Devoir de mémoire et commémoration de 11 novembre

par LES VOIVRES 88240  -  14 Novembre 2016, 04:51  -  #HISTOIRE

Monument aux Morts pour la France de Les Voivres

Monument aux Morts pour la France de Les Voivres

Nous sommes donc  réunis à 9 h devant le Monuments aux Morts, une petite minorité de volontaires si l'on ne compte pas les Anciens Combattants et leurs familles,  les élèves de Les Voivres accompagnés par la directrice de l'école, les représentants de la municipalité et le bloggeur de service. Il y a cependant plus de monde que par le passé depuis que Les Voivres et La Chapelle aux Bois participent ensemble à cette cérémonie. Cela fait toujours plaisir de voir des habitants et des élus de la commune voisine être présents.

Aujourd'hui, ce devoir de mémoire consiste à venir là , écouter La Marseillaise chantée par les élèves, le  discours du maire, avoir une pensée émue pour un grand père gazé qui a craché 25 ou 30 ans ses poumons, pour un voisin mort en août 14 laissant une veuve seule pendant 55 ans avec comme seule récompense un bureau de tabac dans un hameau de 30 personnes, pour un autre ancien voisin, un Bastien, frère de ce " Monmon" ayant vandalisé l'église, qui fit les Dardanelles et ramena de là, pour toute médaille, de la semence de tabac turc qu'il faisait pousser dans leur jardin.

Ils ont donné 4 ans de leur existence et leur vie pour beaucoup, dans la boue, le froid, l'enfer des bombardements, l'éloignement des leurs avec la camarde comme seul horizon.

Ils ont tenu 4 ans. Nous n'aurions pas résisté une minute. Plus tard, en descendant à la salle des fêtes de La Chapelle aux Bois, j'entendais Mr Noël Bourquin dire : "La boue de Verdun, je connais. J'ai fait mon service militaire là-bas, 50 ans après." Alors y a t'il matière à se glorifier pour ces 30 minutes que nous allons voler aujourd'hui à notre couette ou à notre série télé pour les honorer ? Ou pour montrer que nous, nous les honorons et que nous croyons au devoir de mémoire.                                                             De tous ceux qui se drapent dans le drapeau national, qui font la surenchère pour le titre de français le plus blanc, le plus patriote, combien auraient tenu pendant 4 ans ou jusqu'à la mort.
J'avais un jour proposé à Mr Michel Fournier, maire de Les Voivres, de demander aux participants de descendre dans une tranchée remplie d'eau glacée et d'écouter des passages de Genevoix, de Dorgelès ou n'importe quel témoignage d'un de ces martyrs, plutôt que le discours sans surprise, d'un enième secrétaire d'état aux Anciens Combattants et au devoir de Mémoire.

Niet, pas possible, c'est les consignes à respecter.

En quoi je m'étais trompé. Pour côtoyer l'horreur d'un millimètre plus près et pouvoir la comprendre un peu, il aurait fallu en plus nous bombarder à coup de 78, nous tirer dessus à la mitrailleuse et nous envoyer quelques grenades à manches.

Ce n'est pas les stocks qui manquent. On aurait pu arranger çà. Mais malgré cela tout aurait été faussé car ce n'est pas une demi heure qu'ils ont subi cela mais 4 ans.

En rentrant je lis un mail d'Evelyne qui a été avec sa classe au Monument de Villersexel :

"flûte traversière, violon et chant sous la pluie 

caille caille

je dirais entre 40 et 50 enfants présents

une belle cérémonie

tout le monde il était content"

 

Effectivement j'ai vu la vidéo de l'Hymne à la Joie" interprété par les enfants. Très émouvant.

Caille, caille mais une demi heure seulement en sachant qu'ensuite on rentre au chaud.

 

L'enfer c'est l'éternité
 

C'est partir pour trois semaines, patauger trois mois après dans les tranchées creusées à la hâte sans que l'état-major vous donne la possibilité de les rendre un peu confortables pour ne pas émousser l'envie d'attaquer. C'est être encore un an plus tard, dans la même gadoue, mais cette fois vous creusez votre tranchée en retrouvant les cadavres de vos frères d'armes. Et une deuxième année, une troisième, une quatrième, sans avoir aucun espoir que cela se finisse un jour.

2 / 24 / 365 / 4 =70 000 fois une demi heure. Que dire de l'expérience de ceux qui en Indochine, en Algèrie et sur pratiquement tous les champs de batailles contemporains où la France a été engagée et l'est encore maintenant, courraient le risque d'être, à chaque instant, en tous lieux, tués par un sniper, l'explosion d'une mine ou d'une bombe.

Alors que tous les va en guerre, tous les nationalistes, tous les populistes, les patriotes et moi-même se taisent, ne jouent pas les matamores,  se contentent de relire la liste des Morts pour la France, se disent qu'ils ne font que leur devoir et rien de plus, en venant ici ce matin et que tous les jours il faut se battre contre cette connerie qu'est la guerre.

Que tous se demandent s'ils auraient autant fait les fiers à bras, la mâchoire arrachée par une grenade, les tripes percées pas des éclats d'obus ou les poumons brulés par l'ypérite.

La guerre est une saloperie et bénissons encore une fois nos ainés dont le sacrifice nous a permis de ne pas la connaître.

Mais ne les humilions pas en pensant que nous aussi pourrions nous conduire en héros.

Lors de l'accrochage à la Cense des Coupes de deux unités de la France Libre, en septembre 1944, Jules Alexandre de Gremifontaine, imperturbable, continua de lier ses sacs de pommes de terre alors que sa famille s'était mise à l'abri derrière La Chapelle de Bonne Espérance. Ce n'était pas quelques balles perdues qui pouvaient troubler cet ancien combattant de la Grande Guerre.

Seuls ceux qui ont subi l'épreuve du feu savent ce qu'être courageux veut dire. Contentons nous de penser à eux et de prier pour ne jamais revivre ce qu'ils ont connu sans prétendre pouvoir les égaler.

Ah, maudite, maudite guerre,

Je te déteste, je te hais.

Marie Houillon ( 10 ans, 6 mois)

Ils sont morts, ceux de la Grande Guerre, pour que ce soit la dernière. Si nous voulons les honorer, n'en appelons pas de nos voeux une autre sous prétexte que des assassins  nous attaquent sur notre sol. Donnons à nos forces de l'ordre les moyens de lutter contre eux et surtout n'attisons pas la haine par nos propos.

C'est cela aussi le devoir de mémoire. Combattre la guerre et ceux qui veulent nous y entrainer.

 

Monument aux Morts pour la France de La Chapelle aux Bois

Monument aux Morts pour la France de La Chapelle aux Bois

Evelyne 14/11/2016 06:38

Nous parlions justement avec le principal du collège de ce discours qui devait être lu aux commémorations et qui n'avait pas une grande influence.
Il y a d'autres témoignages plus réalistes pour soutenir le devoir de mémoire qui pourraient apporter davantage.
Se souvenir de nos aînés morts aux combats dans des conditions terribles, épouvantables, je crois que nous avons fait notre devoir de mémoire, nous, enseignants de l'école pour que nos élèves comprennent et n'oublient pas.

NOEL 14/11/2016 11:03

« plutôt que le discours sans surprise, d'un énième secrétaire d'état aux Anciens Combattants et au devoir de Mémoire. » J'avais écrit le 4 novembre dernier à propos d'un poème d'un "Poilu" de Verdun : « Ce ne serait pas plus mal - plutôt que le communiqué du Secrétaire d'Etat chargé des Anciens Combattants et de la Mémoire - qu'il soit lu devant les monuments aux morts. »
« Ils ont donné [...] ils ont tenu ». Oui, mais un peu par force tout de même, voire - que la honte retombe sur ces dirigeants civils et militaires qui l'ont décidé - à coup de "fusillés pour l'exemple".
Sans rien ôter à leur courage et à leur sacrifice, ce dont on ne peut raisonnablement pas me soupçonner, on nous apprend aussi que tous ne sont pas toujours partis « la fleur au fusil » mais souvent "formatés" dans un esprit de revanche et parfois contre leur gré. Je pense toutefois que, dans un MÈME CONTEXTE, nous nous conduirions - sans pour autant jouer « les fiers à bras » - comme eux. Au cours de ce qu'ils croyaient être "la Der des Der", ils se sont, en effet, sacrifiés et, malgré tout, la Seconde Guerre mondiale est arrivée, fauchant, estime-t-on et c'est hallucinant, entre 40 et 60 millions de personnes.
« Quelle connerie la guerre » : Prévert a raison mais depuis la nuit des temps, depuis que l'Homme existe, c'est ainsi. On peut (doit) le déplorer mais il faut - et même si parfois elle est plus éloignée et moins "consommatrice" d'être humains - admettre qu'en fait, elle n'a jamais cessé depuis 1945 (Indochine, Corée, Algérie, Opex diverse et variées). Dès lors - sans même parler de Guerre froide (qui repointe) ou de Guerre économique ou commerciale - qu'elle ne se contente plus de rôder à nos portes mais que de nouveaux "loups entrent dans Paris", tout en la combattant, il faut - nécessairement - s'y préparer. Cela avait été, me semble-t’il, quelque peu perdu de vue.
Comme il se disait parfois, avec un humour plus ou moins grinçant, « La guerre de 14 a été gagnée par "le pinard" et les instituteurs », il n'est pas sûr que, de nos jours, cela pourrait suffire !

LES VOIVRES 88240 14/11/2016 07:28

Oui je vois que le corps enseignant participe beaucoup.