contentons de rabâcher "Je suis Berlin". Ayons aussi une pensée pour  celui, de l'autre côté de la rue, qui souffre.

 

Brouillards
 
 

Le vent

Sur la bruyère longue infiniment,
Voici le vent cornant Novembre ;
Sur la bruyère, infiniment,
Voici le vent
Qui se déchire et se démembre,
En souffles lourds, battant les bourgs ;
Voici le vent,
Le vent sauvage de Novembre.

Aux puits des fermes,
Les seaux de fer et les poulies
Grincent ;
Aux citernes des fermes.
Les seaux et les poulies
Grincent et crient
Toute la mort, dans leurs mélancolies.

Le vent rafle, le long de l'eau,
Les feuilles mortes des bouleaux,
Le vent sauvage de Novembre ;
Le vent mord, dans les branches,
Des nids d'oiseaux ;
Le vent râpe du fer
Et peigne, au loin, les avalanches,
Rageusement du vieil hiver,
Rageusement, le vent,
Le vent sauvage de Novembre.

Dans les étables lamentables,
Les lucarnes rapiécées
Ballottent leurs loques falotes
De vitres et de papier.
- Le vent sauvage de Novembre ! -
Sur sa butte de gazon bistre,
De bas en haut, à travers airs,
De haut en bas, à coups d'éclairs,
Le moulin noir fauche, sinistre,
Le moulin noir fauche le vent,
Le vent,
Le vent sauvage de Novembre.

Les vieux chaumes, à cropetons,
Autour de leurs clochers d'église.
Sont ébranlés sur leurs bâtons ;
Les vieux chaumes et leurs auvents
Claquent au vent,
Au vent sauvage de Novembre.
Les croix du cimetière étroit,
Les bras des morts que sont ces croix,
Tombent, comme un grand vol,
Rabattu noir, contre le sol.

Le vent sauvage de Novembre,
Le vent,
L'avez-vous rencontré le vent,
Au carrefour des trois cents routes,
Criant de froid, soufflant d'ahan,
L'avez-vous rencontré le vent,
Celui des peurs et des déroutes ;
L'avez-vous vu, cette nuit-là,
Quand il jeta la lune à bas,
Et que, n'en pouvant plus,
Tous les villages vermoulus
Criaient, comme des bêtes,
Sous la tempête ?

Sur la bruyère, infiniment,
Voici le vent hurlant,
Voici le vent cornant Novembre.

Emile Verhaeren

Brouillards

Le cri

Près d'un étang désert, où dort une eau brunie,
Un rai du soir s'accroche au sommet d'un roseau ;
Un cri s'écoute, un cri désespéré d'oiseau,
Un cri pauvre et perdu dans la plaine infinie.

Comme il est faible et frêle et peureux et fluet !
Et comme avec tristesse il se traîne et s'écoute,
Et comme il se répète et comme avec la route
Il s'enfonce et se perd dans l'horizon muet !

Et comme il marque l'heure, au rythme de son râle,
Et comme, en son accent minable et souffreteux,
Et comme, en son écho languissant et boiteux,
Se plaint infiniment la douleur vespérale !

Il est si doux parfois qu'on ne le saisit pas.
Et néanmoins toujours, et sans fatigue, il tinte
L'obscur et triste adieu de quelque vie éteinte ;
Il dit les pauvres morts et les pauvres trépas :

La mort des fleurs, la mort des insectes, la douce
Mort des ailes et des tiges et des parfums ;
Il pleure au souvenir des vols qui sont défunts
Et qui gisent, cassés, dans l'herbe et dans la mousse.

Emile Verhaeren

Brouillards
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